30/01/2009

Candide à Davos

images.jpegComment va le monde? Qui le dirige? Comment survivre au milieu des mensonges et des crimes?

Pour répondre à ces questions, il faut relire Candide, le conte philosophique que Voltaire, l'homme aux 200 pseudonymes, publia en 1758. Si l'on veut comprendre le monde contemporain, rien n'est plus édifiant : les guerres absurdes, l'injustice, l'exploitation de l'homme par l'homme (et de la femme par l'homme), les rêves utopiques, etc. Remplacez le fameux « optimisme » prêché par Pangloss, le philosophe borgne, par « mondialisation » ou « libéralisme », et vous aurez tout compris. Après Rousseau, mais avant tous les autres, Voltaire avait mis le doigt sur les défauts du système, et les mensonges qui cherchent à les dissimuler.

On peut voir actuellement, au Théâtre de Carouge, une adaptation de Candide, écrite par l'écrivain genevois Yves Laplace et mise en scène par Hervé Loichemol. Même si le résultat n'est pas très convainquant (texte plat et mise en scène ampoulée), la pièce trop longue et la distribution extrêmement inégale, Candide est toujours d'actualité parce qu'il dénonce les machinations idéologiques qui essaient de nous aliéner.

L'une d'elles s'appelle le WEF, ou World Economic Forum. Elle se tient à Davos depuis près de trente ans et ressemble tout ce que le monde compte de « puissants » et de « décideurs ». Tout ce petit monde devise, plus ou moins poliment, autour d'une tasse de thé, des problèmes des autres. Cette année, c'est la crise financière, que tous ces hommes et ces femmes doués de pouvoirs extralucides n'ont bien sûr pas vu venir (mais qu'ils ont certainement contribué à provoquer). À quoi servent-ils? demanderait Voltaire. À rien. Quel sens donner à leurs discours, si semblables aux longues péroraisons de Pangloss, docteur en métaphysico-nigologie? Aucun, bien sûr. Alors pourquoi se réunissent-ils ainsi chaque année? Voltaire dirait sans doute qu'il s'agit d'une sorte de thérapie collective : les puissants se réunissent pour oublier leurs crimes (la Géorgie, la bande de Gaza) et sceller leur alliance. Qu'une meute hurlante de journalistes les accompagne chaque jour ne change rien à l'affaire. Ils peuvent dire n'importe quoi (ils ne s'en privent pas d'ailleurs) puisque leurs paroles, répercutées dans le monde entier, n'ont aucun poids, aucune incidence sur le monde réel, comme les discours admirablement vides du docteur Pangloss…

Oui, pour comprendre l'imposture du monde actuel, relisez Candide — et Le Monde comme il va, et Micromégas et L'Ingénu ! Relisez aussi La Plaisanterie de Milan Kundera. Et La Tache de Philip Roth. Si les hommes politiques lisaient davantage de littérature, ils n'auraient pas besoin d'aller faire de la figuration dans les neiges davosiennes.

10:35 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : candide, davos, wef, théâtre | | |  Facebook

Commentaires

Bonjour !
Les "grands" philosophent dans le vide à Davos pendant que les "petits" vont s'égosiller en vain à Genève.
Ainsi, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles: chacun est à sa place.

:o)

Écrit par : Blondesen | 30/01/2009

On ne saurait mieux dire, cher ami! Nous vivons une époque formidable! Mais Voltaire l'avait dit...

Écrit par : jmo | 30/01/2009

Excellente analyse du travail d'Hervé Loichemol, dont on attendait plus d'exigence et de lucidité. Il est rare de voir un tel salmigondis d'intentions contradictoires dans un spectacle, et une telle panne de rigueur dans la direction d'acteur. Loichemol a du talent, mais on ne comprend pas ce qui lui est arrivé, s'il a été dépassé par son scénographe. Quant au texte, on ne sait pas s'il est plat (ou non) tant il est inaudible. Une vraie déception.

Écrit par : Lionel Chiuch | 30/01/2009

... J'aurais dit la même chose, mais moins bien!

Écrit par : Père Siffleur | 31/01/2009

À quoi servent-ils? À rien. "Quel sens donner à leurs discours, si semblables aux longues péroraisons de Pangloss, docteur en métaphysico-nigologie?" On ne saurait pas mieux qualifier ces grands nigauds arrogants. Le drame est que malgré leurs discours vides, ils détiennent le pouvoir et surtout des super postes fictifs.

Le pognon qu'ils se font sur le dos de beaucoup d'autres confrères ne découle pas non plus d'un quelconque mérite. Aucune anlayse prévisionnelle n'est apportée dans quelque domaine d'économie que ce soit, aucun bien n'y est produit, aucune plus-value même immatérielle dont les retombées seraient indirectes ne s'y décèle.

Un événement (triste dans le fond) m'a réjouie : c'est le coup de gueule du Ministre turc face à l'hypocrite Perez. En outre, il a bien fait de claquer
la porte ... Moment d'anthologie!

Bien à vous!

Écrit par : Micheline | 02/02/2009

Remarquable le texte d'Yves Laplace. "Je suis sans nom", dit Candide-Nadylam au début du spectacle. Et tout au long de la pièce, la portée politique et philosophique de Candide sonne terriblement juste. Quant au travail d'Hervé Loichemol : époustouflant, il a traduit ce conte en un spectacle total, vivant, vibrant, en mouvement permanent. Rien d'ampoulé, au contraire, bien au contraire : il ne nous épargne rien des rapports puissant-pauvre, riches-bouffés. Si vous n'avez pas le temps d'aller hurler à Davos, allez applaudir le travail de Loichemol.

Écrit par : Francis | 04/02/2009

xiao zhuang

Écrit par : Gucci shoes | 29/10/2010

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