11/07/2009

Moutinot publie ses Mémoires, un brûlot politique

images.jpegÀ trois semaines du Salon du Livre, tout Genève ne parle que de ça : le brûlot politique que Laurent Moutinot publie aujourd'hui sous le titre sibyllin de Nom d'une pipe*. À mi-chemin de la confession (Rousseau n'est jamais loin) et du règlement de comptes, ce pamphlet risque bien de supplanter Zones humides et Un Juif pour l'exemple au sommet des meilleures ventes de Suisse romande…

Il faut dire que Laurent Moutinot, dont la discrétion a toujours été la marque de fabrique (surtout dans son travail) n'y va pas de main morte. Il balance tout, et tout le monde. Et cela fait mal ! Comme si notre célèbre Conseiller d'État voulait vider son cœur une dernière fois avant de donner son sac. Passons sur les souvenirs d'enfance malheureuse à Champel, le traumatisme de l'argent facile, le mépris du travail insufflé par ses parents (« Quoi de plus vulgaire que de gagner sa vie ? »), mépris largement mis en pratique par le fiston. Passons aussi sur les déboires du jeune footballeur qui rêvait de jouer au Servette, et à qui l'entraîneur, un jour, a dit : « Toi, tu n'es bon qu'à couper les citrons à la mi-temps ! » Terrible traumatisme… Passons enfin sur les premières déceptions politiques, quand le jeune candidat au Grand Conseil se vit supplanter par de meilleurs ou de plus forts en gueule que lui — et même par des femmes. Suprême humiliation…

Le cœur de ce petit pamphlet paru chez Zoé (« J'aime les livres de Zoé, parce qu'ils sont toujours minces ») est une véritable confession publique. Moutinot y révèle son addiction pour le tabac hollandais (« Tout Moutinot tient dans une pipe » dit de lui son collègue Longchamp). Plusieurs cures de désintoxication, dont l'une en compagnie de la chanteuse Amy Winehouse et du comédien David Duchovny, n'ont rien pu y changer. Plus intéressant : Moutinot y confesse ses amours malheureuses pour plusieurs femmes, dont la mystérieuse Martine Blum-Giraffe (sans doute un pseudonyme) qui, hélas pour lui, n'a jamais répondu à ses lettres passionnées, ni à ses attentes. Autre péché avoué : Moutinot nous confie qu'il a toujours été jaloux de son camarade de parti Manuel Tornare, toujours mieux habillé que lui et jouissant d'un véritable triomphe auprès de la gent féminine. Autre déception que l'auteur en mal de confidence nous révèle : enfant déjà, il ne rêvait que d'une chose : prendre sa retraite.

Rassurons-le et rassurons-nous : ce sera bientôt chose faite.

Il n'est pas rare qu'un homme politique crache dans la soupe. En revanche, il est rare qu'un magistrat se mette ainsi à nu. Qu'il vide son cœur et son sac en public (le livre a été tiré à 100'000 exemplaires, c'est mieux que le dernier Angot). Qu'il balance tout sur ses collègues, son  parti, cette bonne ville de Genève qui l'a vu naître et qu'il exècre (il a prévu d'aller passer sa retraite à Phuket, et de n'en jamais revenir). Qu'attend-il de cette confession impudique? Un improbable pardon ? Une absolution tardive?

Interrogé sur la question, Laurent Moutinot se terre, comme d'habitude, dans le silence. En revanche, Mgr Genoud a peut-être le fin mot de l'histoire : « La pression qu doivent supporter chaque jour les politiques est énorme. Écrire, alors, est une soupape de sécurité, un exutoire. Et , croyez-moi, il n'y a pas de péché qui ne puisse être pardonné. Monsieur Moutinot le sait bien. En cette année où l'on commémore en grandes pompes Calvin, il a voulu faire son coming out. Je trouve sa décision courageuse. Et d'avance je lui accorde mon pardon. Et toute ma miséricorde. Il en a bien besoin. »

* Laurent Moutinot, Nom d'une pipe, 21 p., éditions Zoé, 2009.

 

10:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : moutinot, genève, mémoires | | |  Facebook

Commentaires

Bonjour !
"21 p.", vous êtes sûr ? Il y a 20 p. de pubs ?

:o)

Écrit par : Blondesen | 01/04/2009

Oui, c'est un étrange objet littéraire, dont on ne sait comment effectuer la critique. Il y a notamment cette scène torride avec cette petite bergère croate, sur les pentes du Mont Canigou. Il paraît par ailleurs qu'une adaptation cinématographique est actuellement envisagée. Bernard Haller pourrait tenir le rôle principal...

Écrit par : Lionel Chiuch | 01/04/2009

@ Blondesen : aie! j'avais compté la couverture!

@ Lionel : et si le vieux Tanner tenait la caméra? Ça ferait un film for-mi-dable (en noir et blanc, bien sûr)!

Écrit par : jmo | 01/04/2009

Comme les Editions Zoé ont l'habitude de publier des livres de petit formats, il n'est donc pas étonnant qu'elle édite les "Mémoires" de Monsieur Moutinot.
Pour le cas bien improbable que M. Moutinot se serait risqué de faire son bilan politique en tant que Conseiller d'Etat, il aurait été bien empreinté de trouver un éditeur car, même les Editions Zoé n'imprimerait pas un livre ne contenant que quelques feuillets.Voir un feuille A4. A la lecture de son bilan, on se prendrait à regretter qu'il ne se soit pas exileé en Thaïlande comme il l'avait souhaité dans sa jeunesse.

Écrit par : charvet | 01/04/2009

JMO, ne voyez-là aucune impolitesse de ma part en vous appelant ainsi, d'autant plus que Redbaron vous a confondu avec BHL.

Une idée m'a traversé l'esprit.

Ne seriez-vous pas le nègre de M. Moutinot?

Autant de péripéties croustillantes, amusantes, pertinentes ne peuvent être l'oeuvre d'un simple politicien.

Plein succés pour ce best-seller!

Écrit par : oceane | 01/04/2009

Aie, Océane ! Vous m'avez démasqué!

Écrit par : jmo | 01/04/2009

Je n'ai pas trouvé le livre à la Fnac, savez-vous s'il est déjà disponible ?

Merci.

Au fait, il a été judicieux d'écrire ce genre de livre Laurent M., car s'il avait du écrire sur ce qu'il n'a pas fait, sa longue retraite n'y suffirait pas ..

Écrit par : Minet | 01/04/2009

Entre le requin et la baleine, je ne sais quel poisson choisir pour accompagner cette douce lecture, la raie, non ... ?

Écrit par : Minet | 01/04/2009

La FNAC de Rive, Genève, le vend au rayon des nouveautés. Il n'en reste que quelques exemplaires...

Écrit par : Michel | 01/04/2009

Arrivé un peu tard sans doute pour faire preuve d'actualité, mais qu'importe, j'aimerais seulement vous remercier, cher Jean-Michel, pour votre talentueuse bafouille sur ce presque non-évènement qu'est la parution des mémoires de M. Moutinot. Il est devenu rare, en effet, qu'on ose s'attaquer à de tels piliers de la vie publique romande et votre intervention est, à ce titre au moins, des plus pertinentes.

Reste que j'ai manqué m'étrangler avec mon petit déjeuner en lisant "le livre a été tiré à 100'000 exemplaires", je vous cite, et à vivement m'inquiéter sur l'avenir de nos forêts, j'espère ne pas être le seul. Heureusement, l'œuvre en question ne compte qu'une toute petite vingtaine de pages, ce qui en dit long sur le peu de choses que M. le Magistrat avait à dire.

Écrit par : Yvan | 08/04/2009

A lire tout ceci, je me demande vraiment s'il s'agit d'un gag. Un Conseiller d'Etat écrivant ses mémoires en 20 pages: l'Alzheimer guette! Et quelles mémoires. C'est gonflé quand même.

Mais venant de vous Monsieur Olivier, je dois admettre que c'est bien réel, et j'en suis encore plus abasourdi. Mais bon, 20 pages, c'est pratique à prendre avec soi pour une randonnée de 2 jours pendant laquelle il faudra allumer un petit feu. Avantage: bien à plat cela ne prend pas de place. Pas plus de place que Monsieur Moutinot ne laissera dans la mémoire collective...

Écrit par : hommelibre | 11/07/2009

Le Tribunal administratif vient d'annuler la votation sur l'initiative concernant le cycle d'orientation. Laurent Moutinot, président du Conseil d'Etat s'exprime.

Écrit par : duracraft filters | 14/02/2011

Laurent Moutinot a convoqué le 19 juin dernier des "assises pénitentiaires". Promettant la publication des actes de ces assises pour "au plus tard 20 jours" après l'événement.

Écrit par : duracraft filters | 14/02/2011

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