20/05/2009

Mugny et les hypocrites

images.jpeg Indispensable à la survie de l'être humain, c'est une maîtresse jalouse, qui parfois prend le masque du savoir-vivre, de la politesse ou de la décence. Certains prétendent la mépriser, mais c'est en fait ceux qui la servent le mieux. C'est le fonds de commerce de tout homme (ou femme) politique. Et cela semble, de plus en plus, être une spécialité genevoise. Vous avez reconnu : l'hypocrisie.

Seul un écologiste, à Genève, peut être assez naïf ou assez fou pour réclamer le ministère de la Culture, depuis toujours  réputé ingérable. Patrice Mugny est cet homme-là. Saluons donc son courage. Car il en faut pour empoigner tous les dossiers pourris du paysage culturel genevois (le PCG) et, envers et contre tous, prendre finalement une décision. Ce que personne, au fond, ne lui pardonne.

Petit rappel des faits : quand Mugny prend le rênes de la culture genevoise, en 2003, tout le monde s'accorde pour dire qu'il faut un grand coup de balais dans certaines institutions culturelles particulièrement poussiéreuses, ou atteintes de dysfonctionnement chronique. Tout le monde ? C'est-à-dire le microcosme culturel, les députés et même le public. Quelles institutions ? Le Musée d'Ethnographie, tout d'abord, dont le personnel ne cesse de se plaindre, menaçant même de faire grève. Mugny crève l'abcès et licencie le directeur en place. Première volée de bois vert de la part même de ceux (les députés, la presse, les hypocrites) qui réclamaient un changement. Bientôt c'est au tour du Grand-Théâtre : la révolte gronde parmi le personnel. On déplore des dépressions, du surmenage et même un suicide. Mugny se renseigne, comme il a coutume de le faire, et, une fois encore, il tranche dans le vif, se séparant de la diva d'opérette qui dirigeait l'institution. Bronca dans la République! Ceux-là même qui dénonçaient la situation dramatique de l'Opéra tombent à bras raccourcis sur le magistrat, coupable de tous les maux, écolo soixante-huitard, ignare en grande musique et même joueur d'accordéon…

La coupe est pleine ! Comme les vautours de Lucky Luke, les hypocrites attendent la curée…

Aujourd'hui, Mugny crée une fois de plus le scandale en commandant un audit que tout le monde réclamait (le personnel du MHA, les députés, la presse, le public) à propos d'un Musée dont chacun s'accorde à dire — parmi les Genevois comme les nombreux visiteurs étrangers de notre belle ville — qu'il est indigne de Genève, parce qu'il manque de rayonnement, d'imagination, de visibilité (parlez à ces mêmes visiteurs du Musée de l'Hermitage, à Lausanne, ou de la Fondation Giannada, à Martigny, et vous verrez leurs réactions). Bref, depuis des lustres, Genève a mal à ses musées. Une fois encore, tout le monde le sait, tout le monde le murmure. Mais lorsqu'un magistrat prend ses responsabilités (ce qu'on attend de lui), il est exécuté sur la place publique! Par ceux-là même qui le suppliaient d'agir…

Le prochain coup de Mugny, chacun peut le prévoir : il concerne le théatre de la Comédie, qui a perdu depuis quelques années l'aura considérable qu'il avait acquise sous le règne de Benno Besson, puis de Claude Stratz. De théâtre au rayonnement national, voire international (on se souvient des tournées triomphantes de L'Oiseau vert ou de L'École des Mères de Marivaux, mise en scène par Stratz), la Comédie est devenue un théâtre d'ambition régionale, régatant avec peine avec d'autres institutions plus dynamiques comme Carouge ou le Forum de Meyrin. Là-dessus, tout le monde est d'accord. Les députés, le public, la presse, les hypocrites. Mais on rechigne à couper une tête, parce qu'il s'agit d'une femme…

Diriger la culture n'est pas une sinécure, surtout à Genève, où chacun a sa propre idée sur la question. Il faut être fou pour rêver de ce poste. Ou idéaliste. Ou écolo. Ou joueur d'accordéon. Patrice Mugny est ce fou-là. Politics is a dirty business, but somebody has got to do it. La politique est un sale boulot, mais quelqu'un doit le faire. Alors soyons reconnaissants à notre « ayatollah vert » de prendre enfin les décisions (bonnes ou mauvaises, l'avenir seul le dira) que chacun, plus ou moins ouvertement, réclamait dans la République. Le public. La presse. Les hypocrites.

 

 

10:10 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : genève, mugny, culture, musée | | |  Facebook

Commentaires

Hypocrisie, c'est un mot un peu dur. Parlons aussi d'inconséquence. Il y a peu de logique et de cohérence dans les prises de parole, parce qu'en réalité, les gens pensent peu à ce qu'ils disent à ce que cela implique. Ils pensent peu, simplement. Cela débouche sur des contradictions. J'en parle aujourd'hui sur mon blog. Mais aussi sur celui de la gazette de la constituante. Ce sont les tempéraments passionnés et romantiques, qui se contredisent tout le temps: les enfants de Rousseau.

Cela dit, on ne s'attendait pas forcément à ce qu'un musée soit critiqué parce qu'il ne contenait que des oeuvres de Hodler, jugé soudain peintre mineur, alors qu'il est lié au patriotisme suisse.

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/05/2009

à ce qu'ils disent Et à ce que cela implique (erratum).

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/05/2009

Bien. Merci pour ces explications.

Mais j'aimerais bien aussi qu'on m'explique les raisons pour lesquelles il a coupé les subventions au théâtre Para-Surbeck...

Écrit par : Johann | 20/05/2009

Qui êtes-vous pour traiter le public d'hypocrites. La politique culturelle n'est pas à risque si on travaille avec toutes les "parties prenantes" et non pas avec seulement ses connaissances sur fond idéologique. Quand M. Mugny vire le Directeur du Musée d'Ethnographie pour mettre sa petite copine de l'époque, c'est choquant. Quand il coupe des subventions ici et là, c'est choquant. Quand il verse 300'000 Frs à cet artiste et ami africain, c'est choquant---- Sa politique et sa gestion de la culture sont juste orientées à des fins électoralistes et pour sa mégalomanie. Il n'a pas la carrure d'un dirigeant, il est de deuxième ordre tout comme le sont les musées genevois car à force de trop politiser, on tue la culture. En définitive, ma préférence irait vers un grand musée d'envergure pour la région métropolitaine avec une vraie vision.

Écrit par : Demain | 20/05/2009

Je connais mal la politique de M. Mugny, mais c'est bien la vérité que la politique tue la culture, ainsi que j'ai pu l'expliquer sur un blog savoyard : http://lavoixdesallobroges.hautetfort.com

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/05/2009

Et vous, qui êtes-vous, mon/ma cher/ère Demain, pour penser que Patrice Mugny agit de façon électoraliste, alors qu'il ne renouvellera pas son mandat? Vos idées datent un peu d'hier…

Écrit par : jmo | 20/05/2009

Si l'on compte les années Vaissade et que l'on y ajoute les années Mugny, on constate que la culture genevoise a été dirigée pendant près de vingts ans par des écolos dont le seul souci était de remplacer la voiture par le vélo, et l'OSR par la Fanfare du Loup! Quel progrès dans la démocratie! Pitié! Qu'on nous rende Ketterer!!

Écrit par : fédor | 20/05/2009

Le Mugny's mythe se perpétue. Il ne se représenterait pas! Déjà les enfants respirent mieux... mais attention... Le monstre peut rebondir, s'incarner dans des légumes verts aux apparences goûteuses, des fleurs partisanes séduisantes aux senteurs vénéneuses. Genevois! Tremblez. Le Mugny se terre dans une loge d'audits. Il est imugnysé contre les mauvais sorts. Seule l'implosion naturelle de son orgueil libérera la République de ses menaces farçeuses. Car il n'a jamais appris qu'il ne faut pas jouer avec la vie et l'argent des autres... Le Mugny aux mille facettes rampe, vole, galope, juge, décapite, s'excuse, s'efface, se terre, se recycle et recommence sans fin. Il a pour unique mérite de dynamiser la garde genevoise contre toutes les formes de mauvais esprit pilleur.
Il est le mythe symbole du destructeur, la force du mal, la puissance négative, l'anti-matière, l'esprit zéro. Il n'existe pas. Il est un mythe né de l'a-culture régionale. Il doit son appellation accidentelle a un personnage éphémère de la vie politique communale en une période culturelle sans relief particulier où tout somnolait pour le mieux sauf la culture des cauchemars. Il n'existe pas même de lien entre ce personnage éteint et ce mythe fantastique qui tient Genève en éveil.

Écrit par : Oyez | 20/05/2009

Quel beau portrait de l'ayatollah Khomugny! On dirait du Machiavel!

Écrit par : jmo | 20/05/2009

@JMO. Il ne se représente pas mais une autre personne de son parti va se mettre sur la liste alors espérons que demain nous arriverons à trouver LA personne qui pourra fédérer TOUS les acteurs du Canton de Genève. M. Mugny part mais avec peu de résultats et beaucoup de division au sein de la scène culturelle.

Écrit par : demain | 20/05/2009

Aïe ! Attention Madame Bisang. Vous êtes une des rares têtes intéressantes que M. Mugny n'a pas coupée. Au début de son premier mandat, il s'en est pris à vous, vous avez courageusement résisté et même contre attaqué. Il ne vous a sans doute pas pardonné, mais sur le moment il a reculé. Ce blog, dont l'auteur est très probablement un de ses fidèles serviteurs, est-il annonciateur d'une nouvelle attaque contre vous ? Maintenant que notre ministre de la culture a démontré, à ses yeux, qu'il n'est pas macho, en écartant des institutions plusieurs HOMMES dont des gens de grandes valeur comme M. Blanchard, qui nous a tant apporté dans les arts lyriques, se sent-il assez fort pour s'en prendre à vous ? Le moment est venu de préparer votre défense ! Les méthodes de M. Mugny étant désormais mises à nu, j'ose espérer que ses pusillanimes collègues du Conseil administratif mettront des limites à ses agissements.

Écrit par : Léone | 28/05/2009

Comme vous devriez le savoir, si vous lisez ce blog, ma chère Léone, je ne suis le serviteur de personne, surtout pas de Patrice Mugny. Je ne fais au fond que mettre au jour certaines choses que tout le monde connaît. Quant à madame Bisang, qui terminera son mandat en même temps que monsieur Mugny, c'est-à-dire dans deux ans, sans doute celui-ci attend-il le dernier moment pour la décapiter, comme pour le directeur du MAH…

Écrit par : jmo | 28/05/2009

Heureusement que ce tartuffe dégage de la vie politique.
Du balai ignoble pastèque roulant en 4x4

Écrit par : Hypolithe | 01/02/2010

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