30/11/2008

Germain Clavien et le monde comme il va

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Pas un jour sans un livre, une nouveauté, à lire ou à offrir…
Commençons par la dernière chronique de l'écrivain valaisan Germain Clavien.
 
Pour savoir comment va le monde, il suffit de lire et de relire les chroniques qu’infatigablement Germain Clavien consacre aux grands comme aux petits événements de la vie. Avec le vingtième tome de sa Lettre à l’imaginaire, l’écrivain valaisan revient sur l’année 2003*. Une année-charnière. Une année de doutes et de combats.
Pourquoi se battre contre un ennemi cent fois plus fort que soi, comme dans le cas du comité d’opposition aux avions FA18 ? Et pourquoi écrire ? À cette question, pourtant, la réponse coule de source et saute aux lèvres : écrire, c’est « éviter de rester à la superficie, pour la vivre vraiment, ma vie, en descendant jusqu’au fond de moi », c’est résister, aussi, aux injustices comme à la désinformation, brocarder les tartuffes (délicieux portraits de quelques critiques influents !), c’est rendre compte, enfin, à la manière d’un témoin engagé, de la folie des hommes. Et en cette année 2003, la folie des hommes bat son plein ! En Russie, les Tchétchènes sont persécutés et massacrés. Au Proche-Orient, les Palestiniens ont la vie dure, entre privation d’eau et d’électricité, vexations en tout genre, arrestations arbitraires, etc. Et, bien sûr, cette année-là, les États-Unis préparent une nouvelle guerre, George W. Bush tenant à terminer le travail que son père, en 1991, n’a pas pu mener à terme. « Saisir la vie dans son jaillissement et l’exprimer dans toute sa vérité» : tels sont les objectifs que Clavien se donne tout au long de ce livre à la fois dense et poétique, plus sombre, que les précédents, car traversé par des périodes de doute et de découragement.
Difficile de garder le cap dans un monde régi, de plus en plus, par l’imposture ! Bush, Ariel Sharon, Poutine… et bientôt Sarkozy ! La barque du monde navigue à vue et le poète, fidèle chroniqueur du temps qui passe, mais embarqué lui aussi dans l’aventure, essaie d’en rendre compte avec les mots qui sont les siens. Et les mots de Clavien sont précieux : ils réveillent notre mémoire et nous donnent la force de résister.
" Germain Clavien, En 2003, Rouvre… éditions l'Âge d'Homme, 2008.

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28/11/2008

La TSR peut faire mieux (ter)

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Aux dernières nouvelles, nos quatre Genevois des Petits déballages entre amis ont réussi leur coup : avec près de 150'000 spectateurs (soit 28% de taux d'audience), ils ont largement rempli leur contrat. La TSR doit être contente. Et surtout Gilles Marchand qui ne pense que chiffres, taux de pénétration, impact publicitaire, etc.
Franchement, cela nous réjouit. Comme est réjouissante l'annonce d'une seconde saison, elle aussi composée de 12 épisodes, qui devrait être tournée l'été prochain en vue de la rentrée 2009. Car on ne le dira jmais assez: c'est un grand plaisir de voir sur le petit écran quelques-uns des meilleurs comédiens de Suisse romande : la lumineuse Barbara Tobola, le fils-à-maman Laurent Deshusses, l'excellent Julien Georges (que l'on peut découvrir, ces jours-ci, dans la très belle Disparition de Suzy Certitude, au Théâtre du Loup, à Genève), la mutine Isabelle Caillat, etc.
On se réjouit déjà de retrouver cette joyeuse bande en septembre. Mais, de grâce, que notre TSR engage de vrais dialoguistes, ude vrais scénaristes, des réalisateurs dignes de ce nom! Sans voulolir à tout prix prendre exemple sur ce qui se fait à l'étranger (les séries américaines ont des moyens qui défient toute concurrence), regardons tout de même en France, par exemple. Voilà un pays qui a su remplacer ses séries vieillissantes des années 80 (Julie Lescaut, Navarro, Commissaire Moulin) par de nouvelles séries drôles, vives, ouvertes sur le monde moderne, pleines d'invention. Regardez par exemple Clara Sheller, sur France 2 : c'est enlevé, mordant, plein d'esprit (« dans les relations amoureuses, les hommes empilent et les femmes font disparaître ! »). Non seulement les comédiens sont bons, mais ils s'appuient sur une « bible » solide, les dialoguent sont rebondissent, la réalisation est inventive…
Alors, chère TSR, encore un effort! Osez la nouveauté, l'invention, la surprise! Quittez la télé de papa ! C'est très bien de faire appel aux comédiens romands, mais faites appel aussi aux scénaristes, aux écrivains, aux réalisateurs (Bron, Berger, Ursula Meier, etc.) romands! Ces Petits arrangements n'en seront que plus attrayants et réussis!
 

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26/11/2008

Nouvelles rencontres au Rameau d'Or

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Ne cherchez plus : le rendez-vous à ne pas manquer, c'est aujourd'hui, lmercredi 26 novembre, dès 17 heures, à la librairie du Rameau d'Or, 17 Bd. Georges-Favon, 1204 Genève !
À cette occasion,  une belle brochette d'écrivain(e)s suisses présenteront leur dernier livre, et seront heureux de vous le dédicacer…
Ariane Laroux, à qui l'on doit les Portraits parlés de grandes personnalités comme Georges Haldas, Nicolas Bouvier, la Dalaï Lama, Michael Gorbatchov, publie Déjeuners chez Germaine Tillion, une série d'entretiens illustrés par sa plume.
Laurence Chauvy, auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, signera ses Messagères.
À cette occasion, le comédien Jean-Luc Bideau lira des extraits de la pièce d'Eduard Bass, Les onze de Klapzuba, une très belle fable sur le football-roi.
Last but not least. la genevoise (d'adoption) Barbara Polla signera son dernier livre, un très beau récit autobiographique, intitulé À toi bien sûr, qui interroge les rapports complexes entre une mère et sa fille.
Pour vous mettre l'eau à la bouche…
 
v978-2-8251-3908-0_1.gifVoici un livre étrange et envoûtant : la femme qui écrit s’avance ici sans masque, un miroir à la main. Ce miroir, elle le tend à sa mère, qui porte le même prénom qu’elle, Barbara, pour arracher au temps quelques images, des souvenirs d’enfance, des sensations qu’elle croyait oubliées, mais qui surgissent, brusquement, sous le regard de la mère. Séquence après séquence, grâce au miroir magique, Barbara sort de l’ombre, renaît une seconde fois, en 1922, avec des yeux vairons qui lui donnent, tout de suite, la conscience d’être unique. Celle qui suivait son père partout, aimait à se cacher sous les tables, avait peur de l’orage comme du feu, adorait chanter en famille et dessiner, cette Barbara-là voulait être médecin. Au fil des pages, sa figure ressurgit, sous la plume de sa fille, avec une précision mêlée de tendresse et de fascination.
Mais ce miroir, le plus souvent tendu vers la mère adorée, la femme qui écrit le retourne également vers elle-même, dans un jeu de reflets vertigineux. Ainsi chaque confidence en amène-t-elle une autre : il suffit que Barbara (mère) évoque ses premières amours pour que Barbara (fille) évoque les siennes, étrangement semblables. De même pour l’amour de la langue, mais cette fois aux antipodes l’une de l’autre : alors que Barbara (fille) ressent, sur les bancs de l’école, un formidable sentiment de puissance quand elle écrit, Barbara mère avoue n’avoir jamais été « une héroïne du verbe. »
Ce jeu de miroir, constante oscillation entre passé et présent, entre mère et fille, donne le vertige. L’image et son reflet — tantôt disjoints, tantôt superposés — ébranle nos certitudes et nous oblige à nous poser cette question : qui, des deux Barbara, est la mère de l’autre ? Est-ce la première, native de Linde, qui a vraiment donné naissance à l’autre ? Ou la seconde, médecin bien connu à Genève, écrivain et galeriste, qui, grâce à l’écriture, a engendré la première ?
Procédant, comme en peinture, par petites touches successives, ce portrait tout en facettes n'évite aucun sujet, et ne triche jamais. Ainsi, sur le chapitre de la sexualité, apprend-on que la mère, comme plus tard sa fille, a connu des désirs précoces, une curiosité vive pour les hommes, frère,  camarades de classe, maîtres d'école, que la vie ne fera qu'exacerber. L'une aura des amants ; l'autre sucera longtemps son pouce, délicieux expédient sexuel. Nul exhibitionnisme dans ces aveux impudiques, mais le désir, toujours, de saisir au plus près une vérité intime et dérobée.
Même émotion, mélange de surprise et d'effroi, quand la petite fille, ignorante des menstruations, découvre toute seule, au grenier, ces torchons pliés que les femmes, à l'époque, portaient comme une sorte de ceinture, quand elles avaient leurs règles. « La peau comme le lait et les joues comme le sang. Naissance, puberté, maternité. Le lait et le sang. Blanche Neige et Rose Rouge. »
La mère voulait être médecin, comme la fille, mais pour d'autres raisons. Elle sera d'abord jeune fille au pair, c'est-à-dire servante, puis « bonne à tout faire ». Les temps sont difficiles. C'est la Seconde Guerre mondiale. Une mystérieuse maladie la sauvera de ses tâches humiliantes. C'est pendant sa convalescence qu'elle découvre la poésie : Verlaine, Rimbaud, la modernité en peinture et en littérature : sa vocation d'artiste-peintre. Une vraie révolution. Puis elle rencontrera Otto, « cet esthète colossal », qui tombera amoureux d'elle et qu'elle épousera bientôt. Un amour né sous le signe de la beauté, car « l'esthétique est une nécessité, une éthique de vie, une discipline, un chemin. » Est-ce un hasard si, là encore, sans y avoir jamais été forcée, la fille placera elle aussi sa vie sous le signe de l'esthétique, animant une galerie de peinture contemporaine et créant, à Genève, un institut de beauté ?
La vie que nous révèle Barbara Polla — celle de sa mère inextricablement liée à la sienne — est une vie faite d'émerveillements. Merveille de la nature, des fleurs sauvages et des herbes folles, des bêtes qui peuplent le jardin de Choulex quand elle peint. Merveille des livres qui peu à peu envahissent la maison : Hugo, Balzac, Colette, les écrivains contemporains, une fois de plus. Pour elle, tout est source de surprise et de joie, d'émotion, de découverte. Chaque instant vécu, chaque nouvelle expérience élargit l'horizon. Celle qui, jusqu'à la fin, « voulait vivre dans la vie », aura vécu une vie merveilleuse et, en tous points, unique.
« À moi le silence, dit la mère ; à toi la parole ».
Cette douce injonction, dernière volonté maternelle, Barbara Polla, sa fille, va y répondre à sa manière, par l'écriture, en démêlant les fils si compliqués de la filiation. Tâche impossible : comment séparer, à jamais, les deux Barbara? La fille, ici, le dit très bien : ce n'est pas la mort qui marque une séparation définitive, mais la naissance, bien plus brutale que la mort. « Séparation de corps. De corps et de bien — alors que la mort n'est qu'une simple transformation. » Cette impossible séparation, la narratrice va tout de même en rendre compte dans ce récit qui ressemble souvent à un dialogue : une conversation intime, par delà le silence et la mort, entre une mère et sa fille.
A toi bien sûr : le titre s'adresse à la mère, à qui le livre est dédié. Mais il s'adresse aussi à chaque lecteur (toi, moi) en l'invitant à renouer, à sa manière, le fil interrompu d'une relation qui passe autant par la chair que par l'esprit, par les gestes que par les mots.
Des mots qui triomphent, ici, des tracas de la vie, du silence et du scandale de la mort.

Jean-Michel Olivier
 
 

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23/11/2008

Le comble du vide

images.jpegÀ quoi sert l’art contemporain ?
— À rien ! vous répondront, d’une même voix, ses détracteurs et ses thuriféraires.
Pour les premiers, l’art ne sert à rien parce qu’il est inutile, il coûte cher, il ne remplit aucune fonction sociale. C’est à peine s’il procure un semblant de plaisir — et encore est-ce un plaisir rare et honteux. Pour les seconds, l’art ne sert à rien non plus : il est indépendant du monde comme des modes, des marchés financiers, des soucis politiques. Coupé de tout, il évolue désormais en vase clos, se nourrit de ses multiples reflets, jouit de son inanité sonore ou visuelle comme si elle était un gage suprême d’affranchissement.
Il y a vingt ans (voir ici l’article de Jean-Louis Kuffer), Jeff Koons exposait à Lausanne des sérigraphies sur lesquelles on voyait l’artiste éjaculer sur le derrière de sa femme (la fameuse Cicciolina). Cette bagatelle se négociait autour des 50'000 dollars. Ce qui fait cher, vous en conviendrez, la goutte de liqueur séminale…
Aujourd’hui, l’art atteint des sommets dans sa quête du néant. Grâce à Sylvie Fleury et Miguel Barcelo, il touche même au comble du vide. Tout le monde sait (car les meilleures gazettes l’ont rapporté) que la première expose au Mamco de Genève ses shopping bags, ses Dog Toys géants et, sur de splendides présentoirs, des chaussures de marque qu’elle n’a portées qu’une seule fois. « Avec de faux Mondrian en fourrure synthétique, avec des slogans tirés de publicités, sortes de pensées ready-made – BE GOOD, BE BAD, JUST BE ou YES TO ALL qui parodient la série Art as idea as idea de Joseph Kosuth  – , Sylvie Fleury crée des ponts entre l’histoire des formes modernistes et le système de la mode » nous explique, fort heureusement, un critique.
5716a71.jpgSur l’autre rive du lac, dans le prestigieux Palais des Nations, on a inauguré mardi, en présence de 750 invités (dont le roi Juan Carlos d’Espagne) et en grande pompe, une œuvre qui décore le plafond de la toute nouvelle salle des Droits de l’Homme. Due au talent du célèbre artiste Miguel Barcelo, cette fresque en trois dimensions représente, sous la forme de stalactites de couleur peintes au karcher, le monde dans sa diversité multiculturelle. Pour être d’une rare laideur, l’œuvre n’en a pas moins coûté près de 20 millions d’euros. Son financement ressemble au règlement de la crise des subprimes. Des entreprises privées ont fourni 60% de l’argent. Le reste est sorti du budget du ministère espagnol des affaires étrangères, dont une partie est débitée du compte destiné à l’aide au développement des pays pauvres…
Comme on le voit, le vide n’a pas de prix. Qu’il s’agisse d’escarpins Dior ou de sacs Chanel, de giclures colorées imitant l’intérieur d’une fausse grotte, il se vend bien et a pignon sur rue. Ce qui n’est pas très rassurant…
Peut-être faut-il souhaiter, comme dans le cas des subprimes, une manière de tsunami artistique, comparable à la révolution impressionniste ou aux débuts de l’abstraction, qui ferait table rase de tous les imposteurs et permettrait à l’art (ce qu’il en reste) de rejaillir sous d’autres formes, ailleurs, et sur d’autres bases ?

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21/11/2008

Une rentrée foisonnante

images-1.jpegLa rentrée littéraire romande a ceci de particulier qu'elle ressemble à une vendange tardive: c'est au mois de novembre que les éditeurs sortent leurs nouveaux livres. Et cette année, nous sommes servis. Alors qu'un refrain lancinant prédit, depuis longtemps, la mort de la littérature romande, on assiste à un feu d'artifice…
Nous avons déjà parlé, ici même, de la rentrée de l'Âge d'Homme, du genre abondant (Jean Romain, Langendorf, Perruchoud, Petit-Senn, et bientôt encore Ariane Laroux, Barbara Polla…). Il faut mentionner également la très riche rentrée des éditions de l'Aire avec le dernier roman de notre ami blogueur Alain Bagnoud (en photo ici même), intitulé Le Jour du dragon, qui fait suite à la Leçon de choses en un jour (voir ici). Mais aussi un étrange récit de Jean-Yves Dubath, Gainsbourg et le Suisse, Dubath qui a fréquenté dans ses jeunes années le fameux "poinçonneur des lilas. On découvrira avec plaisir la première fiction de Pierre Smolik: Le Bar à parfums. Toujours aussi imaginative, Marie-Jeanne Urech propose, toujours à l'Aire, un recueil de nouvelles débridantes: L'Amiral des eaux usées. Que des bonnes nouvelles…
Bernard Campiche, quant à lui, après le beau roman de Janine Massard, L'héritage allemand, paru cet été, propose Trois hommes dans la nuit, un roman né de la plume fine et capricante de Gilbert Salem, Récits sur assiette, un recueil de textes inédits consacrés à la cuisine, réunis et présentés par Corinne Desarzens, et Portrait de l'auteur en femme ordinaire, la réédition d'un texte d'Anne Cunéo paru en 1982 chez Bertil Galland.
Un dernier mot, enfin, sur un livre qui devrait faire son chemin : La poupée de laine de Frédérique Baud-Bachten, un récit magnifique qui creuse et interroge un deuil impossible : la perte d'un enfant, paru aux éditions Samizdat.

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19/11/2008

Zéro pointé !

images.jpegDeux mois après s'être fait remettre à l'ordre comme des écoliers pour avoir voulu interdire la fumée des établissements publics genevois, le Conseil d'Etat remet ça: un plumitif des hautes sphères du DIP ayant, dans la brochure officielle des votations du 30 novembre, fait preuve de désinformation, de mauvaise foi et de propagande malhonnête, le Tribunal administratif a infligé un nouveau camouflet à nos sept Sages (qui sont pourtant d'éminents juristes).
Sans entrer dans la polémique qui fait rage sur les blogs, relevons simplement que, dans ce cas comme dans l'autre, le Conseil d'État donne un bien mauvais exemple aux citoyens. Il se base sur son incompétence pour édicter des lois balayées par le premier recours venu. Il croit pouvoir truquer les chiffres, falsifier les arguments de ses adversaires, brouiller les clés de compréhension d'une votation extrêmement sensible et complexe. Si un tel cas de fraude se produisait au Cycle, par exemple, ou au Collège, l'élève incriminé serait aussitôt remis à l'ordre par un zéro pointé…
Heureusement, nous sommes en démocratie. Les gouvernants ne sont pas au-dessus des lois. Les citoyens s'en souviendront, j'espère, lorsqu'enfin ils pourront donner leur avis sur la réforme du Cycle d'intégration… euh, je veux dire d'Orientation!
 
 

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17/11/2008

La télé de papa

images.jpegDes lecteurs me reprochent ma sévérité excessive au sujet de la nouvelle série produite et réalisée par la TSR, Petits déballages entre amis (voir ici). Quoi? Pour une fois que notre télévision se lance dans quelque chose de nouveau… Pour une fois qu'elle offre aux comédiens romands une occasion de montrer leur talent, eh bien vous, vous les flinguez sans sommation!
Précisons alors notre pensée.
Tout le monde le sait : depuis qu'elle est dirigée par un pur gestionnaire (Gilles Marchand), la TSR, obsédée par ses « parts de marché », a abandonné aux autres chaînes toute ambition culturelle, toute émission sportive digne de ce nom (il suffit de lire l'édifiant ouvrage que Bertrand Duboux vient de publier aux éditions Slatkine*) et, enfin, toute forme de fiction originale.
Mais alors, ces Petits déballages, n'est-ce pas une fiction créée par la TSR?
Bien sûr que oui. Sur ce point, nous applaudissons des deux mains. C'est en produisant de telles séries que la TSR remplit sa mission de service public — ce qu'elle ne fait pas souvent…
C'est ailleurs que le bât blesse. Dans la conception de la série, son scénario, ses dialogues, sa réalisation, tous pareillement bâclés ou empreints d'amateurisme. À qui doit-on le concept de la série, ses dialogues inoubliables, son scénario en acier trempé ? À deux vieux de la vieille : Gérard Mermet et Alain Monnet (qui se cachent sous les pseudonymes d'Alain Bolet et Gérard Mérou). Auteurs, entre autres, des Pique-Meurons, feuilleton familial sympathique qui embauchait une ancienne miss Suisse et une future terroriste écolo… Mais passons. On comprend mieux alors pourquoi le bât blesse: au lieu de faire appel à de nouveaux talents, à de nouvelles idées, la TSR se rabat sur les vieilles recettes (qui ne font plus recette). On nous sert une série qui sent le réchauffé, patauge dans les clichés nauséabonds (« Michel est pédé? Non! Pas possible… »), multiplie les incohérences. Autrement dit : ces Petits déballages (au niveau de la conception et de la réalisation) relèvent de la télé de papa. Des dialogues sans queue ni tête, une réalisation à l'emporte-pièce. Une conception complètement dépassée de la série télé, comme si ses auteurs ne regardaient jamais les autres chaînes…
On savait que la TSR ressemblait à un vieux cargo soviétique enlisé dans les sables de la Baltique : cette nouvelle série, hélas, le prouve encore une fois.
Mais répétons-le: embarqués dans cette galère, les comédiens n'y peuvent rien. Quand on leur laisse exprimer leur talent, ils excellent. Le problème, c'est qu'ils en ont rarement l'occasion. Qu'une comédienne aussi lumieuse que Barbara Tobola soit ainsi réduite à un rôle de « prof coincée » est déplorable, comme est déplorable le rôle d'inspecteur joué par Philippe Matthey (qui traîne son spleen) et celui de dentiste bi joué par Marc Money-Doney qui enfile les clichés…
Encore un effort, chère TSR! Plutôt que de servir une énième resucée des vieux feuilletons éculés, essayez l'invention, l'originalité, la jeunesse! Faites confiance aux nouveaux talents. N'ayez pas peur de nous surprendre…
*Chroniques d'un insoumis, Éditions Slatkine, 2008, 128 p.

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13/11/2008

Éloge de la librairie

images.jpegOn ne dira jamais assez le plaisir qu'il y a de se retrouver dans une belle librairie. C'était, mardi soir, à l'enseigne du Rameau d'Or, à Genève. Il y avait là une poignée d'auteurs, quelques éditeurs, beaucoup de lecteurs, tous réunis par une même passion du livre. La presse avait même délégué quelques-uns de ses meilleurs journalistes, dont le haut en couleur Etienne Dumont. La télévision avait fait de même. Le Temps, comme d'habitude, avait boudé la manifestation. Qu'importe puisque la verrée fut excellente (le libraire est aussi oenologue), et la nouvelle moisson de livres prometteuse : Claude Frochaux et ses débats avec L'Homme religieux, Michaël Perruchoud qui analyse les secrets de la Grande Boucle, Jean Romain qui tente de Rejoindre l'horizon, Petit-Senn et ses chroniques savoureuses…
Nous ne sommes pas dans une grande surface. Ici les libraires connaissent leur métier et savent l'emplacement de toutes les collections et de tous les ouvrages. De plus, ils sont à même de conseiller le lecteur curieux, indécis ou en mal de disputes philosophiques. En d'autres termes : une vraie librairie, c'est un autre monde. Un lieu de passage et de transmission (les auteurs comme les lecteurs réunis l'autre soir couvraient plusieurs générations). Un lieu d'échange et de rencontre, comme le furent les grandes librairies des siècles passés (dont la plupart, d'ailleurs, éditaient leurs propres ouvrages). Un lieu unique de vie et d'expérience (qu'est-ce qu'un livre, au fond, sinon un concentré d'expériences?).
Un lieu d'espérance, enfin, en ces temps assombris par la politique et le règne des banksters.
 

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09/11/2008

Notre Dame du Fort-Barreau

C_Olivier_-Notre-Dame_MY.jpgQui était Notre Dame du Fort-Barreau?
Si vous désirez répondre à cette question, branchez-vous sur Radio Cité-92,2FM, lundi 10 novembre, entre 10h et 11h. Cette femme énigmatique — Jeanne Stöckli-Besançon (1908-1996) de son vrai nom, qui apparaît sur la vignette du livre — sera évoquée au cours de l'émission d'Olivier Delhoume, « C'est la vie ». Voici le début du livre qui lui est consacré :
 
Il y longtemps que j’ai envie d’écrire sur vous : Jeanne. Notre Dame du Fort-Barreau. Je tourne autour des mots. J’interroge les visages et les voix. J’arpente les escaliers et les couloirs que vous avez si longtemps arpentés. Je marche sur la trace de vos pas.
C’est la fin des années septante. J’habite un trois-pièces surchauffé, à Saint-Jean, entre la voie ferrée et l’avenue d’Aïre, une artère à grande circulation. C’est le quartier de mon enfance. Chaque ruelle y porte le nom d’un livre de Jean-Jacques Rousseau. Et comme lui, je connais tous les terrains vagues, les passages dérobés, les arbres creux où dissimuler mes rapines. C’est là que je dépose, aussi, des mots secrets à l’intention de mes petites amoureuses. De ma fenêtre, j’aperçois le stade des Charmilles, chaudron éteint toute la semaine, volcan en éruption le dimanche. C’est le cœur du quartier. La vraie maison de rendez-vous. Tout le monde s’y côtoie sans distinction d’âge ou de statut social, de langue, de race, de religion. Je ne manque pas un match. Et le soir, avant de m’endormir, je me repasse en boucle les plus belles actions de l’après-midi, puis les buts du match précédent, et ceux de tous les matches de la saison. Ça me tient en éveil jusqu’au matin. Ça m’ouvre les portes de l’écriture.
C’est là, face à la voie ferrée, au stade immense et silencieux, que j’écris docilement mon mémoire, sur la petite Olivetti à boule que mon père m’a offerte. Tous les matins jusqu’à midi. Avant d’aller jouer au maître dans un collège à l’autre bout de la ville. J’écris depuis dix ans. Des poèmes, des chansons. Que je ne montre à personne. L’écriture est toujours musicale. Le sens ne vient qu’ensuite : c’est un après-coup dans le monde.
C’est l’époque des Brigades Rouges et de la bande à Baader. À Rome, on vient de retrouver Aldo Moro assassiné dans le coffre d’une voiture française, comme on a retrouvé, un an auparavant, Hans Martin Schleyer, le patron des patrons allemands, dans le coffre d’une Audi 100 verte. C’est l’époque des cellules secrètes. Forums de réflexion, groupuscules révolutionnaires. Petites communautés de solitudes. Tout le monde lit Deleuze et Guattari, Marcuse, les théories sur la sexualité de Wilhelm Reich. Tandis que la France sommeille sous Giscard, un nouveau monde est en gésine. La guerre du Vietnam n’est déjà plus qu’un souvenir, comme la démission de Richard Nixon. À la télévision, les « nouveaux philosophes » ont envahi l’écran, verbe haut et chemise ouverte, pour enterrer toutes les idéologies.
À l’Université, j’ai une amie qui s’appelle Théa. Elle fait partie de notre groupe de terroristes (c’est ainsi que Michel Butor, dans la préface à l’un de ses livres, nous a décrits très justement : des terroristes de salon). Toujours farouche et silencieuse, Théa, longs cheveux noirs ébouriffés, auriculaire presque entièrement enfoncé dans l’oreille, comme si elle refusait d’entendre ce qu’autour d’elle les gens racontent. Impavide telle une déesse inca, et secrète comme elle. C’est un peu notre pasionaria. Nous allons boire des cafés au Landolt. Nous échangeons nos notes de cours. Ensemble, l’Uni nous paraît d’un ennui moins mortel. Au fil des semaines, son visage s’arrondit, ses formes débordent des robes trop serrées. Tout le monde s’interroge. Elle, pas. Au contraire, elle se moque de nos constantes insinuations.
Ensuite Théa disparaît complètement. Trois mois, six mois ? Je ne sais plus. Les questions sur son compte redoublent. Personne, dans notre petit cercle, n’a plus aucune nouvelle. Les professeurs, bien sûr, n’en savent pas plus. Elle a déménagé. Peut-être même a-t-elle quitté la ville ou le pays. Disparue sans laisser d’adresse.*

* extrait de Notre Dame du Fort-Barreau, de Jean-Michel Olivier, récit, L'Âge d'Homme, 2008.

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07/11/2008

Signatures au Rameau d'Or

images.jpegNe cherchez plus : le rendez-vous à ne pas manquer, c'est mardi prochain, le 11 novembre, dès 17 heures, à la librairie du Rameau d'Or, 17 Bd. Georges-Favon, 1204 Genève.
À cette occasion,  une belle brochette d'écrivains suisses présenteront leur dernier livre, et seront heureux de vous le dédicacer…
Bernard Lescaze présentera les Chroniques du Fantasque, de John Petit-Senn, un écrivain genevois (1792-1870), satiriste et ironique, qui était admiré de Victor Hugo et de Chateaubriand.
L'écrivain et philosophe Jean Romain signera Rejoindre l'horizon, un récit initiatique à travers la nature et la maladie, qui explore les secrets de la double conscience.
Claude Frochaux, écrivain, philosophe, ancien éditeur, réfléchira sur L'Homme religieux, un ouvrage étonnant, érudit et caustoique, qui fait suite aux très riches réflexions de L'Homme seul, l'un des grands livres des années 90.
Michaël Perruchoud signera deux livres : Non-Lieu, un roman atypique et foisonnant, réédité dans la collection Poche suisse, et Bartali sans ses clopes, une assez extraordinaire réflexion sur le cyclisme d'hier et d'aujourd'hui, à travers la presse et le dopage. 
Serge Heughebaert présentera son recueil de nouvelles, Le jour où l'autre, tandis que Jean-Jacques Langendorf, qu'on ne présente plus, signera Zanzibar 14 (éditions des Sauvages) et Les surprises de la navigation, six nouvelles qui renouent, par delà les siècles et la morne vision de notre monde fonctionnel, avec l'entrainjoyeux, frais et baroque de l'Europe encore prête à s'enivrer de sa propre culture.
Quant à votre serviteur, Jean-Michel Olivier, il rendra hommage à une « vie minuscule », comme dirait Pierre Michon, dont le destin était d'accueillir et donner asile, d'accompagner et de réconforter : Jeanne Stöckli, devenue ici Notre Dame du Fort-Barreau, le destin étonnant d'une fille de pasteur, lié au quartier des Grottes, à Genève, qu'elle n'a jamais quitté de toute sa vie…
 
 

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05/11/2008

La revanche des purs

images.jpeg L'élection de Barack Obama, cette nuit, à la Présidence des Etats-Unis d'Amérique, est réjouissante à plus d'un titre. C'est la victoire, on l'a dit, d'un homme simple et ordinaire, encore parfaitement inconnu il y a deux ans : l'incarnation, si chère à nos amis états-uniens, du puissant rêve américain. C'est aussi la victoire de l'espoir et du changement après huit années d'enfer bushien – et le monde a besoin d'espoir. C'est enfin l'entrée en scène, officielle et en grandes pompes, du peuple noir, et pas n'importe où : à la Maison Blanche! Ce peuple à qui l'on ne doit pas seulement les génies du basket ou du jazz, mais aussi de la religion, du cinéma et maintenant de la politique…
Mais il me semble que cette élection, en ces temps où finance et politique dansent une valse nauséabonde, prend encore un autre sens. Obama, on le sait, est un homme du Middle West. Grâce à lui, c'est la victoire de Chicago, la ville aux quatre vents, sur Los Angeles et New York, les Sodome et Gomorrhe de l'Amérique. C'est la revanche des purs sur les miasmes de Wall Street et les rêves de pacotille d'Hollywood. C'est la leçon des gens ordinaires, intègres, travailleurs, anonymes, sur l'obsession du profit et de l'argent facile. Grâce à lui, les États-Unis d'Amérique vont enfin redevenir aimables et fréquentables. Ce n'est pas rien, avouez-le, après Guantanamo et Abu Graïb! Nous allons pouvoir retourner dans ce pays légendaire sans honte, ni remords, et vivre à notre tour le rêve américain.
Décidément, en cette aube brumeuse, que des bonnes nouvelles!

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03/11/2008

La TSR peut faire mieux (bis)

images-1.jpgEnfin, la TSR s'intéresse à la culture! Après des années de néant, notre télévision prend en compte son cahier des charges et nous propose une vraie émission culturelle. Avouez qu'il y a de quoi rêver…

Cette fois-ci, c'est le journaliste Michel Zendali (ex-Hebdo, ex-Matin dimanche, ex-Liberté) qu'on envoie à la mine. Son émission s'appelle « Tard pour bar » et porte bien son titre. Elle se situe en fin de soirée (ah! la TSR est courageuse, mais pas intrépide…) et son décor est le bar d'un cinéma désaffecté de Lausanne. Le concept de l'émission? Une première partie constituée d'un débat, puis une longue interview d'un « acteur culturel », le tout ponctué d'interventions d'une DJ fébrile, d'un barman bavard et de quelques chroniqueurs, plus ou moins inspirés.

Le résultat? Intéressant, mais comme toujours à améliorer…

Le débat, tout d'abord, passionnant, animé, autour du beau projet de nouveau Musée des Beaux-Arts que la ville de Lausanne (décidément toujours en avance d'une idée) veut construire à Bellerive. Même si ce débat ne réunissait aucun artiste, mais seulement des politiques (!), même s'il était simplement calqué sur les débats routiniers d'Infrarouge, l'idée est bonne, et l'on se réjouit des prochaines discussions autour d'un sujet culturel. Intéresssant était aussi l'entretien, au zinc du bar, entre Zendali et son invité, le metteur en scène colombien Omar Porras, personnalité attachante et chaleureuse, qui défend si bien un théâtre vivant et inventif.

Le reste? Anecdotique. Comme les interventions, brouillonnes, de la DJ chargée de relancer les débats (?) ou celles des chroniqueurs et -euses, crispées et crispantes. On passera rapidement sur le coup de fil, pour le moins laborieux, à Pierre Keller, chargé de chroniquer, pour la semaine prochaine, un « event » culturel, pour relever la performance, trop courte et mal présentée, du chanteur genevois Fauve qu'on aurait aimé mieux connaître.

Au final, une émission encourageante, pour une fois, qui devrait faire la part belle, à l'avenir, aux personnalités culturelles de Suisse romande (jeudi dernier, nous n'avons eu droit qu'à une brochette de people). N'oublions pas, pourtant, que les « artistes », ici comme ailleurs, n'existent que par les œuvres qu'ils produisent et, mis à part la belle chanson de Fauve, ces œuvres étaient curieusement absentes de l'émission. Mais Michel Zendali va certainement redresser le cap…

* Tard pour bar, tous les jeudis vers 22h30, sur la TSR. 

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