14/07/2009

Le bilan du roi Couchepin

images.jpeg Dans la grisaille politique suisse, le départ de Pascal Couchepin, soigneusement mis en scène par ses conseillers en communication, a fait figure de coup de tonnerre, alors qu'il n'est, au mieux, qu'un non événement. En effet, depuis le temps que tout le monde, à Berne et ailleurs, réclamait la démission du conseiller fédéral valaisan, son départ faisait partie de la logique des choses. Même si, refusant de céder aux pressions, le Roi Couchepin a voulu décider lui-même du moment de partir…

Étrange parcours que celui de cette « bête politique », comme l'appelle la presse spécialisée ! « Une bête » qui a conjugué à la fois la nostalgie impériale (un homme politique, en Suisse, aujourd'hui, a encore du pouvoir) et la nécessité de négocier et de communiquer au mieux pour faire passer ses idées. Le problème de Pascal Imperator, on l'a très vite compris, c'est les autres. Ceux qu'il aime affronter (c'est un homme de combat) et qui, sur presque tous les dossiers, ont eu le dernier mot! Ce n'est pas le moindre paradoxe de la démocratie de voir un homme à idées et à convictions échouer sur (presque) tous les dossiers qui lui ont été confiés.

On connaît ses déboires sur la question de l'AVS, ses déclarations intempestives, les haines qu'elles lui ont valu. Sur ce dossier sensible, de révision en révision, toujours en retard d'un train, Pascal Couchepin a plombé pendant un lustre toute avancée décisive.

Idem sur la question de l'assurance-maladie : naviguant à vue, sans vision à long terme, ayant de la peine à cacher son mépris pour les médecins (ni ses sympathies pour certaines caisses-maladie valaisannes!), il aura non seulement échoué à stabiliser des primes qui prennent l'ascenseur chaque année, mais il se sera mis à dos tous les acteurs du dossier. Et celui (ou celle) qui reprendra le flambeau aura fort à faire pour débloquer les choses !

Autre paradoxe de cet homme de caractère et d'esprit : en tant que responsable de la culture, il aura beaucoup fait pour le cinéma suisse, en soutenant les efforts d'un Nicolas Bideau, par exemple, promu grand manitou du 7ème art. Il fallait le faire et on le félicite.  Il aura défendu, également, la liberté d'expression lorsque l'artiste Thomas Hirschhorn aura été attaqué pour les œuvres qu'il exposait au Centre Culturel suisse de Paris. Là encore, bravo! En revanche, grand lecteur devant l'Eternel, citant facilement les poètes et les philosophes, il n'aura rien fait pour le livre, dont la place est chaque jour plus menacée. On connaît la situation difficile (pour ne pas dire plus) des maisons d'édition suisses, les problèmes de diffusion, la disparition dramatique des petites librairies, la question du prix du livre, etc.

Sur ce point, comme sur les autres, le chantier est ouvert, et dans une grande pagaille.

Pourtant, sous ses airs bourrus, Pascal Couchepin aura toujours été un homme sensible, intelligent, subtil, volontaire. Alors que lui a-t-il manqué pour devenir un grand homme politique ? L'humilité, peut-être. Ou, plus simplement, le doute, la remise en question, la vision à long terme. En tous points, le poète Couchepin (inégalable pour son phrasé et sa syntaxe rocailleuse) n'aura jamais été prophète.

10:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pascal couchepin, politique, suisse | | |  Facebook

Commentaires

Le vrai bilan

Sans parler des complaisants traits de plume à l’égard de l’ami valaisan (Ariane Dayer dans le Le Matin), qui a pu lire dans la presse romande un véritable bilan de l’action de P.Couchepin ? Dans Le Temps, quelques attaques convenues et quelques rancunes sur le ratage de son ambition de devenir un grand homme d’Etat républicain. Quelques décomptes à propos de ses échecs en matière de politique de la santé. Mais pour le reste… Où trouve-t-on un reflet de ce qui a hanté les nuits de l’Octodurien dès qu’il a dû partager la scène avec son meilleur ennemi Ch.Blocher.

Il y a pourtant là un réel enjeu médiatique et un intérêt public évident. Mais non, TV, radio, presse écrite romande y ont préféré le vide, le néant ou les faux-semblants.

C’est tellement plus facile de décrire une énième fois les facettes folkloriques du bon géant valaisan. Ses facultés de marcheur, ses tournures de phrases un poil maladroite, son franc-parler.

Franc-parler qui, curieusement, devient langue de bois, ou alors franche hypocrisie, dès qu’il est question, de son ex-collègue. C’est que l’intriguant qui a tout fait pour être débarrassé du Grison n’a pas du tout envie que les gens juxtaposent son bilan à celui de son collègue. Autant l’un a baissé pavillon dans son action politique, autant l’autre a été efficace. Autant P. C. s’est acoquiné avec ses cadres de l’administration, autant C.B. a fait valoir ses points de vue et remis concrètement en cause ses cadres subordonnés. Faisant alors ce qu’il avait projeté de faire. Cependant que les projets de P.C. sont tous, ou presque, allés à la trappe ou alors ont passé à la moulinette des instances administratives. Retraite à 67 ans, échec dans la lutte contre la hausse des primes d’assurance maladie, institutionnalisation de la provoc-ulture abreuvée à la manne confédérale.

Tout ça alors que C.B., lui, a réduit coûts et effectifs pléthoriques, fait passer des lois limitant l’immigration et la contrôlant. Rien d’autre, en somme, que le boulot pour lequel il fut volontaire puis élu. Culot suprême, il voulait mettre son nez dans les affaires de ces collègues. Un truc si logique que tous disent l’attendre d’un collège digne de ce nom. Mais qui, pratiqué par l’impudent chef de file UDC, devint une intolérable ingérence.

Les deux hommes se détestaient. Mais l’un, pourtant soucieux d’élégance et de loyauté en politique, a-t-on dit, a usé des pires méthodes pour se débarrasser de l’autre. L’amalgame au prétendu fascisme, la sinistre allusion morpho-psychologique au «Duce», le faux lapsus - puisque clairement délibéré - «Mengele-Mörgeli». Que de distingués propos pour un homme qui se targue de culture et de respect en politique. Enfin, il y a eu ce combat, ces intrigues devenus vulgaire pugilat intra-parlementaire afin d’écarter du pouvoir le tant décrié - mais efficace et respectueux des règles essentielles en politique - spectre des nuits du, finalement assez peu respectable, Octodurien.

Quel pacte a-t-il passé avec son ami Darbellay pour évincer l’importun ? Quelles promesses en vue d’un siège au CF pour ce dernier, en définitive ami valaisan davantage que faux-frère PDC du Radical ?

Écrit par : yadlajoi | 14/07/2009

yadlajoi, votre affirmation « fait passer des lois limitant l’immigration et la contrôlant ». Il me semble ce n’est pas l’ouvre CB mais de sa celle qui l’a précédée. Pour le reste, a part foutre à la m…. dans son département pendent 4 ans il ne s’est occupé que des dossiers des autres a n’a rien fait pour faire avancer les dossiers de sa compétence. Il n’a pas été à même de réaliser un seul accord bilatéral pour le renvoi des réfugiés pendent 4 ans. Aucun dossier n’a été mène à terme pendent 4 ans.

Écrit par : cali | 17/07/2009

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