07/01/2011

Du malheur d'écrire en Suisse

Quel est le grand malheur des écrivains de ce pays?

La Suisse est un pays heureux…

Si l'art en général — et la littérature en particulier — se nourrit des peines et des tourments des hommes, les Suisses sont les plus mal lotis. Pas de génocide. Deux guerres mondiales traversées (presque) sans dommages. Peu de conflits syndicaux (ah! la paix sociale!). Un bien-être économique partagé par le plus grand nombre. Vraiment pas de quoi monter aux barricades, ni développer des instincts meurtriers…

Ce confort relatif, apprécié par une grande majorité de la population, est extrêmement nuisible aux écrivains. Il étouffe les cris, tue dans l'œuf toute révolte radicale, neutralise la violence qui fait la base des rapports sociaux.

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Ces cris étouffés, ces chuchotements, cette violence exprimée toujours à mots couverts, on les trouve dans plusieurs livres parus récemment en Suisse romande. Le premier exemple (dont nous avons déjà parlé ici) est celui de Laure Chappuis, (née  en 1971) dans son premier livre L'Enfant papillon*. Quel est le propos de ce récit au style léché ? Une jeune femme se retrouve enceinte. Elle veut garder son enfant. Mais son père s'y oppose et confie le bébé de sa fille, à sa naissance, à une autre mère qui l'élèvera. Le sujet est grave, douloureux, tragique même. Pourtant, cette douleur est constamment transfigurée en belles phrases poétiques, le chagrin de la narratrice presque neutralisé par un style à la limite de la préciosité (« Avec la prudence du silence, il glisse son corps d'ouate en direction du lit. »)

Dans le même ordre d'idées, mentionnons le dernier livre de Marie Gaulis (née en 1965), Lauriers amers** (dont nous reparlerons plus longuement). images-1.jpegDe quoi s'agit-il ici? Une jeune femme, la narratrice, enquête sur la mort de son père, disparu tragiquement au Liban en 1978, alors qu'il était en mission pour le CICR. Le livre est haletant. On sent un véritable enjeu dans ces pages où la jeune femme suit, trente ans plus tard, les traces d'un père qu'elle a à peine connu (il est mort quand elle avait 12 ans). Le livre oscille entre enquête policière et quête existentielle. Et Marie Gaulis (fille de Louis) est un véritable écrivain. Elle a construit, au fil des livres, un univers tout à fait cohérent. Et ses Lauriers amers s'inscrivent parfaitement dans une œuvre exigeante et singulière. Ce qu'on peut regretter, simplement, c'est que la douleur, ici, profonde, essentielle, ne soit pas saisie à bras le corps, et exprimée dans une langue qui rende compte de sa violence. Elle est diffuse ici, et presque diluée dans une langue aux accents trop « poétiques ».

images-2.jpegDernier exemple de ce « bien écrire » qui est parfois l'ennemi de l'« écrire juste », les deux derniers ouvrages de Julien Burri, Si seulement*** et Poupée**** (dont nous reparlerons aussi plus longuement cet été). Burri (né en 1980) publie à la fois des poèmes et des romans, tous deux largement autobiographiques. Si le premier des deux livres fait la part belle au père, tantôt aimé, tantôt honni, le second accorde une large place à la mère, à la fois forte et frivole, qui cherche à faire de son enfant cette poupée parfaitement docile — dont seule tirerait les ficelles — qui donne son titre au roman. Ici aussi, la violence éclate à chaque page, elle la sent bouillonner chez l'écrivain, elle est le vrai sujet du livre. Mais elle n'explose jamais, neutralisée par une écriture élégante et trop douce. Burri s'arrête souvent au seuil d'une vérité qui pourrait transfigurer son livre, en montrant la douleur nue, dans toute sa crudité, sa cruauté, sans le fard d'une écriture trop travaillée.

* Laure Chappuis, L'Enfant papillon, éditions d'autre part, 2009.

** Marie Gaulis, Lauriers amers, éditions Zoé, 2009.

*** Julien Burri, Si seulement, éditions Samizdat, 2009.

**** Julien Burri, Poupée, Bernard Campiche éditeur, 2009.

09:33 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : littérature romande, laure chappuis, marie gaulis, julien burri | | |  Facebook

Commentaires

Et, si écrire vous rend heureux.....

Écrit par : oceane | 23/06/2009

A mon avis, Jean-Michel, ce que vous dites ne tient pas: l'homme peut toujours exprimer le malheur de n'être pas comblé à la mesure de ses attentes intimes. Car après tout, quelle mesure absolue, pour évaluer les problèmes graves qu'on peut avoir? N'existe-t-il pas des pulsions propres à faire aimer à certains la violence? Je ne pense pas, à l'inverse, que les Suisses puissent être dits bourgeoisement satisfaits, comme des animaux repus. Mais les romans à grands problèmes historiques et politiques, c'est sûr que le genre n'est peut-être pas approprié à la Suisse. Ce n'est cependant qu'un genre parmi d'autres: pourquoi l'imaginer plus littéraire que les autres? Est-ce que réellement Ramuz est moins littéraire que Malraux? Je ne pense pas. Néanmoins, je vous avoue que je ne m'intéresse pas beaucoup aux drames personnels et familiaux. Ou alors, il faut que je connaisse personnellement les auteurs.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/06/2009

Je suis assez d'accord avec vous, Rémi. Ce que j'essaie de dire, de manière un peu directe, c'est que la Suisse, peut-être, manque de sens tragique. C'est-à-dire que les écrivains (ceux que je cite) n'osent pas faire preuve de démesure, d'injustice, de violence, d'excès. Le malheur est lissé, neutralisé par cette plaie du roman: la poésie. Je rêve d'une langue qui dise la réalité dans tous ses excès, ses joies abruptes et ses horreurs. Une langue qui parlerait d'aujourd'hui sans user d'un langage du XIXè, par exemple (puisque le meilleur "romancier" suisse, Chessex, est un écrivain du XIXème). Mais il n'est pas facile d'écrire dans une société d'abondance, où rien ne manque, surtout pas la littérature...

Écrit par : jmo | 23/06/2009

Jean-Michel, vous donnez de la Suisse une image un peu provinciale, où tout le monde est bien éduqué, et se surveille. Le langage excessif est apparu avec l'apparition des grosses villes, y compris chez les riches, je dirais à l'époque de la Révolution française. Mais je pense que Ramuz avait bien le sens du tragique. D'un autre côté, l'horreur à la française tombe souvent dans le sordide. Et sinon, même la littérature française est volontiers embourgeoisée. Tenez, moi, j'ai toujours trouvé que quelqu'un qui avait un vrai sens du tragique, c'était Lovecraft: de sa lecture surgissait une forme d'horreur cosmique. Cela se trouve, chez les Américains, ou même les Anglais. Quand on regarde ceux qui ont été le plus ébouriffants, lorsqu'ils ont parlé du mont-Blanc, ce sont clairement les Anglais, notamment Shelley. Enfin, vous avez sûrement raison. Mais le sordide à la française ne vaut pas forcément mieux que le lissé à la suisse, car dans le sordide, il n'y a même plus de tragique au sens antique du terme: on n'est pas parti d'assez haut pour cela. Regardez Amiel: il vivait bien, il était professeur d'Université à Genève, et sa vie fut sans violence, elle ne traversa pas de vraie crise politique, mais il atteignit quand même des profondeurs insondables, qui touchaient réellement au tragique. Son style n'en était pas moins lissé. Peut-être faut-il se réjouir de ce que la Suisse est sans violence. Je ne crois pas que cela nuise à la qualité littéraire. La profondeur d'Amiel n'a pas souffert d'être sans la sordide violence de Maupassant ou de Zola. Ce qu'on peut néanmoins dire, c'est que les moyens de diffusion de ses oeuvres ne sont pas les mêmes. C'est d'ailleurs lié à la violence: plus le pouvoir est fort, plus il engage violemment ses acteurs.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/06/2009

Il y a la manière....

"Casse-toi, pauvre con!"
au lieu de
Votre présence m'importune.

Ce concert est tellement beau que j'ai fait pipi dans ma culotte.
au lieu de
Ce concert, ma chère, je n'ai rien connu de tel. Il m'a transportée au septième ciel.

Je te crache ma haine
au lieu de
Un sentiment me tourmente, me trouble. La haine, cette infâmie, nourrit mon âme depuis fort longtemps.

Je t'aime
au lieu de
Viens t'asseoir à côté de moi, femme, tu l'as bien mérité....!

Écrit par : oceane | 23/06/2009

C'est vrai, Océane, il y a le sens et la manière, et la manière est tout en littérature! Je crois qu'une douleur a besoin d'être transfigurée pour être écrite, et pour toucher le lecteur. Mais, parfois, en Suisse surtout, cette douleur est étouffée sous les mots, comme si on avait peur de dire les choses comme elles sont, comme être mériteraient d'être dites. On a le droit d'écrire « Casse-toi, pauvre con ! » si l'on veut rendre la colère, ou la menace, ou le langage utilitaire. Mais ici j'ai l'impression qu'on aime embellir, emberlificoter!

Écrit par : jmo | 23/06/2009

Léopold. Je murmurai doucement le nom de mon enfant alors que j'avais envie de hurler mon désespoir. Léopold va mourir!
Une immense douleur me transperça. Elle était si forte que je mis mes deux mains pour soutenir ma tête. Elle allait éclater, me semblait-il. J'aurais aimé retourner vers le néant, mais cette peine indicible m'en empêcha. Ma poirine était oppressée. J'avais de la peine à respirer. Je suffoquai. Alors je m'agrippai au bras de mon mari comme à une bouée de secours. Surpris dans son sommeil, Frédéric ouvrit les yeux, sentit ma main se crisper sur la sienne. Il alluma la lumière et fut frappé par l'expression pathétique et misérable de mon visage.
Une souffrance indescriptible m'envahit. Mes lèvres serrées n'osaient prononcer les mots violents de désapprobation totale envers ce destin qui s'acharnait ainsi ou plutôt envers ce Dieu qui osait enlever la vie à l'innocence même, celle de mon enfant.

Écrit par : oceane | 23/06/2009

"cette douleur est étouffée sous les mots" : c'est tout à fait l'explication que je donnerais au phénomène que vous décrivez admirablement, JMO! Je ne crois pas qu'on n'a du mal à écrire en Suisse parce que soi-disant on vivrait dans l'abondance.

L'abondance n'est pas le lot de la majorité ici. Nous vivons dans une société angoissante. Les rapports de forces sont durs et ils régimentent les relations humaines. Les marges de manoeuvre sont quasi nulles. Et pour vivoter, on bosse plus qu'ailleurs.

Je pense profondément que le tragique connaît des formes insoupçonnées mais difficilement exprimables pour la simple raison que les apparences l'emportent sur le reste. Il n'y pas de vie et l'esprit peine à se faire entendre. Le taux de suicides très élevé en dit long sur cet état de fait.

S'il est impossible d'écrire du Faulkner dans notre pays, ce n'est parce que les gens vivraient bien, voire mieux qu'ailleurs; c'est simplement parce l'image d'épinal imposée empêche qu'on puisse se l'avouer d'abord à soi-même. On pourrait se référer à ce que Badirllard nomme la société du "simulacre" et de la "simulation" où l'espace du miroir est plus réel que l'objet reflété et à jamais insaisissable, ce en devenant le réel lui-même.

Le tragique est consubstantiel à notre existence. Encore faut-il qu'on ait le droit de le reconnaître.

Écrit par : Micheline | 23/06/2009

jmo, je crois que tout le malheur de la littérature romande, c'est qu'elle est encore pré-salernique. Attendez donc qu'elle s'extirpe de la gangue rigide et bétonnée du syntaxisme masculin pour enfin se sublimer dans la grammaire post-salernique où les mottes danseront sur la musique salernienne de la vraie nouveauté littératuresque en trois exemplairesses dûment tamponnées !

Tenez ! J'imagine déjà...

"Maîtresse Corneille sur une arborescence perchée tenait entre ses mandibules cornées une tomme genevoise.
Maîtresse Renarde, passante inopinée, lui tint à peu de choses cette argumentation.
Oh Madame de la Corneille que vous êtes jolie, que vous me semblez belle, si vos vocalises sont égales à votre chemise, vous êtes sans nulle contestation possible la meneuse de revue des hôtesses de cette discothèque !

Ou encore:

"A moi Comtesse, deux mottes !"

"Quelle sont ces vipères qui vous vitupèrent vos vagues évanescentes ?"

"C'est une pique, c'est une cape, c'est une cornemuse !"

Allons-allons-allons ! mon cher, la littérature genevoise sinon romande a de belles journées devant elle !

:o)

Écrit par : Blondesen | 23/06/2009

Je pense qu'en Suisse, on écrit plus qu'en France, en moyenne. La Suisse se compare trop à Paris seulement. Cela n'a rien à voir.

Le style reposant sur l'atténuation peut créer un art subtil, jouant sur l'ironie, et qui était celui du XVIIIe siècle. Il est vrai que le style suisse rappelle cela. Mais la profondeur peut s'obtenir par antiphrase. La violence peut elle-même rester à la surface. La tension créée par le style atténué peut être porteuse d'une émotion énorme, invisible seulement à ceux qui se fient aux effets les plus voyants. Töpffer se moquait à cet égard du style à ses yeux creux de Hugo, et Stendhal était de la même école. Or, ce n'est pas dénué de sens: la violence peut ne déboucher que sur le vide.

Embellir pour plaire ne conduit pas à la littérature, mais il est faux que, contrairement à ce qu'on a cru en France (voyez Zola), rabaisser et noircir pour frapper les esprits soit plus littéraire en soi. C'est juste une façon d'exagérer pour répondre à une atmosphère collective.

Cela dit, Jean-Michel, je connais un auteur suisse qui somme toute fait plutôt dans la violence à la française, fait pour ainsi dire dans la violence déconstructiviste: c'est Valère Novarina. Cela n'a rien de lissé. Ce serait plutôt le contraire. Il a bien érigé la chute tragique en principe de base de son écriture.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/06/2009

Valère Novarina a créé une langue forte et exigeante, qui frôle l'idiosyncrasie, autrement dit l'idiome unique. Une langue qu'il serait le seul à parler, en somme. Je trouve cela admirable et un peu angoissant. Car la langue, n'est-ce pas ce qui nous relie aux autres?
Mais vous avez raison, Rémi, les Suisses écrivent énormément (beaucoup trop, selon les éditeurs et les journalistes!). Peut-être est-ce parce qu'ils parlent peu? Ou qu'ils se sentent à l'étroit ou étrangers dans la langue française? C'est pourquoi la littérature « suisse » me paraît intéressante, comme la littérature irlandaise par rapport à la littérature anglaise. C'est l'expression d'une minorité diverse et singulière. Il ne s'agit pas de drapeau ici ou de nationalisme. Mais la littérature de ce pays est fondée et nourrie de cette différence.

Écrit par : jmo | 24/06/2009

Ces derniers temps, Valère Novarina a écrit deux recueils d'aphorismes dont la langue est "raisonnée", standardisée, normale: "Lumières du corps" (que je trouve très bon) et "L'Envers de l'esprit" (sorti le 4 juin dernier). Je crois que dans son théâtre, il voulait créer une langue qui fasse justement violence à la langue ordinaire, et, finalement un peu comme Ramuz, pût être dite sortie d'un organisme vivant - en l'occurrence, le sien. Cela a quelque chose de fréquemment comique, mais cela permet aussi le surgissement poétique. Les fondements en sont au fond expliqués dans les deux livres que j'ai cités. Cet art du langage se réclame de ce qu'a accompli la peinture par exemple avec Picasso. Et personnellement, je suis d'accord avec lui sur ce point: la langue même n'est pas un simple instrument, elle est en elle-même un art. A partir de là, on dira que parler la langue normée est une forme de classicisme. C'est masqué par le fait que l'Etat a pris en charge la langue depuis Vaudelas. On n'a pas osé, on n'ose pas franchir ce seuil lié à l'Etat. Pour moi, Novarina est un grand artiste.

Mais vous avez raison, pour la Suisse: c'est en fraçais, mais il y a une qualité différente, en son sein, que ce qui se fait à Paris. On voyage sans cesser de se comprendre. Cela montre, peut-être, que le surgissement poétique peut venir d'une différenciation sans en arriver à l'opposition, c'est à dire sans violence. Inutile peut-être de créer des renversements massifs, y compris au sein de la langue! Mais on ne peut pas nier, à mon avis, qu'au regard de ce qui se dit de l'art en général, la démarche de Novarina est cohérente. Cela doit être une question d'équilibre.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/06/2009

VauGelas (erratum).

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/06/2009

La littérature romande a de beaux jours devant elle...

Un chant du Rhône de Ronald Fornerod

Sur portée de neige
au petit matin-planète
une source a tracé l'empreinte légère
de ma naissance

Des ponts de bois
m'accompagnent chez les hommes
mes rives ont vu briller vos yeux
et sourient à l'appel de l'amour

Elles ont pleuré aussi
de si fragiles esquifs
et mes vagues bruyantes
assourdissent leur malheur

Au soir tombant
sur nos rêves et nos âges
le grand large a le goût
de l'eau sur nos rides
comme sable de mer qui jamais
n'étanchera la soif des hommes

Arrêtons-nous enfin
Là où fleurent la sauge et le thym

Confions notre angoisse au berceau des étoiles

Sur l'eau calme de la mort
Une barque
Rames relevées
Attend un autre passant.

Écrit par : oceane | 25/06/2009

Vous avez tout à fait raison, Océane! La force de la littérature, c'est sa liberté absolue de tout dire, la beauté de la nature comme le drame personnel, l'amour du monde comme la haine, le chant, l'élégie, le regret, etc. J'aime beaucoup ce qu'écrit Fornerod, que je connais bien. Bonne journée à vous et vive la poésie!

Écrit par : jmo | 25/06/2009

Belle liberté en effet que la littérature, où tout est possible, où la matière des mots peut être sculptée comme un granit, et où la plus folle envolée absurde côtoie la rigueur redoutable. où les faits réels sont retranscrits, réaménagés, pour peut-être tenter de faire un peu avancer cette réalité vers une métamorphose.

Écrit par : hommelibre | 25/06/2009

Georges Haldas, L'Etat de poésie:

"On peut jouer avec les idées. On ne peut pas jouer avec les choses. Et moins encore avec les êtres. Et comme les êtres ne peuvent s'exprimer qu'avec des mots, on ne peut pas non plus, sans tricher, jouer avec les mots".

Écrit par : oceane | 27/06/2009

@ oceane: Je ne sais pas dans quel contexte d'idée ni avec quel arrière plan cette phrase est écrite, ni à quoi elle réfère. Difficile de la prendre au premier degré sans cela.

Pour moi un personnage de fiction exprime une part de nous-même, ou des bribes observées sur d'autres personne vivantes. Il est important que chaque personnage - même de fiction - ait une cohérence, presque une existence en dehors de nous. Mais l'écrit de fiction reste notre propre expression, et recompose notre expérience et les bribes extérieures.

Il est permis à l'auteur de tenter une mise en scène de sa vision. Je ne sais pas bien comment relier cette idée à la notion de tricherie.

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

Homme libre,

Vous abordez un texte, une pensée, une poésie avec votre propre émotion, votre sensibilité et même avec l'humeur de l'instant.

Je ne me mets jamais à la place d'un auteur. Une phrase, un poème, un roman... m'interpellent et je ne cherche pas dans quel contexte il a été écrit.

Pour cette phrase sortie de "Paradis perdu" de Georges Haldas, elle correspondait seulement à un moment de remerciement et de partage avec cet auteur, d'une part.
Et d'autre part, elle s'harmonisait avec le débat lancé par JMO.

Si vous êtes auteur, les personnages que vous créez, comme vous le dites, sont un mélange de vécu, d'observation, d'environnement.....

Mais ces personnages peuvent vous jouer des tours et devenir autonomes, avec leurs propres caractères et leur propre histoire.

Écrit par : oceane | 27/06/2009

Ah! J'ai oublié. Vous mettez l'accent sur "tricher" et j'ai dû me reprendre à deux fois pour me fixer sur ce point négatif.

Dans cette belle phrase, j'avais relevé la justesse du propos, l'émerveillement devant la vie, l'espérance...

Écrit par : oceane | 27/06/2009

@ oceane:

"Mais ces personnages peuvent vous jouer des tours et devenir autonomes, avec leurs propres caractères et leur propre histoire.".

En effet, et c'est d'ailleurs très intéressant, cela induit une négociation entre l'intention première et le développement de l'histoire, entre l'objectif de l'auteur et quelque chose qui lui échappe. Dans cette idée, ses personnages ne sont pas de simples marionnettes, même s'il les crée et s'ils servent son propos. Ils peuvent amplifier, désorienter le propos.

Quand j'écris, je laisse une place à l'intuition. La construction existe en germe, en filigrane, comme un itinéraire sur une carte, et c'est important de s'y référer pour la cohérence de l'histoire et de la pensée. Mais la carte n'est pas le territoire, et j'aime suivre aussi l'inspiration du moment.

Les personnages ont une autonomie amène parfois l'imprévu,, complète mon intention première, alors je suis mon intuition et fais des détours, détours qui peuvent même influencer l'intention première. En cela il y a une honnêteté, une "non tricherie". Et l'ensemble est d'autant plus prenable que les personnages ont cette liberté et cette sorte de réalité un peu autonome. Mais sans détourner complètement l'intention première: un auteur n'a pas à se laisser "pirater" par ses personnages. Enfin, quoique, cela pourrait être une expérience.

Le mot "tricher" dans la phrase que vous avez citée est fort, très fort, il est mis en contrepoint de l'être, il me semble donc avoir une place référente.

Petit exercice pour me rendre compte, et avoir peut-être votre avis: je remets la dernière phrase sans ce mot:

"Et comme les êtres ne peuvent s'exprimer qu'avec des mots, on ne peut pas non plus jouer avec les mots"".

J'y trouve moins de force et de sens. Il n'y a pas cette mise en garde négative qui valorise le fait de ne pas jouer avec les mots et pourquoi ne pas jouer avec les mots.

Mais chaque lecteur reconstruit aussi en partie le texte qu'il lit! Et les points d'ancrage qu'il y trouve ne sont pas forcément les mêmes pour tous.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

erreur: "qui" amène parfois l'imprévu...

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

Je suis plus à l'aise en tant que faiseur ou (faiseuse) d'histoires à vous inviter dans ce monde-là.

Il y a les personnages à créer qui évoluent plus ou moins, selon les règles. Il faut aussi planter le décor, imaginer l'histoire. Je suis en quelque sorte, metteur en scène, acteur, réalisateur.

Et ce n'est pas "tricher" que de participer à cette réalisation.

L'imagination au service de l'écriture est un atout, peut-être une tricherie vénielle....

Quant aux citations, proverbes, ils résument si bien la pensée humaine.

Pas de longs discours, juste quelques mots sans tricherie d'oû jaillit la lmuière.

Je crois que nous sommes à peu près d'accord.

Bien à vous.

Écrit par : oceane | 27/06/2009

@ oceane: oui, je le crois aussi. Et j'aime bien la notion de "tricherie vénielle"...

q-_-p

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

Eine kronsdadt, Teufel! Pardon un constat d'enfer s'impose!Permetasser que je m'immisce! Il n'est en Suisse, et pas seul dément, pardon pas seulement en ce pays, un problème non seulement de la littérature, à ce stade (freudenstinien) d'ailleurs il s'agirait plutôt d'alité rature, d'alitération, et d'abberation, mais c'est l'ensemble des arts ou de la kulture qui est touché! Aber, je m'en tiendrais donc au sujet, le livre...(enfin presque)
- Einz, nous ne pouvons lire, voir, entendre etc., QUE ce qui nous est donné/vendu (mal vendu en plus, en Suisse). Le choix Katologuesque tiens à des facteurs Katalogués.
- Zwei, les éditeurs, dont on sait qu'ils tirent eux-mêmes la langue finanzièrement en Suisse. La plupart sont issus de la même classe que ceux qu'ils éditent, (sehen Unten)... Ces faits-divers dicteront leur choix!
- Drei, les auteurs, vu comme tous les artistes, des flemmards, tellement qu'ils doivent pour la plupart avoir une activité acessoire, s'il veulent subsister, ce qui rend leur activité qui devrait être principale, annexe.
Ceci posé... Le point Einz parle de lui-même!
Punkt Zwei
-a)Les éditeurs tentent de trouver ce qui se vendra le mieux, et partant de données fatalement subjectives, qui tiennent du marketing, mais qui veulent prétendre à l'objectivité.
b) Ceci donne aussi à croire pour ceux-là, que le fait de l'ascendance/descendance familiale ou sociale aidera à la vente, et que cette consanguinité à forcément du talent. (Ce fait est en augmentation dans tous les arts, et surtout en Europe!). D'ou piston, copinage etc.
c) L'intérêt de ce que ces gens ont à dire. La petite bourgeoisie suisse, (ainsi que celle des autres pays, je tiens à le souligner) à part penser que son nombril, son "vécu" va intéresser tout le monde... Unt le fait que les éditeurs soient issu de cette même classe bourgeoise ou petite bourgeoise.
Donc le style va être poli (au sens de la politesse), poli (au sens de la non-rugosité), et policé (au sens de la police de la pensée).
Le redbaron précise qu'il ne s'agit pas ici de valider toute inversion de ces notions pour faire une bonne oeuvre!!!
Teufel, regardez biiiiiien, dans ce pays, un artiste doit au moins être ou avoir été au minimum instituteur, pour qu'on l'écoute ou attache de l'importance à son oeuvre...
ET PENDANT CE TEMPS, le terrain occupé par ces ... ces, jaa, empêche l'édition et la découverte d'oeuvres, existantes!, mais créées par des gens de "basses extraction", qui s'expriment dans la peine matérielle, et dont l'écho pour leurs oeuvres, faute de considération ou de "piston" résonnent dans un silence assourdissant pour eux!
Et nous avons pu voir ici et lààà sur ces blogs quelque personne, APPPROUVER ce fait arguant que les oeuvres de ceux-ci (ces prolos) seraient "déprimantes"... ou "violentes"...
Aussi se plaindre de l'état des choses sans analyser et remettre en question les faits qui en constituent la base, n'amènera certainement pas le mouvement qui permettrait à une Teufeleri passion d'émerger!
Nicht alles sagen in das Kommentatur déjà trop long... Aktuellen reflexionen mit le "Trio Infernal", pour skrypter mehr erklarierung à ce sujet...
Bien à vous, Nachste...

Écrit par : redbaron | 27/06/2009

Les voies de l'Edition sont impénétrables!

Je ne veux pas m'étendre sur le sujet, mais juste raconter une histoire et rendre hommage à l'écrivain journaliste Daniel Zufferey, décédé, qui avait obtenu en 1998 pour son livre L'ETOILE D'OR, le prix du roman policier.

Je ne pense pas me tromper, mais pour capter l'attention d'un éditeur, il avait élaboré un manuscrit en copiant un texte écrit par un écrivain célèbre.

Le manuscrit lui fut retourné avec le commentaire suivant: Nous regrettons de pouvoir prendre en considération votre roman, vu le peu de valeur littéraire....

Bon dimanche

Écrit par : oceane | 27/06/2009

@ redbaron: en effet, les éditeurs cherchent ce qui peut se vendre. Il y a un peu de logique à cela: une édition, boîte privée, doit tenir financièrement sans quoi elle ne pourra plus rien éditer. Mais le revers est de ne lire que ce qui fait audimat.

Certains éditeurs ont quand-même une politique de risque en publiant des nouveaux auteurs, pour autant qu'il y en ait qui marchent bien.

En France une édition a trouvé une formule intéressante: Les Nouveaux Auteurs. On peut envoyer un manuscrit, et le comité de lecture est plusieurs centaines de personnes majoritairement non professionnelles. Les manuscrits qui remportent le plus d'intérêt sont publiés.

Il y a aussi le compte d'auteur, mais c'est une vraie galère.

Après il y a le talent de l'auteur, ce qu'il apporte. Critère en partie subjectif en partie objectif. Car certains livres méritent juste d'être remisés dans le grenier de l'auteur. Idem d'ailleurs pour nombre de romans publiés sur des vedettes qui n'ont rien à dire mais que les nègres rendent juste acceptables.

Littérature, musique, il faut aller au charbon si l'on n'est pas né dans des draps de soie.

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

@ oceane: Je ne connaissais pas cet épisode sur Daniel Zufferey. Edifiant. Mais triste sa mort.

Écrit par : hommelibre | 27/06/2009

Daniel Zufferey ou Jean-Gabriel Zufferey qui a écrit le Livre de Zob ?

Écrit par : duda | 27/06/2009

@Homme-Libéral, Vous ne savez pas lire! relisez le commentaire de notre associé redbaron, point « Zwei ». Il est déjà noté dans celui-ci, la situation des éditeurs, il lui est même consacré.
Donc, il était inutile de rajouter ce plaidoyer pour votre sacro-saint néo-libéralisme, et la défense du petit-commerce qu’il soit ancien ou néo, et ainsi de faire diversion et de détourner le fond de ce commentaire!
Inutile de piquer une de vos crise, en tout cas à notre intention, nous nous contentons de cette mise au point.
Bien à vous, point

Écrit par : Trio Infernal | 29/06/2009

@ Trio-En-Tefal: ah, les petits tyrans se réveillent, et veulent me dire ce que je dois écrire ou pas! Enfin, si cela vous fait plaisir.

Chacun écrit ce qu'il veut, apporte l'éclairage qui lui semble bon, en complément des autres. Et comme je prenais l'apéro avec Dieu hier soir, je lui ai demandé son avis sur votre commentaire. Il m'a donné raison. C'est dire...

Il a aussi trouvé que vous vous contentiez de peu. Mais sans doute faut-il être libéral libertaire pour avoir de l'ambition...

Virgule,

Écrit par : hommelibre | 30/06/2009

Teufel! Alors làà, mon Trio d'abrutis vous vous êtes fait scoaché! "Petits ramoneurs de rien du tout, de rien du tout"!
Quant à vous homme-libre libé râle aux libertaires (aux U.S man sagt "libertarien" ce qui veut tout dire, Devil!) ne confondez plus dieu avec votre aspirateur.... IL vous en prie, vous en implore, car voyez-vous ce soir là NOUS croquions quelques kartoffelnchips ensemble... C'est dire, Teufel! pardon c'est à skrypter...

Écrit par : redbaron | 01/07/2009

@ redbaron: saperlipopette! Aurais-je confondu le doux ronronnement de mon aspirateur en mini-jupe avec la voix sue-have de Lui, une nuit sur le Mont Chauve où l'étable de l'aloi fut enfin donnée aux béotiens? Raaahhh... va falloir que procède au nettoyage annuel des mes oreilles...

Écrit par : hommelibre | 01/07/2009

Je sors de l'anonymat pour dire le bonheur d'écrire en Suisse.

Mon 4ème ouvrage va sortir incessamment: "Emma Morison en Toscane" , soit pour l'été 2010.

Il s'agit de la deuxième aventure de la psychiatre Emma MORISON. Après "DISPARITIONS", l'héroïne Emma Morison s'attaque à un crime des plus mystérieux dans une Toscane romantique.

"Contrairement à des dossiers comptables, à du courrier d'affaires commerciales, elle ne pouvait classer les siens sans y penser constamment. Les confidences de ses patients s'entremêlaient à sa vie et perturbaient son quotidien. Il lui était difficile de fermer la porte aux douleurs humaines et d'éteindre la lumière sans que resurgissent un appel au secours, un regard désespéré, un rire amer, un rictus désabusé".

Vous ne m'en voulez pas d'avoir pénétré chez vous. cher JMO, par la porte laissée entr'ouverte aux aspirations des auteurs.

Noëlle Ribordy-Sarrasin

Écrit par : noelleribordydite océane | 13/05/2010

xiao zhuang

Écrit par : Gucci shoes | 29/10/2010

Donc, il était inutile de rajouter ce plaidoyer pour votre sacro-saint néo-libéralisme, et la défense du petit-commerce qu’il soit ancien ou néo, et ainsi de faire diversion et de détourner le fond de ce commentaire!

Écrit par : Samsung | 09/11/2010

bonne liste de personnes, toute mention que ma bibliothèque, merci.

Écrit par : tarot gratis | 19/01/2011

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