10/10/2008

Le Clézio flibustier des lettres

images.jpegBien sûr, on pourrait faire la fine bouche, comme chaque année, lors de l'attribution du Prix Nobel de Littérature. Le Clézio, c'est très bien. Mais les autres? Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Georges Haldas pour le domaine français? Et aussi les grands Américains: le génial Bob Dylan, le sulfureux Philip Roth? La déferlante Joyce Carol Oates? S'il faut récompenser le génie, c'est de ce côté-là qu'il faut aller…
Mais Le Clézio?
Hé bien, disons-le tout net: le choix du Jury Nobel est courageux. Il consacre un écrivain à l'indépendance farouche : proche, à ses débuts, du Nouveau Roman, il s'en est toujours tenu éloigné, et ne connaîtra donc pas la fin de carrière pathétique d'un Alain Robbe-Grillet ou d'un Robert Pinget. Il consacre, également, un écrivain du monde, comme on dit aujourd'hui, pour qui les frontières ne sont ni politiques, ni culturelles : il a écrit aussi bien sur sa belle ville de Nice (La Ronde, recueil de magnifiques nouvelles), que sur le Mexique (où il séjourne régulièrement), que sur l'Afrique (sublime Désert) ou encore l'Amazonie. Sans oublier un essai sur Lautréamont dont je me souviens avoir parlé longuement (et assez vivement!) avec lui. En d'autres termes, c'est un écrivain complet. Le Jury suédois récompense, enfin, un écrivain qui a toujours su tenir sa ligne, dès les premiers textes parus dans les années 60 (le célèbre Procès-verbal), jusqu'aux tout derniers : une ligne éloignée de tout dogme, comme de tout compromis.
Mais le style?
L'écriture de Jean-Marie Gustave Le Clézio, à première vue, en est presque dépourvue, si l'on entend par style les effets de manche ou de langue. Au contraire, elle est limpide, directe, coulante, sensible aux bruits du monde et aux balbutiements des hommes. En cela, elle est plus proche de l'écriture blanche d'Albert Camus que de l'emphase d'un Saint-John Perse ou les longues périodes d'un Claude Simon (pour prendre deux autres Prix Nobel français). Reposant sur un vocabulaire des plus restreints, l'écriture de Le Clézio est ancrée, profondément, dans la matière (qui mène à l'extase), la contemplation du monde, l'amour des hommes et des femmes, que chacun de ses romans chante à sa manière. 
En attribuant à Le Clézio son Prix de Littérature, les jurés du Nobel ont récompensé un moderne flibustier des lettres, libre et obstiné, solaire et universel. On ne peut que s'en féliciter. 
 

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Commentaires

Personnellement, je trouve Bonnefoy et Jaccottet excessivement abstraits, et j'aime assez la volonté de Le Clézio de concilier poésie et monde visible. Pour Haldas, il est plus concret, mais parfois un peu trop, à l'inverse : la poésie est moins flamboyante, moins colorée.

Je croyais que Le Clézio vivait aux Etats-Unis près de la frontière mexicaine.

Écrit par : R.M. | 10/10/2008

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