28/03/2009

Claude-Inga barbante

images.jpegJ'ai toujours aimé les marionnettes. Et j'aime beaucoup Claude-Inga Barbey, qui est à la fois comédienne, écrivaine et metteuse en scène. On pourrait croire que les deux font la paire, surtout quand c'est Claude-Inga qui manipule les marionnettes, comme c'est cas actuellement aux Marionnettes de Genève*. La pièce s'appelle Règlement de contes. Elle a été écrite par notre femme-orchestre, qui joue et manipule, sur scène, des fleurs, un grand soldat de plomb et surtout un canard, à qui elle fait subir les pires tortures. Le prétexte de la pièce est de « corriger » les contes d'Andersen (dont certains finissent mal) dans un sens résolument positif. Pour cela, elle est aidée par l'excellente Doris Ittig, qui joue la servante du Maître, et par l'irrésistible Claude Blanc, qui incarne le vieil Andersen.

Mais le résultat laisse songeur. C'est le moins qu'on puisse dire. Même les enfants, à qui la pièce est adressée, ne s'y trompent pas, qui parlent, s'agitent et s'ennuient pendant plus d'une heure de spectacle. Ma fille (5 ans) en est sortie consternée, et triste. Ce qui est un comble…

Pourquoi est-ce si mauvais?

Parce que la pièce, qui devrait être écrite, semble improvisée, d'un bout à l'autre, par des comédiens peu concernés, inattentifs, qui sont comme livrés à eux-mêmes. Parce que l'argument, ensuite, est très faible, et fort peu développé : on comprend vraiment mal où l'auteur de la pièce veut en venir. Et surtout parce que la scène, si lègère et magique, du Théâtre de Marionnettes, est squattée par une bavarde impénitente qui agite frénétiquement des marionnettes qu'elle ne sait pas manipuler. Alors que le marionnettiste devrait être invisible, Claude-Inga Barbey réussit le prodige de faire qu'on ne voit qu'elle durant plus d'une heure ! Au détriment du texte, des autres comédiens, de la magie du théâtre…

Comment expliquer un tel désastre ?

Insignifiance du texte ? Inexistence de la mise en scène? Narcissisme exacerbé de l'auteur qui ne joue pas avec les autres comédiens, mais toute seule ? Éternel cynisme du propos (corriger Andersen dans un sens « moderne ») qui convient mal ici à des contes que tout le monde connaît et apprécie ? À vous de choisir…

J'ai toujours aimé les marionnettes. Et j'ai toujours apprécié Claude-Inga Barbey. Mais les deux ne font pas la paire…

* Règlement de contes, de Claude-Inga Barbey, mise en scène par Claude-Inga Barbey, avec Claude-Inga-Barbey (et, accessoirement, Doris Ittig et Claude Blanc), Théâtre de Marionnettes, Genève, jusqu'au 26 avril. Dès 5 ans.

 

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27/03/2009

A la rencontre de Marie Gaulis

images-1.jpegQuand un nouveau talent surgit en Suisse romande, on a tendance à l'étouffer sous les références prestigieuses ou les rameaux d'un héritage lourd à porter (un père aventurier, écrivain et homme de théâtre ; une mère artiste-peintre). Pourtant Marie Gaulis, dont le talent éclate dans Ligne imaginaire*, un premier recueil de récits poétiques, ne doit rien à personne…
Après une enfance itinérante, Marie Gaulis (née en 1965 à Paris) entreprend des études de Lettres à Genève, se passionne pour le grec ancien, puis se lance, avec succès, dans une thèse qu'elle achèvera quelques années plus tard. Parallèlement à ses études « classiques », elle ne cesse d'écrire : des poèmes (publiés à l'Aire en 1993 sous le titre Le Fil d'Ariane), des textes courts et même une pièce de théâtre (qui devrait intéresser les metteurs en scène, car elle est excellente).
Pour entrer dans Ligne imaginaire, il faut s'abandonner à la musique de la langue, laisser agir un charme à la fois singulier et très puissant qui vous mène au cœur du secret, là où l'on touche peut-être « au plus silencieux de soi, au plus innommable ». C'est ainsi que commence le beau livre de Marie Gaulis : par une invitation à la sieste, ce moment rare de la journée où affleurent, dans un demi-sommeil, les visages oubliés, les paysages lointains, les rencontres furtives (peut-être simplement rêvées), les cris, les peurs, les jardins de l'enfance. Autant d'images, saisies au seuil de la conscience, qui se révèlent riches en expériences, en sensations, en moments de grâce pure.
Ainsi l'étrange cérémonial du thé qui marque une pause au cœur du temps et réunit, en un instant fugace, mais précieux, les membres d'une famille dispersée. Sous l'écorce des mots, Marie Gaulis nous restitue avec bonheur ces moments de partage et d'angoisse, d'amour et d'espérance, qui portent en eux, déjà, le germe de la séparation, « insoutenable, mais nécessaire ».
Au fil du livre, les visages défilent, tantôt comme des fantômes, tantôt comme des masques, toujours comme des énigmes. C'est à la fin seulement qu'apparaît, comme un mystère central, le visage du père adoré, indissociable des autres membres de la famille, mais « saisi dans le fier et tendre bastion de sa solitude ». C'est la force de cette Ligne imaginaire que de sonder ainsi les visages les plus proches (les plus apparemment familiers) pour déchiffrer sans cesse sa propre énigme.

* Marie Gaulis, Ligne imaginaire, éditions Métropolis, 1999.

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25/03/2009

Pour Adrien Pasquali

images.jpegOn l'oublie trop souvent : écrire est difficile, incertain, périlleux, angoissant — surtout en Suisse romande où tout conspire à étouffer les voix qui pourraient être singulières. Les exemples ne manquent pas d'écrivains étranglés par le silence ou l'indifférence. Adrien Pasquali était de ceux-là. Il y a dix ans, le 23 mars 1999, à Paris, il a décidé de se donner la mort, et d'abandonner les siens. Jérôme Meizoz, qui l'a bien connu, lui adresse, dix ans plus tard, de belles lettres, qu'on peut lire ici.
Au fil des livres, Adrien Pasquali (né en 1958) semblait approcher de plus en plus un secret qui le brûlait, secret rattaché à l'enfance, au déracinement et à l'apprentissage d'une langue qui aura toujours été étrangère. Secret, encore, d'un silence qui était comme le berceau (ou l'origine) de la passion d'écrire.
Déjà La Matta, roman publié chez Zoé en 1993, tentait à sa manière de circonscrire une blessure liée à l'émergence de la folie, à la mort, à l'enfance — ou peut-être à la mort de l'enfance. Ce roman bref et intense avait le charme de ces journées d'été qui laissent sur la peau (et dans les yeux) des marques vives qui accompagnent longtemps le promeneur.
Ces promesses, Pasquali les tient dans Le pain de silence* jusqu'aux limites de la parole. Même interrogation de l'enfance, des mots échangés (et surtout retenus), de cette loi du secret qui régne si cruellement dans certaines familles et tue dans l'œuf tout rêve de communication. Même écriture musicale, aussi, qui sonne juste et bien dans sa répétition obsessionnelle des mêmes motifs. Même louvoiement inquiet entre récit et roman en quête d'une forme qui concilie enfin (ou réconcilie) l'écriture et la présence au monde.
Constitué de deux immenses phrases, « deux amples coulées sans point ni paragraphe », le livre d'Adrien Pasquali avance comme le derviche de Voltaire, en cercles concentriques : il revient sans cesse sur ses pas comme s'il cherchait dans le passé des points d'appui pour accrocher ses mots, creuser la trace qui mène à la lumière (ou à la délivrance) du point final. Dans ce récit haletant, sans cesse entravé par des images mortifères (le père muet, la mère sacrifiée aux travaux domestiques), on avance avec angoisse vers la fin, longuement différée, où le silence, comme la glace, menace à chaque pas. L'ironie veut que ce silence, dont il essaie par tous les moyens de se libérer comme d'une gangue funeste, Pasquali ait choisi de le rejoindre pour toujours.

* Adrien Pasquali, Le pain de silence, éditions Zoé, 1999.

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23/03/2009

Les cahiers d'Antonin Moeri

images-1.jpegDepuis Le Fils à maman, paru en 1989, Antonin Moeri publie régulièrement romans et traductions (c'est à lui qu'on doit la très belle traduction du Petit cheval de Ludwig Hohl*) et, peu à peu, au fil des ans, il s'est imposé comme l'un des écrivains les plus intéressants de sa génération.
Avec Cahier marine*, Antonin Moeri nous convie à un bien étrange voyage. Roman, récit, autobiographie rêvée ? Aucun sous-titre ne vient éclairer l'inconnue de ce texte fragmentaire, écrit au fil de la plume, qui raconte les pérégrinations d'un comédien sans emploi qui plonge au sud de l'Italie, à sa manière à la fois désinvolte et désespérée, comme s'il était à la recherche d'un secret primordial.
Ce cahier bleu marine, c'est un cahier d'écolier, acheté à Berlin, dans lequel le narrateur, en même temps qu'il consigne les événements de son voyage, va chercher à se reconstruire, morceau par morceau, paragraphe après paragraphe, toujours à la recherche d'une langue utopique (« Je me demande si les mots ne sont pas mes seules amours. ») qui seule peut le guider dans la nuit de son âme.
Ecrit dans l'urgence, le désarroi, ce Cahier mêle portraits et descriptions, aventures narratives et réflexions sur l'écriture. Pour le comédien-narrateur, il s'agit moins d'un voyage sentimental que d'un périple initiatique qui cherche à raconter « la chute et le sommeil », « les brumes immobiles sur les plages sans fin, les mensonges qui [lui] sont nécessaires pour substituer à ce qu'[il] voit et ressent cet astre éclatant vers lequel, chaque jour, [il] doit monter. »
On reconnaît ici les thèmes familiers à Antonin Moeri, abordés dans L'Ile intérieure (1990) et Allegro amoroso (1993). C'est moins la quête d'un sens que celle d'une langue, toujours inaccessible ; moins la recherche d'une identité que celle d'une connivence (impossible) avec l'autre, et en particulier la femme.
images-2.jpegIci, Moeri met en scène une actrice, « que Rossellini fit jouer dans ses films », figure à la fois amoureuse et traîtresse, que le narrateur finit par congédier, au pied de l'Etna, après avoir constaté que « leurs deux îles ne pourraient se rencontrer. » Constat d'échec de toute communication qui précipite le narrateur en Tunisie, vers les mirages du désert, c'est-à-dire aux confins de lui-même.
S'il a perdu l'amour, comme le désir de jouer, au moins le narrateur aura-t-il découvert, au bout de son voyage, que « les mots sont les véritables racines de la douleur humaine. » Et que si l'on veut accéder à soi-même, il faut nécessairement passer par eux, c'est-à-dire s'abandonner tout entier au langage, comme on voyage à travers l'espace et le temps, la musique, les couleurs, les sensations qui nous parlent du monde.

* Ludwig Hohl, Le Petit cheval, traduit par Antonin Moeri, éditions Zoé, 1990.

** Antonin Moeri, Cahier marine, éditions l'Âge d'Homme, 1995.

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20/03/2009

Le monde d'Alain Bagnoud

images.jpegCe n'est pas tous les jours qu'un ami fête son anniversaire  — en plus un chiffre rond, et symbolique ! C'est l'occasion de rappeler le dernier livre d'Alain Bagnoud, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. La chronique douce-amère d'une adolescence déchirée entre fendant et pétard…

On dit souvent, à tort, que la littérature romande manque d'ambition. Le jour du Dragon*, le dernier livre d'Alain Bagnoud (né en 1959), nous démontre le contraire. Comme certains sages chinois sont capables, paraît-il, de voir le monde entier dans une goutte d'eau, Bagnoud raconte, dans le courant d'une seule journée, une vie entière.
Pas n'importe quelle journée et pas n'importe quelle vie. Tout se passe le 23 avril, dans un petit village du Valais, le jour de la Saint-Georges., patron de la commune. Et ce jour fatidique, où Saint Georges terrassa le Dragon, est celui de toutes les expériences, les découvertes, les émotions, les transgressions. Nous sommes dans les années 70, années de liberté et de musique, un vent nouveau souffle même dans les villages les plus reculés. Car personne, ici bas, n'est à l'abri de l'Histoire.

Enrôlé comme tambour dans l'une des deux fanfares du villages, le narrateur va vivre cette journée comme un parcours initiatique. C'est d'abord le sentiment — douloureux, puis exaltant — d'échapper aux griffes de sa famille, à l'ordre patriarcal qui empoisonne, depuis toujours, les relations. Bientôt le narrateur tiendra tête à son père, pourra se libérer de toutes les contraintes qui l'empêchent d'être lui, c'est-à-dire d'être libre. Comment briser les chaînes de l'enfermement familial? Grâce aux copains, à la musique, aux filles, à la Poésie. C'est la première leçon de ce jour décisif.
Mais tout ne se passe pas si facilement, ni tout de suite. Grâce au talent d'Alain Bagnoud, nous pénétrons peu à peu, mot à mot, dans les couches les plus profondes de la conscience d'un personnage, superposées comme celles d'un mille-feuilles. La famille, donc, déjà omniprésente dans La Leçon de choses en un jour**, premier volet de cette autobiographie rêvée. Mais aussi la religion puisque le narrateur assiste, comme tous les villageois, à la messe célébrant Saint Georges. Rituel immuable, à la fois solennel et ennuyeux. Là encore, l'adolescent qui assiste à la messe ne se sent pas à sa place. Ce décorum ne le concerne pas ; au contraire, il l'aliène. Il ne se sent à l'aise qu'avec les copains qui l'entraînent sur des chemins de traverse. Car au centre du livre, extrêmement bien décortiqué, il y a le malaise d'« une existence médiocre, insuffisante. Un cerveau parasité de discours encombrants (…) Un magma instable qui aspire à se définir, qui cherche à se coaguler, mais infructueusement. » Jusqu'à ce jour, le narrateur n'a pas de visage, il n'est ni beau ni laid, il manque de présence au monde physique. C'est cette journée particulière, le Jour du Dragon, qui va lui permettre d'accéder à lui-même et au monde, jusqu'ici refusés. Dans le monde villageois pétri de traditions, de conventions et de clichés, il faut éviter comme la peste tout ce qui est singulier. Car le singulier doit toujours se fondre dans le collectif, le général, la famille ou le groupe.

Ce trouble indistinct, Bagnoud le creuse parfois qu'au malaise. Et l'on sent une vraie douleur affleurer sous les mots qui se cherchent, refusant les clichés et le patois identitaire. Le rite de passage se poursuit : le narrateur goûte aux délice du fendant comme à ceux du premier joint. Ces paradis artificiels ne durent jamais longtemps. Qui peut comprendre ses vertiges, ses exaltations, ses ivresses poétiques et morales? Pas la famille en tout cas, ni les copains. Les filles alors? Le narrateur va connaître sa plus grande émotion à l'église, où il embrasse pour la première fois Colinette : transgression jouissive, et sans grand risque, puisque l'église, à cet instant, est déserte. Mais le narrateur a franchi le pas. Ce baiser initiatique l'a fait entrer dans un autre monde, merveilleux et bouleversant.

Le livre se termine en musique. Ayant quitté l'uniforme de la fanfare, le narrateur retrouve ses copains dans une cave enfumée, s'essaie à jouer divers instruments, décide de fonder un groupe rock : The Dragons !, of course ! Abandonne l'abbé Bovet pour Chuck Berry et Jerry Lee Lewis. Mais l'initiation au monde, la découverte de soi par les autres n'est pas finie: grâce à son ami Dogane, le narrateur va visiter l'atelier d'un peintre marginal, Sinerrois, qui va lui ouvrir les portes de l'expression artistique en lui montrant qu'en peinture, comme en poésie, la liberté est souveraine, source de découvertes et de joies. Nouvelle leçon de vie en ce jour fatidique! La liberté de peindre et de créer se paie souvent par la solitude, le silence, le rejet social.

L'épilogue du livre met en scène, dans un garage, l'une de ces fameuses boums qui ont fait chavirer nos cœurs d'adolescents. À cette époque, le seul souci (vital) était d'inviter la plus belle fille de la classe pour danser le slow le plus long (en général Hey Jude !). C'est l'expérience ultime que fait le narrateur au terme de cette journée proprement homérique, au sens joycien du terme, puisque toute une vie est concentrée en moins de vingt-quatre heures chrono. Ce qui est un fameux tour de force. Alain Bagnoud y scrute, au scalpel, les méandres d'une conscience malheureuse, qui cherche son salut dans la musique, l'amour, la lecture, la poésie. Et qui découvre, au terme d'un long parcours initiatique, la liberté d'être soi et la présence au monde.


* Alain Bagnoud, Le Jour du Dragon, éditions de l'Aire, 2008.
** Alain Bagnoud, La Leçon de choses en un jour, éditions de l'Aire, 2006.

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18/03/2009

Un pape criminel

images.jpeg C'est entendu : la religion, dans nos contrées, n'intéresse plus personne. Il y a belle lurette que nous avons évacué croyances, superstitions, magie blanche et magie noire. Pour nous, s'Il existait encore, Dieu est mort à Auschwitz et à Hiroshima. En outre, depuis que l'Homme a vaincu la Nature, exploré l'espace et marché sur la lune, inventé chaque jour de nouvelles techniques, de nouveaux remèdes, de nouvelles formes d'art, la question religieuse semble définitivement réglée. Un livre de Claude Frochaux, L'Homme religieux*, montre combien toute forme de religion est condamnée par les progrès techniques, économiques et sociaux, à disparaître tôt ou tard de nos sociétés.

Sur la terre, un seul homme, aujourd'hui, semble encore y croire (mais y croit-il vraiment?) Vous l'avez reconnu : c'est l'homme sur le balcon, qui dispense à tous les miséreux et les naïfs du monde sa bonne parole : Benoit 16 en personne, Père spirituel et souverain Poncif. Preuve, s'il en fallait encore une, de la déliquescence de l'église (catholique en l'occurrence), notre grand Pape a levé l'excommunication qui pesait sur les prêtres d'Écône. Ce qui a permis au plus brillant d'entre eux, Mgr Williamson, d'exprimer enfin urbi et orbi ce qu'il pensait de l'Holocauste. Qu'on lui apporte des preuves des chambres à gaz, et il est prêt à y croire! Que ceux qui ont péri dans les fours crématoires viennent lui raconter leur calvaire, et il prendra en considération la Shoah…

Mais notre Père à tous ne se contente pas de réhabiliter les criminels de guerre. Il va aussi faire du tourisme en Afrique, dans sa papamobile, pour mobiliser et moraliser les foules de malades et d'indigents qui boivent ses paroles. Ainsi, des milliers de Camerounais enthousiastes — familles au grand complet, enfants des écoles en uniforme, religieuses, orchestres de percussions  — ont fait, l'autre jour, une haie au cortège officiel le long de la route menant de l'aéroport à la nonciature apostolique où Benoît 16 est logé.

Ce n'est pas tout : dans l'avion qui le menait dans la capitale camerounaise depuis Rome, le pape a estimé que l'« on ne pouvait pas régler le problème du sida », pandémie dévastatrice en Afrique, « avec la distribution de préservatifs. Au contraire (leur) utilisation aggrave le problème » a-t-il affirmé. On savait le Vatican opposé à toute forme de contraception autre que l'abstinence, mais réprouver ainsi l'usage du préservatif, même pour des motifs prophylactiques (prévention de maladies), constitue un pas de plus dans la dérive criminelle d'une église de plus en plus déphasée et coupée de toute réalité. À quelle époque vit donc Benoît 16? Le Moyen Âge? Le Préhistoire?

L'Afrique est le continent le plus pauvre du monde. C'est le seul continent, aussi, où le nombre de fidèles augmente chaque année (3% de plus en 2007). De là à penser qu'il est dans l'intérêt de l'église de maintenir l'Afrique le plus longtemps possible dans l'état de pauvreté, de maladie et de détresse qu'elle connaît actuellement, afin de grossir les rangs d'une Eglise qui ne cesse de oerdre du terrain, il n'y a qu'un pas. Que notre benoît pape — même s'il ne l'avouera jamais — se montre prêt à franchir chaque jour.

* Claude Frochaux, L'Homme religieux, L'Âge d'Homme, 2008.

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16/03/2009

Les deux visages du socialisme

images.jpeg La Parti socialiste suisse — comme le capitalisme d'ailleurs ! — traverse une crise sans précédent. Habitué, presque partout, à être dans l'opposition, le rôle qui lui convient le mieux, il joue, en Suisse, le jeu de la concordance. C'est-à-dire du compromis, du politiquement correct. Du Juste Milieu. Il rejette dans ses marges toutes celles et ceux qui ne correspondent  pas à la pensée dominante du moment, qui bien sûr est unique.

Les femmes illustrent à merveille ce dilemme douloureux : d'un côté, il y a Maria Roth-Bernasconi, mamy sympathique et bien-pensante, mariée et mère de famille, comme il se doit, qui n'a certes pas inventé le fil à couper le beurre, mais qui est de tous les débats et de tous les combats pour nous asséner ses vérités carrées, reine du poncif et des platitudes, incarnation du socialisme plan-plan. De l'autre, vous l'avez reconnue, il y a Valérie Garbani, la bad girl neuchâteloise, célibataire, libre de mœurs et de pensée, ayant un certain penchant pour le heavy metal et la bouteille, souvent les deux en même temps d'ailleurs, conseillère municipale compétente, tout le monde le reconnaît, mais ayant un peu de peine à supporter la pression médiatique, surtout depuis qu'un journal de boulevard vitaminé l'a prise comme tête de Turc.images-1.jpeg

Voilà, aujourd'hui, le dilemme des socialistes suisses : devoir choisir entre Courtney Love-Garbani et la Mère Denis-Bernasconi… Laquelle des deux lave le plus blanc (Ah ! C'est bin vrai, ça)? Laquelle incarne le mieux l'idéal sinon révolutionnaire (il y a belle lurette que ce mot a disparu du vocabulaire politique), du moins de révolte et de contestation cher aux fondateurs du PS ? Laquelle des deux est la plus en phase avec la société d'aujourd'hui (et ses problèmes) ?

Grandeur et décadence du PS : en son sein ne règnent plus que les mères de famille (si possible nombreuse), les sociaux-démocrates en cravattes, les gentilles sages-femmes, les syndicalistes recyclés, les nouvelles girouettes de la pensée unique, les inventeurs de platitudes…

Où est le temps de la révolte et des cerises? Le temps des rêves (un peu) fous ? Ah ! Où sont passées les égéries indomptables de notre jeunesse ?

 

11:25 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : garbani, socialisme, roth-bernasconi | | |  Facebook

13/03/2009

Petit éloge des journaux

images.jpegMa mère ne lit pas les journaux. Mon père ne lisait pas de livres. En revanche, il dévorait tles quotidiens. Il commençait par les pages sportives, souvent dans le deuxième ou le troisième cahier, pour remontait inexorablement vers les pages suisses, puis internationales. En s'arrêtant longtemps sur les avis mortuaires, sur lesquels il était imbattable. Comme, d'ailleurs, sur les derniers résultats sportifs.

Au fil des ans, lui qui était un fidèle lecteur de La Suisse, s'abonna à La Tribune de Genève, ce qui était pour lui une sorte de promotion sociale. Tout en épluchant chaque jour le quotidien de la rue des Savoises, comme il l'avait toujours fait. En attendant la sortie, chaque semaine, mercredi ou jeudi, de La Semaine sportive, qui lui apportait un supplément d'informations sur ses clubs de foot préférés, Lausanne Sports ou Servette…

Que lirait-il aujourd'hui, alors que presque tous les journaux qu'il chérissait ont disparu? Les gratuits? Certainement pas. Le Temps ou 24Heures, peut-être. La Tribune, certainement. Même si, depuis une semaine, ces titres si profondément ancrés en terre romande ont désormais un petit accent zurichois, puisqu'Edipresse a été racheté par le groupe de presse alémanique Tamedia. Lequel jure, par tous les dieux du ciel, que les quotidiens romands survivront à cette nouvelle « fusion », et même prospéreront sous sa gouverne. On ne peut que le souhaiter vivement. En ces temps de crise, seuls les mastodontes ont des chances de survie (encore que l'exemple des dinosaures, qui régnaient sur la terre sans partage avant de disparaître totalement, ne soit pas de très bon augure…).

La presse écrite doit faire face à une concurrence de plus en plus rude de la part des radios, comme des télévisions, et des médias électroniques. Chacun se bat pour conserver sa part de publicité. C'est la loi du marché, c'est-à-dire de la jungle. Les petits se font dévorer par les grands. La preuve, une fois encore, que le libéralisme sauvage ne règle rien, et n'a pas d'états d'âme. Edipresse a été englouti par Tamedia. Un ou plusieurs titres vont disparaître bientôt de la scène médiatique. Chez l'autre grand éditeur suisse, Ringier, l'Illustré se frotte les mains, tandis que L'Hebdo se demande ce qu'il va devenir. Certains parlent même de supprimer le titre cette année…

Chérissons nos journaux — ces petits miracles de travail collectif et quotidien — qui nous apportent le monde sur un plateau : mais un monde illustré, commenté, éclairé de manière souvent originale et passionnante. Lisons-en un, deux, trois par jour. Pas de limite à l'addiction. Beaucoup de titres, en Suisse romande, ont disparu depuis vingt ans. D'autres les ont remplacés. Bien sûr, on peut regretter La Suisse ou Le Journal de Genève. Ils appartenaient à une époque où Genève était encore une ville puissante et rayonnante. Les centres de décision se sont ensuite déplacés à Lausanne, dans la tour Edipresse. Aujourd'hui, c'est à Zurich que le destin des quotidiens romands va se jouer.

Oui, chérissons nos journaux parce qu'ils font partie de nous. Ils nous parlent, comme ils savent lire, en nous, ce qui nous regarde et qu'on ne voit pas toujours. Parce qu'ils célèbrent le lien social et constituent, peut-être, le dernier lieu commun où les hommes se rencontrent, échangent, discutent. Parce qu'ils nous tendent un miroir qui nous permet de mieux saisir ce qui nous constitue, et que le monde. d'ordinaire, s'ingénie à nous cacher.

 

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11/03/2009

Les jeux de miroir de Barbara Polla

images.jpegVoici un livre étrange et envoûtant* : la femme qui écrit s’avance ici sans masque, un miroir à la main. Ce miroir, elle le tend à sa mère, qui porte le même prénom qu’elle, Barbara, pour arracher au temps quelques images, des souvenirs d’enfance, des sensations qu’elle croyait oubliées, mais qui surgissent, brusquement, sous le regard de la mère. Séquence après séquence, grâce au miroir magique, Barbara sort de l’ombre, renaît une seconde fois, en 1922, avec des yeux vairons qui lui donnent, tout de suite, la conscience d’être unique. Celle qui suivait son père partout, aimait à se cacher sous les tables, avait peur de l’orage comme du feu, adorait chanter en famille et dessiner, cette Barbara-là voulait être médecin. Au fil des pages, sa figure ressurgit, sous la plume de sa fille, avec une précision mêlée de tendresse et de fascination.
Mais ce miroir, le plus souvent tendu vers la mère adorée, la femme qui écrit le retourne également vers elle-même, dans un jeu de reflets vertigineux. Ainsi chaque confidence en amène-t-elle une autre : il suffit que Barbara (mère) évoque ses premières amours pour que Barbara (fille) évoque les siennes, étrangement semblables. De même pour l’amour de la langue, mais cette fois aux antipodes l’une de l’autre : alors que Barbara (fille) ressent, sur les bancs de l’école, un formidable sentiment de puissance quand elle écrit, Barbara mère avoue n’avoir jamais été « une héroïne du verbe. »
Ce jeu de miroir, constante oscillation entre passé et présent, entre mère et fille, donne le vertige. L’image et son reflet — tantôt disjoints, tantôt superposés — ébranle nos certitudes et nous oblige à nous poser cette question : qui, des deux Barbara, est la mère de l’autre ? Est-ce la première, native de Linde, qui a vraiment donné naissance à l’autre ? Ou la seconde qui, grâce à l’écriture, a engendré la première ?
Procédant, comme en peinture, par petites touches successives, ce portrait tout en facettes n'évite aucun sujet, et ne triche jamais. Ainsi, sur le chapitre de la sexualité, apprend-on que la mère, comme plus tard sa fille, a connu des désirs précoces, une curiosité vive pour les hommes, frère,  camarades de classe, maîtres d'école, que la vie ne fera qu'exacerber. L'une aura des amants ; l'autre sucera longtemps son pouce, délicieux expédient sexuel. Nul exhibitionnisme dans ces aveux impudiques, mais le désir, toujours, de saisir au plus près une vérité intime et dérobée.
Même émotion, mélange de surprise et d'effroi, quand la petite fille, ignorante des menstruations, découvre toute seule, au grenier, ces torchons pliés que les femmes, à l'époque, portaient comme une sorte de ceinture, quand elles avaient leurs règles. « La peau comme le lait et les joues comme le sang. Naissance, puberté, maternité. Le lait et le sang. Blanche Neige et Rose Rouge.
La mère voulait être médecin, comme la fille, mais pour d'autres raisons. Elle sera d'abord jeune fille au pair, c'est-à-dire servante, puis « bonne à tout faire ». Les temps sont difficiles. C'est la Seconde Guerre mondiale. Une mystérieuse maladie la sauvera de ses tâches humiliantes. C'est pendant sa convalescence qu'elle découvre la poésie : Verlaine, Rimbaud, la modernité en peinture et en littérature : sa vocation d'artiste-peintre. Une vraie révolution. Puis elle rencontrera Otto, « cet esthète colossal », qui tombera amoureux d'elle et qu'elle épousera bientôt. Un amour né sous le signe de la beauté, car « l'esthétique est une nécessité, une éthique de vie, une discipline, un chemin. »
La vie que nous révèle Barbara Polla — celle de sa mère inextricablement liée à la sienne — est une vie faite d'émerveillements. Merveille de la nature, des fleurs sauvages et des herbes folles, des bêtes qui peuplent le jardin de Choulex quand elle peint. Merveille des livres qui peu à peu envahissent la maison : Hugo, Balzac, Colette, les écrivains contemporains, une fois de plus. Pour elle, tout est source de surprise et de joie, d'émotion, de découverte. Chaque instant vécu, chaque nouvelle expérience élargit l'horizon. Celle qui, jusqu'à la fin, « voulait vivre dans la vie », aura vécu une vie merveilleuse et, en tous points, unique.
« À moi le silence, dit la mère ; à toi la parole ».
Cette douce injonction, dernière volonté maternelle, Barbara Polla, sa fille, va y répondre à sa manière, par l'écriture, en démêlant les fils si compliqués de la filiation. Tâche impossible : comment séparer, à jamais, les deux Barbara? La fille, ici, le dit très bien : ce n'est pas la mort qui marque une séparation définitive, mais la naissance, bien plus brutale que la mort. « Séparation de corps. De corps et de bien — alors que la mort n'est qu'une simple transformation. » Cette impossible séparation, la narratrice va tout de même en rendre compte dans ce récit qui ressemble souvent à un dialogue : une conversation intime, par delà le silence et la mort, entre une mère et sa fille.
A toi bien sûr : le titre s'adresse à la mère, à qui le livre est dédié. Mais il s'adresse aussi à chaque lecteur (toi, moi) en l'invitant à renouer, à sa manière, le fil interrompu d'une relation qui passe autant par la chair que par l'esprit, par les gestes que par les mots.
Des mots qui triomphent, ici, des tracas de la vie, du silence et du scandale de la mort.

* Ce texte constitue la préface au livre de Barbara Polla, À toi bien sûr, paru aux éditions l'Âge d'Homme en novembre 2008.

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09/03/2009

La cinéma suisse fait la fête

images.jpegAllons, ne faisons pas la fine bouche: le cinéma suisse, pour modeste qu'il soit, mérite bien une fête, et des quartz! Grâce à Nicolas Bideau — détesté des cinéastes comme seul le Diable peut l'être des fidèles — nous avons, nous aussi, notre remise des Césars ou des Oscars. À quelques différences près, tout de même. Alors que les théâtres parisiens ou hollywoodiens paraisssent trop petits pour accueillir toutes les stars en lice, la salle zurichoise qui a accueilli la remise des quartz samedi dernier paraissait bien trop grande. C'est pourquoi, heureusement, on avait multiplié les invitations de personnalités politiques, sportives, médiatiques qui ont rempli l'espace, si modeste, des artisans du cinéma lui-même.

Mais passons. À défaut de stars, le cinéma a fait la fête à quelques films tout à fait honorables. Home, de Ursula Meier, a raflé plusieurs prix, amplement mérités. La genevoise Céline Bolomey a reçu un quartz pour sa performance dans le film de Vincent Pluss, Du bruit dans la tête, œuvre déjà disparue de l'affiche et bientôt oubliée. Quant au prix d'interprétation masculine, il a été attribué à Dominique Jann, un des personnages principaux de Luftbusiness de Dominique de Rivaz, dont la carrière en salle a été brève et modeste.

Comme on le voit, le cinéma suisse a beaucoup de chance : il a déjà un patron honni et adulé (Nicolas Bideau), il a aujourd'hui sa cérémonie officielle. Il ne manque plus que les films et les stars…

Soyons honnêtes : quand on va voir le dernier Gus Van Sant (Milk) ou le dernier film du vétéran Clint Eastwood (Gran Torino), ou encore Doubt ou L'étrange histoire de Benjamin Button, on se rend compte qu'il y a encore pas mal de pain sur la planche.… Même s'il est ridicule de comparer des films aux budgets totalement disproportionnés, on peut tout de même remarquer le fossé qu'il reste à franchir pour que notre cinéma s'ouvre au monde, et touche un plus vaste public. À partir de personnages ordinaires, le cinéma américain (par exemple) fait des figures quasi-mythologiques, trace des destins, brasse les thèmes les plus vastes et variés de la condition humaine. Pour cela, il s'appuie d'abord sur d'excellents scénaristes, sur de bons réalisateurs et des acteurs souvent géniaux qui n'hésitent pas à composer un personnage de toute pièce, au lieu de jouer perpétuellement le même rôle (Isabelle Huppert, Depardieu, etc.). Autrement dit, il n'a pas peur de se frotter au monde tel qu'il est, dans sa tragique beauté. Il n'a pas peur, non plus, de ses moyens, de ses artifices, de sa démesure.

Encore un effort, donc, et le cinéma suisse, qui a déjà un directeur charismatique et une cérémonie, pleine de strass et de stress, pourra briller au firmament du 7ème art mondial!

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05/03/2009

Dans l'enfer de Gaza

icone--150x113.jpg On connaît la dernière blague qui circule à Gaza : « Notre passé est un cauchemar ; notre présent, un enfer ; heureusement, nous n'avons pas d'avenir ! »

Obnubilés, c'est-à-dire aveuglés par les derniers développements de la dernière crise à la mode, les turpitudes de l'UBS, la scélétatesse avérée de nos banquiers, on en vient à oublier l'essentiel. Il y a quelques semaines, non dans l'indifférence, mais plutôt l'impuissance générale, l'armée israélienne semait la terreur et la mort dans la bande de Gaza. Plus de 1300 victimes, dont la plupart civiles, femmes, vieillards et enfants. Une destruction systématique des infrastructures palestiniennes, ponts, écoles, hôpitaux — et même les bâtiments du Parlement…

Tout ce que l'on peut espérer, c'est que les crimes israéliens ne demeurent pas impunis, et soient jugés, le plus rapidement possible, par un tribunal international.

Pour se rendre compte, de visu, de la situation dramatique qui règne à Gaza, une délégation de parlementaires suisses a sillonné les lieux pendant plusieurs jours, interrogé la population, mené son enquête de manière libre et indépendante. Antonio Hodgers, Josef Zisyadis, Jean-Charles Rielle et Carlo Sommaruga composaient cette délégation. Ils étaient accompagnés par le plus talentueux des dessinateurs de presse romands, Patrick Chappatte . On ne présente plus ce génie du trait et de la flèche, qui commença sa (brillante) carrière il y a quinze ans, au quotidien La Suisse. Aujourd'hui, Chappatte fait les beaux jours du journal Le Temps, dont il est l'un des fleurons. Accompagnant la délégation helvétique, Chappatte a tenu, tout au long du séjour, une sorte de carnet de bord en dessins et en textes. On peut découvrir ce chef-d'œuvre sur le site du Temps, ici. La BD de Chappatte porte un regard effrayé et effrayant sur les atrocités commises en quelques semaines à Gaza, où plus de 430 enfants ont perdu la vie, certains littéralement désintégrés par les bombes au phosphore blanc, qui agit comme le napalm. Des familles entières décimées, abattues devant le seuil de leur maison. Des hôpitaux surpeublés et manquant de médicaments. Si les mots manquent souvent pour dire l'horreur des crimes de guerre, les croquis de Chappatte sont extraordinairement éloquents, et valent tous les discours.

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