08/05/2009

Quand les Grandes Têtes Molles font la fête

cover.jpg Comme chaque année, l'Hebdo organise à l'Université de Lausanne, et à grands frais, un forum réunissant les « 100 personnalités qui font la Suisse romande ». On n'y croise que du beau linge : Pascal Couchepin, qui comprend si bien les problèmes des médecins, Nicolas Hayek, notre Swatch-man, Maria Roth-Bernasconi, notre Mère Teresa, Gilles Marchand,  le futur fossoyeur de la RSR, et même l'inénarrable Marie-Hélène Miauton, grande prêtresse des sondages plus ou moins trafiqués. Sans oublier, bien sûr, quelques alibis culturels, stars sur le retour ou « décideurs » omnipotents.

Un tel rassemblement de Grandes Têtes Molles est exceptionnel. Il n'a d'équivalent que Davos, et son World Economic Forum. Dont on sait l'arrogance et l'immense vanité. Le forum de l'Hebdo est-il plus utile ? Pour répondre à cette insidieuse question, il suffit de revenir sur le Forum de l'an dernier. Qui, parmi cette assemblée de lumières, a vu venir la crise ? Qui l'a seulementr pressentie ou imaginée ? Personne. On y a parlé d'économie, comme toujours, de mondialisation, de libéralisation (pour certains, le marché n'est jamais assez libéral). Personne n'a évoqué la possibilité d'une crise ou d'une faillite du système. Normal, me direz-vous, puisque les « décideurs » sont précisément à l'origine de cette crise et de cette faillite. Peut-être, cette année, nos Grandes Têtes Molles seront-elles plus modestes, plus lucides, ou simplement plus honnêtes ?

Rien n'est moins sûr, pourtant, car le système d'autocélébration est bien rodé. Et, chez ces gens-là, on ne fait pas de vagues, ni de bruit : l'important est d'être sur la photographie. Guy Debord l'a bien analysé : c'est la loi de la société de spectacle.

La crise, née aux États-Unis, mais largement mondialisée, et qui va toucher avant tout les pays les plus pauvres, nous a-t-elle appris quelque chose ? Il semblerait que non. Nous poursuivons notre chemin vers l'abîme. Aveuglément, obstinément. Nous fonçons dans le mur que tant de « décideurs » extralucides ont bâti pour nous. Nous bavardons, nous ergotons. Nous célébrons nos Grandes Têtes Molles, à grand renfort de caviar et de champagne.

 

09:20 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : hebdo, forum des 100, lausanne | | |  Facebook

Commentaires

"Gilles Marchand, le futur fossoyeur de la RSR"

et futur PDG de Romandie Cie qui n'a déjà maintenant plus besoin des partis politiques, lesquels n'y voient que du feu..

Écrit par : Christian Favre | 08/05/2009

"Un tel rassemblement de Grandes Têtes Molles est exceptionnel. Il n'a d'équivalent que Davos, et son World Economic Forum."

Je ne suis pas sûr que cette sorte de rassemblement de notabilités cantonales qui s'efforcent pendant quelques jours de faire semblant soit si exceptionnelle. Il s'en organise sans doute dans bien des régions du monde, et nous n'en entendons pas parler car leur réputation ne franchit pas les frontières du lieu qui les accueille. Il est facile certes de dauber sur la gaucherie pataude et la maladresse pleine de bonne volonté de ces péquenauds qui sont juste assez flattés qu'on leur accorde un étiquette de leaders pour essayer de bonne foi d'en porter les apparences ; mais, par delà la pitié qu'ils vous inspirent comme à moi, vous devriez au moins leur reconnaître cette excuse qu'ils n'ont point voulu devenir ce qu'ils sont. Personne ne peut vraiment ambitionner en connaissance de cause d'accéder à ce statut de notables de province, avec tout le ridicule qu'on y attache depuis des siècles. Leurs existences, comme les nôtres, ont simplement suivi leur cours à travers une succession d'accidents, dont le sens malheureux n'est apparu que lorsqu'il était trop tard pour rien changer. Il faut bien désormais qu'ils continuent à être eux-mêmes, faute d'y pouvoir mais.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 08/05/2009

Tout à fait d'accord avec vous, Stéphane, on est plus du côté des comices (ou des comiques) de province que du WEF. Mais êtes-vous sûr que certains invités n'ont jamais eu l'ambition d'en faire partie?

Écrit par : jmo | 08/05/2009

@Stépahane Strasrwicz, pas d'accord sur la fin du commentaire, car hélas, et JMO fait allusion à Debord, leur existences est celle du spectacle (et pour ceux qu'il ne l'ont pas lu, pour ce spectacle, nul besoin d'acheter de billet) à déterminer nos existences, que ce soient ceux d'ici ou d'aileurs, et ce FAIT, et le spectacle continue...
Que continue donc, la succession d'accident dont le sens malheureux... perpétue la misère, et ce avec l'assentiment du plus grand nombre....

Écrit par : redbaron | 09/05/2009

@Stéphane, désolé, faute de frappe sur votre prénom et nom.
Bien à vous

Écrit par : redbaron | 09/05/2009

Il y a pile deux ans, dans le cadre de la campagne pro-Bayrou, j'avais fait venir à Genève Jean Peyrelevade. Il avait expliqué, chiffres à l'appui, devant deux conseillers d'Etat éclairés (Longchamp et Hiler) et un parterre de banquiers, d'économistes et de journalistes, qu'il allait forcément y avoir une crise, le jeu de l'avion spéculatif ne pouvant pas continuer indéfiniment. Car c'est bien de cela qu'il est question: la richesse ne peut pas croitre durablement davantage que la croissance.
L'Hebdo, prévenu, voulait interviewer Bayrou mais n'était pas intéressé par Peyrelevade. Et plusieurs des journalistes présents ce soir là ont parlé de la conférence, mais aucun n'a parlé de la partie sur la future crise... Par peur de quoi ? Les arguments étaient pourtant limpides et imparables.
Nous avons certes un problème de gouvernance, mais nous avons aussi un problème de médias. Parce que ceux qui doivent répandre les nouvelles et être capables de découvrir l'innovation préfèrent se contenter de répéter les discours convenus des personnalités connues: Parce que c'est ce qui fait vendre, coco. Et tant pis pour la vérité inconnue que plus personne ne se donne le mal d'aller dénicher. Plus grave, non seulement on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure, mais une bonne nouvelle n'est pas une nouvelle... Sauf si elle vient contredire une mauvaise, et encore.
La presse ne sait plus que critiquer, par goût du lucre, parce que c'est ce qui se vend, mais si elle se met à dire du bien d'une autorité ou d'un service quelconque, on la soupçonnera immédiatement d'être vendue... Cela participe à la déliquescence de notre société et plutôt deux fois qu'une. A force d'entendre des flots de critiques, l'esprit des gens assimile ce monde et ce système à tout ce qui n'y marche pas.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/05/2009

@ Philippe. La dérive médiatique que vous dénoncez — vers les people, l'info spectacle, la drague tous azimuts de l'économie — l'Hebdo en a fait, depuis quelques années, sa marque de fabrique. Il faut caresser les chefs d'entreprise — les leaders — dans le sens du poil. Vanter la réussite, la croissance, le profit. Cette mentalité est incarnée à la perfection par le red' en chef, Alain Jeannet, pour qui un homme de trente ans qui n'a pas pu s'offrir une Rolex grâce à son travail est un homme qui a raté sa vie! Eh oui, nous en sommes là…
Mais les lendemains risquent d'être difficiles, surtout pour l'Hebdo, dont les pages diminuent presque à chaque parution.
PS (sic!) Lors d'un récent débat public sur l'avenir de la presse, à Palexpo, A. Jeannet se flattait (de manière un peu obscène) d'avoir réussi une gageure: virer vingt journalistes de l'Hebdo et produire un journal encore meilleur! Je ne crois pas que l'avenir lui donnera raison…

Écrit par : jmo | 09/05/2009

Monsieur Olivier,

Je ne comprends en rien 'utilité de votre billet!
L'Hebdo EST un média "pipeule". Bien qu'encore enrobé de pseudo intellectualisme, il c'est, au fil des années, complètement transformé et ne garde d'intéressant que Mix & Remix!
Dès lors, qu'à la Tête de ces Fêtes Molles on retrouve l'Hebdo est dans l'ordre des choses!

Désolé de vous quitté si rapidement, mais ma vieille Timex (et j'ai plus de 60 balais) me montre qu'il est l'heure de la soupe!

Écrit par : Père Siffleur | 09/05/2009

J'oubliais! Vous avez aussi oublié de le dire:

Le Forum des 100 n'est pas décent et il descent plus bas chaque année!

Écrit par : Père Siffleur | 09/05/2009

Merci de votre commentaire et bonne soupe!

Écrit par : jmo | 09/05/2009

Ce forum a au moins une utilité : désigner au vu de tous qui sont les parfaits ringards. Mais qui va en tenir compte, dans cette république de ringards ?

Écrit par : Géo | 09/05/2009

@Geo, Was le swiss une république? mit oder sans ringards, la Suisse est une confédération en un seul mot bitte!
Ps: Das stimmt mein kommentatur ci-dessus est un peu beaucoup brumeux... le fil j'ai du perdre en vol, jaaa...

Écrit par : redbaron | 10/05/2009

"Mais êtes-vous sûr que certains invités n'ont jamais eu l'ambition d'en faire partie?"

Tout dépend de l'angle par lequel on veut regarder l'objet de leur ambition ; la question est d'autant plus difficile à formuler avec assez de rigueur qu'elle est brouillée par des effets d'allodoxie. Des ambitieux de province rêvent peut-être en effet d'acquérir ce statut contradictoire de notables locaux et d'importants sans importance dans le petit coin qui les abritent, mais ce n'est que parce qu'il ne le perçoivent pas dans son objectivité, qui leur ferait horreur comme à nous s'ils pouvaient la saisir. Leur position de départ les aveugle en leur imposant d'emblée une représentation déformée, distillée par le besoin de compensation de la génération des élites arrivées --- et ainsi confrontées à la déception de leur néant effectif --- et assimilée par la génération montante, laquelle souffre vite autant quand elle en vient à comprendre de quoi il retourne et n'a d'autre recours pour se supporter que de se faire complice de sa reproduction. Dans ce sens, les ambitieux cantonaux ambitionnent, il est vrai, un statut dominé dans l'absolu de dominants relatifs, et à la fois ils n'ambitionnent que l'illusion pleine d'espoirs menteurs qui les y tire.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 10/05/2009

Bien vu, Jean-Michel ! C’est effectivement affligeant et la situation n’est pas en passe de s’améliorer. Le système se nourrit de lui-même – amours ancillaire et redondance – à la croisée des routes où se rencontrent, dans une reconnaissance éblouie, information (souvent superficielle), pouvoir politique, capitaines d’industrie et toutes celles et ceux ravis de cette aubaine : figurer sur la photo et faire partie de ceux qui font… Quoi déjà ?
Il faut rappeler ici ce que disait, avec pertinence, Jacques Bouveresse dans Le philosophe et le réel :

« Musil dit que ce qui est douloureux, quand on pense au cas du journalisme, c’est le contraste entre ce qu’il est et ce qu’il pourrait être : » Pour on ne sait quelle impondérable raison, les journaux ne sont pas ce qu’ils pourraient être à la satisfaction générale, les laboratoires et les stations d’essai de l’esprit, mais des bourses et des magasins. » (L’homme sans qualités). C’est vrai qu’en matière culturelle, ce sont essentiellement des lieux où l’on passe le plus clair de son temps à coter et à classer des valeurs (« Les personnalités en hausse et en baisse » « Les cinquante premiers ceci », « Les cinquante meilleurs cela », etc.) à promouvoir et à faire vendre, tout en proclamant, bien entendu, que les œuvres de l’esprit ne sont pas des produits comme les autres et ne peuvent pas être soumis à la loi du marché.
Quant aux journalistes, quand on considère leurs engouements et leurs revirements successifs sur une période un peu longue, il est difficile de percevoir la plupart d’entre eux autrement que comme des suiveurs-nés qui aimeraient bien se faire passer pour des pionniers. »

http://blog.cavesa.ch/index.php/2007/08/24/83229-ce-qui-est-urgent

Écrit par : Jacques Perrin | 10/05/2009

C’est effectivement affligeant et la situation n’est pas en passe de s’améliorer. Le système se nourrit de lui-même – amours ancillaire et redondance – à la croisée des routes où se rencontrent, dans une reconnaissance éblouie, information (souvent superficielle), pouvoir politique, capitaines d’industrie et toutes celles et ceux ravis de cette aubaine : figurer sur la photo et faire partie de ceux qui font… Quoi déjà ?
Il faut rappeler ici ce que disait, avec pertinence, Jacques Bouveresse dans Le philosophe et le réel :

« Musil dit que ce qui est douloureux, quand on pense au cas du journalisme, c’est le contraste entre ce qu’il est et ce qu’il pourrait être : » Pour on ne sait quelle impondérable raison, les journaux ne sont pas ce qu’ils pourraient être à la satisfaction générale, les laboratoires et les stations d’essai de l’esprit, mais des bourses et des magasins. » (L’homme sans qualités). C’est vrai qu’en matière culturelle, ce sont essentiellement des lieux où l’on passe le plus clair de son temps à coter et à classer des valeurs (« Les personnalités en hausse et en baisse » « Les cinquante premiers ceci », « Les cinquante meilleurs cela », etc.) à promouvoir et à faire vendre, tout en proclamant, bien entendu, que les œuvres de l’esprit ne sont pas des produits comme les autres et ne peuvent pas être soumis à la loi du marché.
Quant aux journalistes, quand on considère leurs engouements et leurs revirements successifs sur une période un peu longue, il est difficile de percevoir la plupart d’entre eux autrement que comme des suiveurs-nés qui aimeraient bien se faire passer pour des pionniers. »

http://blog.cavesa.ch/index.php/2007/08/24/83229-ce-qui-est-urgent

Écrit par : Jacques Perrin | 10/05/2009

Merci pour ton commentaire, Jacques. Et pour le lien vers ton site, qui est vraiment épatant !

Écrit par : jmo | 11/05/2009

Les commentaires sont fermés.