19/12/2008

Jean Vuilleumier, écrivain du silence

images-1.jpegComment rendre compte, verbalement, d'une expérience intime et bouleversante qui ne passe pas par la parole ? C'est le pari que tente Jean Vuilleumier dans un petit livre qui n'est pas un roman (encore que…), ni un essai, mais plus modestement une suite de notes autour de trois mystiques qui ont vécu, au plus profond de leur chair, la rencontre avec Dieu*.
Elles sont trois : la plus ancienne est Blanche de la Force (dont Bernanos a fait le personnage principal de ses Dialogues des Carmélites), qui a vécu les années les plus sanglantes de la Révolution ; les deux autres mystiques, Marthe Robin et Camille C., sont nées au commencement du siècle. Chacune d'elles ne prétend pas « racheter seulement ses propres manquements, mais plus encore ceux de ses semblables. » Ainsi, pour Vuilleumier, leur expérience rejoint « l'idée de partage et d'échange, en regard de quoi l'indifférence du plus grand nombre au sort commun est ressentie comme dégradante. »
Analysant la vie des trois mystiques, Vuilleumier dégage certaines constantes de leur expérience, par exemple « la peur inscrite dans la fibre du vivant, sous le broiement du temps », mais aussi la souffrance (ou, pour Blanche, le goût ambigu du martyre), la compassion, la générosité, avec peut-être, en-dessous, « un fantasme de culpabilité pour un crime qu'elles n'ont pas commis, mais qu'elles doivent expier ». Chacune, à sa manière, connaît quelque chose d'impérieux et d'exaltant qu'elle a de la peine à communiquer, et qui n'en constitue pas moins une transgression des normes habituelles.
Dans ces trois expériences extrêmes, Vuilleumier dégage quatre étapes, qui sont autant de phases ou de stases sur le chemin de la connaissance de l'être intime : la conversion, d'abord, puis la mise en pratique de l'Évangile et ce qu'il nomme « l'épreuve de la nuit », enfin l'ultime union, où la personne s'efface pour faire place à la force qui l'habite.
Car il s'agit, à chaque fois, d'une force supérieure qui dévore la mystique d'un feu vif et délicieux, ultime forme, pour ces trois femmes, et à travers les siècles, de la dépossession.
* Jean Vuilleumier, Blanche, Marthe, Camille, Notes sur trois mystiques, L'Âge d'Homme, 1996.

09:00 Publié dans Les indispensables | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vuilleumier, livres, suisse romande | | |  Facebook

Commentaires

Peut-être ne faut-il pas confondre le désir de sacrifice intérieur et de plénitude et bonheur mystiques, et leur réalité, car tous les plus grands mystiques disent qu'il est dans les faits impossible de vivre une totale union avec Dieu en ce monde. La tendance d'une Mme Guyon sera peut-être de suggérer le contraire, mais enfin, la vie mystique n'est pas constituée, pour l'essentiel, et contrairement à ce qu'on croit, de ce qu'elle comporte comme illusions et excès.

Écrit par : R.Mogenet | 19/12/2008

Thanks a lot for sharing this with us, it was really touching.

Écrit par : modern canvas | 19/04/2011

Les commentaires sont fermés.