31/08/2009

Le retour du grand blond

images.jpegSouvenez-vous du Grand blond avec une chaussure noire, inoubliable nanar français réalisé par Yves Robert, en 1972, avec Bernard Blier, Jean Rochefort, Mireille Darc et, bien sûr, Pierre Richard…

Ça ne vous rappelle rien ? Dans le cadre d'une guerre des chefs aux Services secrets, on décide d'utiliser un inconnu,  « n'importe qui, un homme dans la foule » et de faire croire que l'inconnu en question est un redoutable agent secret destiné à régler l'affaire de l'agent double. Cet inconnu, choisi par hasard à Orly parce qu'il porte une chaussure noire à un pied et une marron à l'autre, est François Perrin un violoniste étourdi, joué par Pierre Richard. Pour faire parler de « nobody », on enrôle même une sorte de Mata Hari au décolletté vertigineux (Mireille Darc) qui tombera amoureuse de l'étourdi…

Nul doute que le parti libéral-radical suisse, ce week-end, a vu et revu le film d'Yves Robert.  C'est pourquoi il a désigné un grand blond, tiré à quatre épingles, le visage repeint et le cheveu oxygéné de frais, sorte d'agent double destiné à jouer les leurres dans la prochaine élection au Conseil fédéral. On aura reconnu Christian Luscher, dont le moindre fait de gloire n'est pas d'avoir coulé le Servette, avant de le remettre dans les mains d'un homme de confiance, le français Marc Roger, autre Tartarin de province, qui vient de sortir de prison…

images-1.jpegLa Suisse est un petit pays. Les hommes (et femmes) politiques sont à la mesure du pays. Il ne faut pas qu'une tête dépasse. Pour perpétuer un système d'élection qui devrait être profondément réformé, on désigne le premier grand blond venu, comme appât, avant la curée du 16 septembre. Dans le film d'Yves Robert, tout se termine par un bain de sang où les chefs, sous-chefs et sous-sous-chefs s'entretuent.

Alors Luscher ou Burkhalter? Le grand blond ou Snoopy, l'éteignoir ?

Gageons que les débats seront animés et sanglants…

 

10:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

30/08/2009

La TSR rate encore le coche

La TSR ne fait décidément rien comme les autres. Alors que toutes les autres chaînes innovent, inventent et se creusent les méninges, elle se débarrasse des rares émissions un tant soit peu pétillantes et originales. Dernier exemple en date, Pique-assiette, de la piquante Annick Jeanmairet, priée d'aller montrer ailleurs son talent — bientôt sur Léman bleu. Dans le même ordre d'idées, on apprend aujourd'hui qu'une émission satirique va bientôt voir le jour en Suisse romande : les Bouffons de la Confédération, initiée par les excellents Yann Lambiel et Thierry Meury. Cela ressemblera (un peu) aux Guignols de Canal+ et rendra un hommage ironique et acide aux Grandes Têtes Molles de la politique suisse (qui n'en manque pas). On pourra découvrir cette émission sur Léman bleu (encore) et sur La Télé (VD et FR). Pourquoi pas sur la TSR, me direz-vous? Eh bien simplement parce que, pris de peur à l'idée qu'une émission satirique puisse égratigner le gratin médiatique, les pontes de la TSR ont exigé de lire et d'amender les textes diffusés pendant l'émission. Bien sûr, Meury et Lambiel ont refusé l'ultimatum. En quoi ils ont eu bien raison. Voilà pourquoi la TSR a perdu encore une émission qui pouvait intéresser le public (et, accessoirement, les annonceurs).

Sans commentaire…

En attendant, voici une autre série épatante, qui n'est pas québécoise, mais belge cette fois. Au pays du roi Baudoin et de la reine Astrid, c'est déjà une série culte, dont chaque épisode se termine par un duo chanté avec Adamo, icône du plat pays.

Cela s'appelle Melting Pot Café, c'est délicieux, délirant, plein de poésie et de fantaisie. A la fois moderne et intemporel, comme les chansons d'Adamo (ou d'Arno). Les dialogues sont écrits au cordeau et les comédiens sont bien sûr fantastiques.

Inutile de préciser qu'il n'y a aucun équivalent sur la TSR. Pourquoi ?

 

 

18:10 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

27/08/2009

Pure laine : un pur bonheur!

images-1.jpegEn attendant le dénouement du feuilleton libyen de l'été — qui devrait être heureux, même si, par la faute de Micheline Calmy-Rey, il est très mauvais — je vous recommande une série qu'on peut découvrir actuellement sur TV5 Monde, autour de 13 heures, un vrai chef-d'œuvre : Pure Laine.

On sait que notre chère TSR brille souvent par ses documentaires et son département information. En revanche, elle est à peu près nulle dans le domaine des séries (autochtones) et des fictions. La preuve, hélas, avec les Petits déballages entre amis au scénario inepte, sinon inexistant. Et lorsqu'on découvre Pure Laine, ou encore l'extraordinaire série belge Melting Pot Café, les chaussettes, littéralement, vous en tombent…

Pure laine, me direz-vous, ça veut dire quoi?

Ceux qui ont (un peu) voyagé savent qu'il s'agit là d'une expression québéquoise, qui signifie « de pure souche ». Autrement dit, la série Pure Laine est une série canadienne (allons, québéquoise…) qui met en scène un immigré haïtien (fabuleux Dominique!), prof à Montréal, qui rencontre, puis épouse une Québéquoise « pure laine ». Le couple adoptera rapidement une petite fille, Ming, venant tout droit de Chine…

Noir, jaune, blanc : on le voit, ce sont les couleurs du Québec!

images.jpegCe trio improbable (mais plus vrai que nature) va traverser une série d'aventures croustillantes qui, toutes, tournent autour de l'identité culturelle (des Québéquois, en l'occurence). Qu'est-ce qu'être Canadien? Pourquoi les Québéquois sont-ils constamment en guerre contre les anglophones? Quels sont les mythes et les valeurs de la société canadienne? Comment s'intégrer dans une société si complexe? Etc.

Chaque épisode dure une quarantaine de minutes. C'est un petit bijou. Les comédiens sont épatants. C'est vivant, drôle, haletant. La mise en scène est dynamique. Et la langue! Quelle saveur que cette langue québéquoise, unique et riche, pleine de trouvailles (pour ceux que cela inquiéterait, la série est sous-titrée en « français »). Bref, un moment de grande jubilation…

Allez, voici quelques séquences de Pure Laine à déguster.



16:20 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook

25/08/2009

Une rentrée explosive

craie_icone.jpgLa nouvelle n'a pas fait la une des journaux, trop occupés à disserter sur l'équipée folle (mais courageuse) de Hans-Rudolf Merz en Lybie ou la future élection au Conseil Fédéral (la valse des neutrons). Pourtant, elle mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

Comme on sait, l'école genevoise va très bien. Effectifs réguliers, profs satisfaits de leur sort, locaux modernes,  nouvelle matu tip-top, etc. Sauf que…

L'école genevoise va si bien, elle est si attractive, si compétitive, qu'elle attire de plus en plus d'élèves (débauchés, le plus souvent, des écoles privées). Seulement, s'il y a dee nouveaux élèves, la logique voudrait que l'on engageât aussi de nouveaux profs. Mais voilà ! Pour ne pas engager de nouveaux profs, on falsifie volontairement le chiffre des nouveaux arrivants. Lesquels, pour le post-obligatoire, se chiffreraient cette année à plus de 1200 ! Ce qui voudrait dire qu'il faudrait ouvrir au moins 48 nouvelles classes (à effectif surpeuplé…)! Comme on aime à s'étourdir de mensonges, on se retrouve, à la rentrée, avec plus d'un millier de nouveaux élèves qu'il faut caser, coûte que coûte, et illico presto. Les directions d'établissement font ce qu'elles peuvent pour jouer le jeu. Mais le fait est que la situation est explosive dans plusieurs écoles et collèges. On gonfle l'effectif des classes (certains élèves n'auront pas de pupitre, ni de chaise où s'asseoir : il faudra qu'ils apprennent à rester debout!). On surcharge les postes de maîtres (certains travaillent à 110%, voire davantage). On supprime, dans la foulée, les cours facultatifs et les cours d'appui. En bref, on rend la vie des élèves comme des profs de plus en plus précaire et difficile.

Juste un chiffre : depuis, 1991, l'effectif des élèves au PO a augmenté de 30%, tandis que, pendant cette même période, l'effectif des maîtres augmentait de 3%. Cherchez l'erreur…

Il faudra garder ces chiffres en mémoire au moment d'élire nos futurs Conseillers d'État!

 

11:35 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : école, rentrée, crise | | |  Facebook

11/08/2009

Recherche Pelli désespérément

images.jpeg

Fulvio Pelli existe-t-il? Quelqu'un l'a-t-il rencontré en personne ? Quelqu'un lui a-t-il parlé ? Est-on sûr que c'était lui?

Il me semble l'avoir croisé à Locarno, où le gratin politique aime à se faire voir, mais peut-être était-ce son sosie…

La politique suisse, qui n'a jamais brillé par son lustre et sa visibilité, avait besoin de Fulvio Pelli* pour incarner cette présence diaphane, cette transparence spectrale, en un mot cette inexistence qui semble si bien la caractériser.

Dans son genre, Fulvio Pelli* incarne à merveille la confusion du centre politique suisse. Ni dedans, ni dehors ; ni avec, ni sans ; ni de gauche, ni de droite. Bien au contraire. Ce candidat fantôme appartient à un parti fantôme qui mène depuis deux mois une stratégie fantôme pour ne pas perdre son siège au Conseil fédéral (ce qui s'annonce mal). Aucun projet, aucune initiative positive, aucun débat d'idées, aucune volonté d'engagement. On laisse les autres occuper le terrain en attendant qu'ils se fatiguent, ou qu'ils se retirent d'eux-mêmes. Voilà tout le programme du nouveau parti libéral-radical (ou l'inverse)…

Dans le pire des cas, Fulvio Pelli* sera élu le mois prochain. A l'insu de son plein gré bien sûr. Et l'on aura un Conseiller fédéral encore plus gris, neutre, pleutre, transparent, que les autres. Dans le meilleur des cas, l'assemblée fédérale renverra tous ces fantômes à leur inexistence (ce qui semble peu probable).

Alors, peut-être, un véritable candidat avec un programme, des idées, de l'imagination, voire du culot, sortira des rangs pour occuper la place du grand Pascal, qui doit bien s'amuser, depuis deux mois, de ce bal des fantoches.

* Nom fictif.

09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique suisse, pelli, libéral-radical | | |  Facebook

10/08/2009

Souvenirs de Locarno (1)

images.jpeg Il faut aller à Locarno, comme tous les Romands branchés, et les hommes politiques désœuvrés. C'est une ville pleine de charme et de surprises, où l'on découvre parfois un bon film. Si vous voulez devenir Conseiller fédéral, par exemple, c'est un must, il faut aller vous faire voir sur la Piazza Grande, de préférence quand les caméras de la télévision sont plantées près des loges VIP, vers les 21 heures. Sinon vous n'avez aucune chance…

Le gratin de la politique suisse l'a bien compris qui a fait semblant de s'intéresser, pour un jour ou deux, aux dernières merveilles du 7ème art…

Le cinéma, parlons-en. C'est d'abord, tout le monde à Locarno l'a compris, une affaire de politique et de gros sous. Pascal Couchepin, à son plus grand mérite, a créé une structure de soutien du cinéma suisse. C'est un effort unique pour encourager et développer des projets cinématographiques « populaires et de qualité ». images-2.jpegComme on sait, il a placé le genevois Nicolas Bideau à la tête de cette structure, lequel Bideau, année après année, doit doit affronter la polémique à Locarno. Cette année comme les précédentes. Nous y reviendrons.

Mais les films, alors? Le cinéma, à Locarno, intéresse-t-il encore quelqu'un?

Malgré un début de festival plutôt terne (la première soirée sur la Piazza Grande, avec les films de Mark Webb et Amos Gitaï, fut un désastre), malgré l'invasion des mangas japonais, hôte d'honneur du festival (est-ce encore de notre âge?), quelques perles se sont glissées dans une programmation souvent lourde et austère, marquée par la lèpre naturaliste des frères Dardenne, qui ont hélas fait école. Entre une mère (admirable) obligée de s'occuper, seule, de son fils tétraplégique, un ado japonais livré aux horreurs de la misère, une jeune lesbienne assassinant avec sa comparse le père qui l'a abusée, l'atmosphère générale, on le voit, n'est pas à la franche rigolade.

Heureusement, il y a les courts-métrages suisses, largement subventionnés par Berne, qui offrent de belles promesses. Et il y a cette nouvelle génération (spontanée ?) de cinéastes qui réalisent leurs films sans aucune équipe technique, armés de leur seul téléphone portable. Le film le plus abouti, dans ce nouveau genre, est sans conteste Téhéran sans permission, de Sepideh Farsi. Revenant dans la ville qui l'a vue naître, Sepideh Farsi promène son portable incognito (ou presque) dans les rues, les taxis, les magasins de Téhéran. 1873160553.jpgC'est peu dire que ce film clandestin (et risqué) coupe souvent le souffle par son culot (la réalisatrice pénètre dans les mosquées, côtoie des policiers sur le qui-vive). Il frappe d'abord par sa justesse et son authenticité, le poids de vérité des témoignages recueillis. Son goût du risque. Sans mise en scène, ces rencontres de hasard, soigneusement montées comme une vraie fiction, nous donnent à voir et à sentir l'Iran d'ajourd'hui, quelques mois à peine avant les émeutes récentes de juin 2009. On comprend mieux ces mouvements de révolte en découvrant le film de Sepideh Farsi, qui les annonce et les explique. C'est encore une force de ce cinéma sans artifice qui puise dans la réalité sa raison d'être et son engagement.

C'est sans doute l'une des voies-voix les plus prometteuses du cinéma de demain.

10:05 Publié dans mon petit cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook