23/03/2009

Les cahiers d'Antonin Moeri

images-1.jpegDepuis Le Fils à maman, paru en 1989, Antonin Moeri publie régulièrement romans et traductions (c'est à lui qu'on doit la très belle traduction du Petit cheval de Ludwig Hohl*) et, peu à peu, au fil des ans, il s'est imposé comme l'un des écrivains les plus intéressants de sa génération.
Avec Cahier marine*, Antonin Moeri nous convie à un bien étrange voyage. Roman, récit, autobiographie rêvée ? Aucun sous-titre ne vient éclairer l'inconnue de ce texte fragmentaire, écrit au fil de la plume, qui raconte les pérégrinations d'un comédien sans emploi qui plonge au sud de l'Italie, à sa manière à la fois désinvolte et désespérée, comme s'il était à la recherche d'un secret primordial.
Ce cahier bleu marine, c'est un cahier d'écolier, acheté à Berlin, dans lequel le narrateur, en même temps qu'il consigne les événements de son voyage, va chercher à se reconstruire, morceau par morceau, paragraphe après paragraphe, toujours à la recherche d'une langue utopique (« Je me demande si les mots ne sont pas mes seules amours. ») qui seule peut le guider dans la nuit de son âme.
Ecrit dans l'urgence, le désarroi, ce Cahier mêle portraits et descriptions, aventures narratives et réflexions sur l'écriture. Pour le comédien-narrateur, il s'agit moins d'un voyage sentimental que d'un périple initiatique qui cherche à raconter « la chute et le sommeil », « les brumes immobiles sur les plages sans fin, les mensonges qui [lui] sont nécessaires pour substituer à ce qu'[il] voit et ressent cet astre éclatant vers lequel, chaque jour, [il] doit monter. »
On reconnaît ici les thèmes familiers à Antonin Moeri, abordés dans L'Ile intérieure (1990) et Allegro amoroso (1993). C'est moins la quête d'un sens que celle d'une langue, toujours inaccessible ; moins la recherche d'une identité que celle d'une connivence (impossible) avec l'autre, et en particulier la femme.
images-2.jpegIci, Moeri met en scène une actrice, « que Rossellini fit jouer dans ses films », figure à la fois amoureuse et traîtresse, que le narrateur finit par congédier, au pied de l'Etna, après avoir constaté que « leurs deux îles ne pourraient se rencontrer. » Constat d'échec de toute communication qui précipite le narrateur en Tunisie, vers les mirages du désert, c'est-à-dire aux confins de lui-même.
S'il a perdu l'amour, comme le désir de jouer, au moins le narrateur aura-t-il découvert, au bout de son voyage, que « les mots sont les véritables racines de la douleur humaine. » Et que si l'on veut accéder à soi-même, il faut nécessairement passer par eux, c'est-à-dire s'abandonner tout entier au langage, comme on voyage à travers l'espace et le temps, la musique, les couleurs, les sensations qui nous parlent du monde.

* Ludwig Hohl, Le Petit cheval, traduit par Antonin Moeri, éditions Zoé, 1990.

** Antonin Moeri, Cahier marine, éditions l'Âge d'Homme, 1995.

09:19 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : littérature romande, moeri, cahier marine | | |  Facebook

Commentaires

Merci JMO de ce très beau commentaire. Je me souviens que des lecteurs m'avaient dit à propos de cahier marine: Tu aurais pu garder ça dans tes tiroirs. Mais Dimitri avait adoré ce texte, il en avait arraché des pages pour les glisser dans sa poche et en lire, ici ou là, quelques lignes. Moi-même suis incapable de dire si c'est un texte qui a quelque valeur. Ce que j'ai essayé alors, m'en souviens, c'est d'introduire une autre voix dans le récit, celle de l'actrice qui a rendu le narrateur fou. Il faudrait que je le relise. Je me demande si la transposition était assez... je ne trouve pas le mot.
Pour ce qui est du Petit cheval, j'ai revu trois fois ma traduction, mot à mot, avec Madeleine Hohl. Je la voyais tous les jeudis dans sa grande maison, celle que lui avait laissée le docteur je sais plus qui. Elle me préparait une langue de veau, montait un vieux Pomerol et au travail jusqu'à deux heures du matin. Oui, je passais la nuit chez elle. Elle me dorlotait. C'est un souvenir magnifique. Madeleine était si drôle.

Écrit par : am | 06/04/2009

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Écrit par : thesis help | 24/11/2010

De la gorge des responsables scolaires cooptés monte un chant qui n'est pas celui du bouc, mais celui de la merlette à l'écoute du moindre besoin à satisfaire, pleine de sollicitude pour les petits radoteurs capricieux, attentive à la moindre verrue pouvant se développer sur la truffe de l'iPod en rollers.

Écrit par : Fat Burning Furnace Review | 10/01/2011

Les sentinelles de la bien-pensance sont toujours vigilantes. Mais que disent-elles des massacres perpétrés à Gaza? Des femmes et des enfants assassinés en Palestine?
Rien, bien sûr. Ce n'est pas leur problème.

Écrit par : yarış oyunları | 17/01/2011

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Écrit par : boots | 19/01/2011

** Antonin Moeri, Cahier marine, éditions l'Âge d'Homme, 1995.
1995???

Écrit par : Tadalafil | 27/01/2011

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Antonin Moeri est né à Berne. Après ses premières années vécues à Mexico, il poursuit sa scolarité sur les rives du Léman, dans la région de Vevey. Adolescent, Antonin Moeri part à Genève pour y étudier à l’Université. Après avoir suivi les cours de l’École d’art dramatique de Strasbourg, il exerce le métier d’acteur en France et en Belgique.

Écrit par : web design chicago | 31/01/2011

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