29/09/2008

Nationalisons les banques!

images.jpegVous avez lu comme moi les nouvelles. A part l'élection d'une nouvelle miss Suisse — miss Sextoy — ces nouvelles ne sont pas bonnes. Le mal vient toujours du même endroit : les bourses gangrénées de Wall Street. Qui obligent tout le monde, ici bas, à retenir son souffle, dans l'attente de l'apocalypse…
Après les Etats-Unis et le Japon, ce sont entre autres la Grande-Bretagne, le Benelux et l'Allemagne qui assurent à des établissements bancaires de leur pays d'échapper à la faillite. La Banque centrale européenne (BCE) elle-même annonce la tenue d'une opération spéciale de refinancement. Les banques centrales ont à nouveau injecté des liquidités lundi. Il s´agit de persuader les banques de recommencer à se prêter après les nouvelles défaillances enregistrées ce week-end sur la planète financière.
Ce scénario catastrophe n'étonnera personne. On connaît désormais la chanson : quand une entreprise va bien, et dégage des bénéfices, ceux-ci sont répartis entre le PDG et les actionnaires. Quand, au contraire, cette entreprise est menacée de faillite, tout le monde se tourne vers l'État à qui l'on demande, en pleurnichant, d'insuffler de nouveaux capitaux. Ce qui se passe aux Etats-Unis se passera aussi en Belgique, en Allemagne, en France, et bientôt en Suisse. C'est la preuve que les banques (pour ne parler que d'elles) doivent être sévèrement contrôlées, voire nationalisées. C'est la preuve, encore, que la bourse, contrairement à ce que pensent certains traders, n'est pas un casino, mais doit obéir à certaines règles de conduite, dictées par l'intérêt commun, et non les profits personnels. C'est la preuve, enfin, que la haute finance est une chose trop importante pour être confiée aux seuls financiers, visiblement incompétents, ou malhonnêtes, ou les deux à la fois, pour mener à bien de telles tâches. 
C'est la leçon que nous enseigne la tourmente boursière qui menace d'entraîner le monde entier dans ses tourbillons.

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25/09/2008

Amnésie collective

images-1.jpegDepuis quelques jours, la Suisse tout entière a retenu son souffle, brûlé des cierges ou des bâtonnets d'encens, prié les Dieux du ciel ou de la médecine, pour la santé de Hans-Rudolf Merz, notre grand argentier, victime d'une méchante crise cardiaque.

Heureusement, les nouvelles qui nous parviennent chaque jour de l'hôpital de l'Île sont bonnes. Malgré un quintuple pontage coronarien (ce n'est pas rien), le rétablissement de M. Merz semble suivre son cours. 

Aux dernières nouvelles, notre ministre des finances se serait même réveillé, ce qui réjouit tout le monde…

La question, maintenant : quand, donc, les autres conseillers fédéraux vont-ils se réveiller?

Quand Moritz Leueuberger va-t-il sortir de son hibernation? Et Samuel Schmid de sa léthargie ? Et Micheline Calmy-Rey de sa cure de prozac? Et Pascal Couchepin de ses ruminations nocturnes? Et Evelyne Widmer-Schlumpf de cette stupeur qui la fait tant ressembler à Edith Piaf?

Attendons le prochain bulletin médical… 

  

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24/09/2008

Parlez-moi de l'ennui!

images-2.jpegLes revoilà ensemble, pour le meilleur et pour le pire. Le duo le plus dépressif (mais pas toujours déprimant) du cinéma hexagonal s'est acoquiné de nouveau pour nous pondre un de ces films français ni bon, ni mauvais, mi-psychologique, mi-rien du tout, bien au contraire, comme nos voisins en ont depuis longtemps le secret. Si Flaubert était parmi nous, il dirait que c'est un film sur rien. Rien, vraiment? Les relations humaines, les malentendus, le petites trahisons, les douleurs cachées, etc. En un mot : la petite musique des jours qui passent. Filmé à la va-comme-je-te-pousse, Parlez-moi de la pluie (c'est le titre de la chose) ressemble à une pâtisserie mal cuite : le goût n'est pas désagréable, mais  c'est mou, spongieux, ça colle aux dents, et il n'en reste pas grand-chose une fois qu'on l'a mangée (à part les aigreurs d'estomac).
Pourtant, les ingrédients sont bons : un Jamel qui joue les contre-emplois ; un Bacri fidèle à lui-même ; une Agnès Jaoui fatiguée et empâtée, qui incarne les politiciennes de province. Hélas, la pâte ne prend pas. Les dialogues, le plus souvent improvisés, sont plats et prévisbles ; l'argument, mince comme une feuille de papier à cigarette ; le résultat, bâclé et décevant.
Rendons justice à nos voisins français : en littérature comme en musique ou en cinéma, ils ont inventé un nouveau genre : les œuvres dispensables. Ce sont des films, des livres ou des chansons qui ne sont pas désagréables, loin de là, qui procurent même parfois un certain plaisir. Mais dont, au fond, tout le monde pourrait se passer. Ils n'ont aucune nécessité (hormis commerciale), aucun enjeu, aucune ambition. On pourrait y ranger les chansons de Vincent Delerm, de Bénabar ou de Carla Bruni (-Sarkozy) ; les livres de Philippe Delerm, Christine Angot, Etienne Barilier, Amélie Nothomb ; les films des frères Larrieu, de Xavier Gianoli, d'Olivier Assayas, de Mathieu Kassovitz…
Comme on le voit, la liste est longue. Mais, faute de place, j'arrête ici.
A vous de la compléter…
 

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21/09/2008

Barilier au secours de Bush

images.jpegGeorges W. Bush peut dormir sur ses deux oreilles : contre la vague d’antiaméricanisme qui déferle sur l’Europe (et le monde entier), il a trouvé un chevalier sans peur et sans reproche pour défendre sa cause, et pourfendre de son Excalibur les renégats qui le traînent dans la boue. Son nom étonnera les lecteurs romands, puisqu’il s’agit d’Étienne Barilier, plus connu pour ses romans et ses essais sur la musique et la littérature que pour la défense des chefs d’État en perdition. Mais soyons justes : son dernier livre, Nous autres civilisations…  mérite qu’on le lise de près et qu’on en parle, car il est passionnant d’un bout à l’autre, malgré ses a priori discutables. Tout commence par une déconstruction subtile des divers discours qui ont fleuri aux quatre coins du monde sur le 11 septembre. Barilier les classe en trois catégories : la version spéculaire signée Arundathi Roy ou Luciano Canfora (Ben Laden n’est que le reflet inversé de Bush) ; la version émanatiste, signée Noam Chomski (Ben Laden n’est qu’une émanation des États-Unis, qui sont « le centre noir de tous les maux ») et la version de Jean Baudrillard, que Barilier appelle moniste-animiste (le terrorisme, c’est le système, dont les Twin Towers n’étaient que les incarnations anthropomorphiques). Même si l’actualité (les tortures, viols, meurtres perpétrés en Irak au nom de la Civilisation) donne tort à Barilier, il faut reconnaître que le débat développé dans la première partie du livre est stimulant, malgré quelques naïvetés. La suite également est intéressante, qui aborde la question de l’altérité de l’Islam, du voile et des femmes, de la parole divine, qui interdit toute forme de démocratie tant qu’elle reste intangible. C’est la conclusion forte du livre de Barilier : plutôt que de nous tourner vers La Mecque ou Washington, tournons nos regards vers Athènes, berceau de la philosophie et de la démocratie. Si les événements du 11 septembre nous apprennent quelque chose, c’est justement cela : que la réponse au terrorisme politique ou religieux, c’est la démocratie, le libre arbitre, l’égalité entre les êtres et les sexes. C’est une leçon qui date un peu, sans doute, mais qu’il faut répéter, partout, à chaque instant, sans se lasser.
* Étienne BARILIER, Nous autres civilisations… Éditions Zoé, 2004.

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19/09/2008

Alexandre Voisard, Prix Rod 2008

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Il y a longtemps que je lis Alexandre Voisard que j'ai découvert, comme tant d'autres, aux temps de l'épopée jurassienne, grâce aux poèmes de Liberté à l'aube. De livre en livre, son œuvre s'est ramifiée. Elle aborde tous les genres : la poésie comme la prose, le roman comme l'autobiographie. En profondeur, de nombreux thèmes la parcourent : la liberté, souvent impossible, mais toujours désirée ; l'empreinte de la mort ; la musique des mots, qui, seule, peut nous restituer ce qui nous fait défaut.
Dans Le mot musique ou l'enfance d'un poète*, récit autobiographique publié en 2004 chez Bernard Campiche, Voisard revient sur la mort du père, en 1989, qui ouvre non seulement une blessure profonde, mais aussi un abîme de silence. Tous les malentendus, les rendez-vous manqués, les silences chargés d’amertume ou de regret, les émotions contradictoires : quand on conduit le père à sa dernière demeure, tout cela ressuscite, dans la mémoire du fils, avec une acuité prodigieuse qui appelle l’écriture, et le retour sur les années d’enfance. Le beau récit d'Alexandre Voisard est moins une autobiographie classique qu’une longue explication avec la figure du père. Un père à la fois écrasant et fascinant, qui porte à bout de bras une famille nombreuse, fait l’instituteur pendant la journée, bricole à la maison, s’occupe du jardin et sait jouer de tous les instruments.
C’est sur ce point, précisément, que tout va se jouer. Héritage impossible (car refusé par l’enfant) et éternel sujet de reproche, la musique tout à la fois relie et sépare, à jamais, le père et le fils — qui, par ailleurs, portent le même prénom : Alexandre. « Sur ce panorama enfantin dégingandé, je portais un regard insistant et ébloui mais je continue à me demander si, au fond, mes premières émotions ne me vinrent d’abord à l’oreille, c’est-à-dire en caresses musicales, comme des appels d’amour en tous lieux, du jardin au grenier et de la forêt au lit. »
La musique est une demande d’amour et de partage. Le père l’a bien compris, qui aimerait transmettre sa leçon au fils rebelle. Mais celui-ci a d’autres idées en tête. Il ne rêve que d’école buissonnière, de couteaux aiguisés, de cavales à travers les forêts. Il n’aspire qu’à l’air libre et à la contrebande. C’est ainsi, quelques années plus tard, pendant la « drôle de guerre », qu’il passera la frontière pour aller rencontrer ces hommes armés qui le fascinent tant. Épisode mémorable où l’on voit le jeune Alex piller le bureau paternel, vider les comptes en banque de ses frères et sœurs, puis dépenser le tout en chocolats et cigarettes qu’il ira échanger, en France voisine, contre un fusil allemand volé à un cadavre et une grenade de combat !
Le retour en famille, on l’imagine, sera douloureux. Pour le punir, on l’envoie travailler dans une ferme. Mais il s’échappe. On le relègue enimages-1.jpg Suisse allemande. À chaque fois, il revient, essaie de se faire pardonner. Peine perdue. Le rendez-vous avec le père, même par la médiation de la musique, est toujours manqué. Heureusement, dans la vie du jeune galopin, d’autres rencontres interviendront, qui le sauveront, peu à peu, de ses errances maladives : le peintre et poète Jean Loiseau qui encouragera ses premiers pas en poésie, le critique Pierre Olivier Walzer, puis l’incomparable ami Morof (le comédien Maurice Aufair) qui servira de guide et de mentor à Alex quand celui-ci viendra suivre à Genève des cours de théâtre.
Mais toujours, malgré la poésie et avant elle, un regret silencieux : la musique. Et l’impression d’une dette insolvable au père qui a maintenu, sa vie durant, cette exigence inaccessible : « As-tu fait ta musique aujourd’hui ? » Le beau récit d’Alexandre Voisard décline sur tous les tons (cocasse, tragique, poétique, satirique, mélancolique) ce dialogue impossible et nécessaire, qui éclaire sur le sens de la vie et de la mort, de la création artistique, de l’amour du monde et des hommes.
images-2.jpg Ce dialogue impossible, à travers la musique et la mort, Voisard va le poursuivre jusqu'à ce livre qui nous rassemble aujourd'hui, à Ropraz, pour le Prix Edouard-Rod. De cime et d'abîme** trouve son explication, comme on sait, dans une formule mnémotechnique que les maîtres d’autrefois adressaient aux écoliers qui ne savaient où placer l’accent circonflexe : La cime est tombée dans l’abîme. Composé de fragments subtilement agencés, le livre évoque à nouveau, comme Le mot musique, les territoires oubliés de l’enfance : celle du poète fidèle à ses origines qui a su garder le goût de la nature et des choses vraies ; celle de son petit-fils Nicolas, victime d’une mort prématurée. Le talent de Voisard, c'est d'évoquer, dans une constante oscillation, les sujets les plus nobles (la vie, la mort) et les réalités les plus ordinaires (le coquelicot ou « l'ortie qui n'ose pas dire son nom »). Par la magie des mots, ces deux réalités, la noble et l'ordinaire, le haut et le bas, le Bien et le Mal, se trouvent inextricablement liées. Dans chacun de ses livres, Alexandre Voisard nous rappelle cette leçon. C'est la force de cette œuvre ouverte, à la fois, au souffle de la vie et parfaitement singulière.
 
Le Prix Edouard-Rod sera remis à Alexandre Voisard samedi 20 septembre 2008, à 17 heures, à Ropraz (VD).  Venez nombreux saluer le poète!

* Le Mot musique ou l’Enfance d’un poète, récit, par Alexandre Voisard, Bernard Campiche, 2004.
** De cime et d'abîme, par Alexandre Voisard, poèmes, Seghers, 2007.

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17/09/2008

American hysteria

images.jpegLa manière dont les médias  (disons européens) traitent actuellement des faillites à répétition qui se succèdent à Wall Street nous rappelle l'hystérie qui a entouré la chute des tours jumelles du WTC, il y a déjà sept ans (encore un chiffre biblique!). Ressassement jusqu'à plus soif des mêmes sempiternelles informations, recours habituel à une foultitude d'experts auto-proclamés (qui avaient tout prévu, mais s'étaient bien gardés de le dire!), commentaires bêtifiants des correspondants sur place, etc. Une fois de plus, on ne nous aura rien épargné. Est-ce la proximité du 11 septembre qui ravive les angoisses de mort (dont on sait bien, grâce au bon Dr Freud, que ce sont des désirs de mort!) ? Est-ce la faute des récentes expériences de l'accélérateur de particules du CERN? Sommes-nous tous au bord du trou noir? Le monde entier va-t-il être emporté dans la tourmente par la faute de quelques traders illuminés et amateurs de cocaïne? Que de questions angoissantes…
Et si, tout simplement, c'était un signe supplémentaire de l'inexorable déclin américain? Celui du capitalisme sauvage et fou, du profit à tout prix, du mensonge, de la bêtise érigée en système (je pense ici bien sür à George W.)?
Quelle différence entre deux tours qui s'effondrent et une grande banque qui coule? Aucune. C'est la même faillite du système politique, économique, ethique.
Une dernière preuve du déclin de l'Amérique (ou plutôt des États-Unis)? La brusque remontée dans les sondages du candidat républicain Mc Cain, l'AmériCain, et de sa terrible et séduisante colistière, Sarah Palin, qui incarne, à elle seule, toutes les valeurs ringardes de l'Amérique profonde (créationniste, lobbyiste, ségrégationniste, grande amatrice d'armes à feu, etc.). Que ces deux-là, dans quelques semaines, s'installent à la Maison Blanche et nous voilà repartis, pendant quatre ou huit ans, pour une nouvelle équipée sauvage ! L'Iran et la Georgie vitrifiés! L'Afghanistan rasé ! La vieille Europe ignorée…
images-1.jpegPour ma part, quand on me parle des jumelles, je préfère penser à celles que j'ai rencontrées, cet été, sur les plages croates, et qui, j'en suis sûr, vous envoient leurs meilleures pensées.

09:50 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook

15/09/2008

Lausanne-Genève : le grand écart

images.jpgLe week-end prochain, nous serons tous à Lausanne, ville dynamique, ville surprenante, ville branchée. Pourquoi? D'abord, bien sûr, pour le nouveau métro M2, une merveille de technologie, des voitures silencieuses, rapides, sans conducteur. Un métro qui donne à Lausanne une avance de plusieurs décennies sur toutes les villes suisses, et bien des villes européennes. Mais encore? Nous serons à Lausanne pour assister au match de Coupe Davis Suisse-Belgique, qui permettra de fêter dignement nos deux champions olympiques, Wawrinka et l'immense Federer, le plus grand tennisman de tous les temps. Cela ne vous suffit pas? Nous serons à Lausanne pour écouter la fleur des musiciens suisses, à l'e de Label Suisse. Dans la ville en fête, on pourra assister gratuitement à des dizaines de concerts, tous genres confondus. L'affiche est impressionnante. Ils sont tous là : du rappeur Stress à Sarclo, de Pascal Auberson à Stefan Eischer, de Polar à Michel Bühler…

Ah ! J'oubliais… À Ropraz, 10 minutes de voiture de Lausanne, on remettra, samedi 20 à 17 heures, le Prix Rod au poète jurassien Alexandre Voisard pour son œuvre féconde et absolument singulière. Il y aura du vin et des flûtes. Une raison de plus de faire le voyage… 

Et à Genève pendant ce temps?

Rien, comme d'habitude. Sandrine Salerno pouponne et Moutinot fume sa pipe. Ça devrait rassurer tout le monde. Mais ça ne rassure personne. Pendant que Lausanne innove, invente, en un mot vit, Genève sommeille, tergiverse, s'enfonce dans le néant, même pas sonore. Pour sortir la ville du marasme, il faudrait un électrochoc. Qui va l'administrer? Pas les politiques, en tout cas, sans doute les plus médiocres du pays. Le peuple alors? Il est aux abonnés absents. Les milieux économiques? Trop occupés à préserver leurs privilèges.

En regardant ce qu'une petite ville comme Lausanne a réalisé en l'espace d'une ou deux décennies, on se prend à rêver. Et si Genève se mettait à bouger? Si l'on faisait confiance à celles et ceux qui ont des idées? Si l'on se décidait à entrer dans le XXIe siècle, au lieu de rêver du XIXe ?

En attendant, rendez-vous à Lausanne : vous y verrez les rêves qu'une ville peut réaliser, grâce à un syndic efficace (Daniel Brélaz) et une politique inspirée et courageuse. 

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12/09/2008

Ô rage, ô désespoir

images.jpegHonte, déshonneur. Enfer et damnation. Caramba, encore raté !
Quels dieux faut-il invoquer après la défaite pathétique de l'équipe professionnelle suisse face aux amateurs luxembourgeois?
Toute la question est là, précisément. Alors que les Suisses font profession de footballeurs, les autres, plus modestement, se contentent d'être des amateurs. Autrement dit : des hommes qui aiment le jeu. Les premiers, on le sait, sont grassement payés. Les seconds, hormis l'honneur de faire la une des gazettes ducales, jouent pour la gloire, et le plaisir. En se défonçant et en rêvant, de temps à autre, d'une hypothétique performance.
C'est là, sans doute, tout le nœud du problème. Choyés dans leur club, adulés comme des divas en équipe nationale, les joueurs suisses ne sont plus performants. Ils ne montrent plus rien, parce qu'ils n'ont plus rien à prouver. Ils croient le match gagné avant même d'avoir entamé la partie. Il n'y en a point comme eux. Et dès qu'on leur résiste, ils sont désemparés et partent en ficelle…
Otmar Hitzfeld, l'un des meilleurs entraîneurs du monde, aura bien du pain sur la planche, s'il veut rendre à nouveau compétitive une équipe formée de onze délicates pouliches. Depuis la terrible défaite contre l'Ukraine, en 2006, l'équipe régresse à chaque match. Le ressort est cassé. Il faut un horloger subtil, intelligent, inventif, pour remettre la machine en marche. Faire de l'ordre, d'abord, puis imposer un nouveau contrat de confiance (et de performance). C'est un pari risqué, tant pour l'entraîneur que pour les joueurs. Mais il est nécesaire pour la suite, si l'on ne veut pas partir d'avance battu pour les prochaines compétitions.
 

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10/09/2008

Servet, Servette : même combat!

images.jpegQu'a-t-on appris lors du procès de Marc Roger (et de ses acolytes) que tout le monde ne sût déjà?

Que notre Tartarin était un gestionnaire catastrophique, qu'il était mégalo et mythomane, naïf et beau parleur, mais qu'il avait le don d'inspirer la confiance à de plus naïfs que lui. Qu'il était mû, encore, par un véritable amour du Servette, cette légende que Genève ne mérite pas. Que son plus grand défaut, enfin, fut de ne pas appartenir à la mafia locale : autrement dit, il n'avait pas de protecteur, ni dans le monde politique, ni dans le monde économique. Il l'a payé très cher.

Et ses acolytes?  Ils en ont pris pour leur grade.

Marguerite Fauconnet a falsifié des documents et risque, tout simplement, la radiation de l'ordre des avocats français. Ce n'est pas rien…

Olivier Mauss, qui a beaucoup donné au Servette quand le club allait bien, mais a retiré ses billes quand le club, entré dans la tourmente,  avait besoin de lui, est également sur la sellette : il a laissé le navire couler, sans état d'âme, ni courage particulier.  Il payera sa lâcheté au prix fort : on lui réclame deux millions de francs de dommages et intérêts. Une paille, pour l'une des plus grandes fortunes du pays. Qui, durant tout le procès, n'a eu de cesse d'afficher son mépris tant pour Marc Roger que pour les anciens joueurs du club.

Et après?

Même si les principaux chefs d'accusation contre Roger ont été abandonnés (escroquerie, banqueroute frauduleuse), que la responsabilité du désastre servettien a été reconnue partagée, il reste un homme brisé, que Genève a voulu immoler sur la place publique comme un certain Calvin l'avait fait, il y a 450 ans.

Cela ne vous rappelle rien? Michel Servet, condamné pour hérésie par le tribunal de la Réforme et brûlé vif, devant les regards horrifiés et amusés des Genevois…

Pour se racheter, la ville avait ensuite donné son nom à un quartier, qui lui-même l'a donné à un club de football.

Servet, Servette : même destin, même combat…

Espérons que nos illustres ministres en tirent la leçon. Et qu'on attribue vite une rue — ou mieux : un stade — à Marc Roger. Pour le dédomager de ses déboires judiciaires genevois.

 

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08/09/2008

Éloge de la fofolle

840.jpgImaginez une jolie femme, 30 ans, célibataire, qui traverse la vie comme une salamandre le feu. Un  peu fofolle…
On lui vole son vélo ? Elle regrette seulement de n’avoir pas pu lui faire ses adieux, et décide, aussitôt, de prendre des leçons de conduite. Elle tombe sur un libraire neurasthénique ? Elle lui conseille de lire un bon livre. Un professeur d’auto-école paranoïaque ? Elle trouve les mots pour endiguer sa rage, sa haine des autres, ses frustrations.
En toutes circonstances, la jeune femme, Poppy dans le film, réagit de la même manière : elle rit. Non du malheur des autres, mais de la chape de noirceur qui enrobe aujourd’hui toute chose. Elle se moque de la dépression ambiante, du chagrin généralisé et obligatoire. Chaque jour, allez savoir pourquoi, elle se réveille armée d’un optimisme à toute épreuve. Comme le dit un personnage du film, elle a mystérieusement traversé les mailles du filet. Autrement dit, elle a échappé à la culture de la mort, à la normalisation négative. Dans une société où l’aliénation (par la famille, le travail, l’individualisme forcené) est la règle, elle fait tache.  
Nul doute qu’un jour ou l’autre, hélas, la société la rattrapera pour l’interner ou la « soigner », c’est-à-dire la neutraliser. Mais, en attendant, elle dispense à qui veut l’entendre sa leçon de bonheur. Et cette leçon, chacun devrait l’apprendre par cœur, tant elle est belle, et qu’elle fait du bien.
Ah, oui, j’ai oublié de vous dire : le film s’appelle Happy-go-Lucky. Il est signé du réalisateur anglais Mike Leigh. Et c’est la lumineuse Sally Hawkins qui incarne la géniale fofolle. Il se joue actuellement à Lausanne, à Genève, à la Chaux-de-Fonds. Il ne faut surtout pas le manquer.

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05/09/2008

Marc Roger ou le dindon farci à la genevoise

images.jpeg Jour après jour, ce qui ressort des témoignages recueillis lors du procès de Marc Roger vient confirmer ce que nous pensions de l'affaire : à savoir que le Français, à jamais étranger dans une société genevoise où règnent l'omerta et le copinage, a joué dans l'affaire le rôle du lampiste de service. Tous les témoins entonnent la même rengaine. Christian Luscher :« Il avait un projet solide et beaucoup d'énergie. On lui a fait confiance. » Olivier Mauss : « Peut-être ai-je été trop naïf ? Mais je lui ai fait confiance… » Et les joueurs de rajouter : « Il parlait bien, il avait des idées, nous lui avons fait confiance. » Seule la comptable, cherchant désespérément une oreille charitable dans un club où personne, visiblement, ne se souciait d'argent, tient un discours un peu différent : « M. Roger n'avait aucune connaissance en comptabilité. Tout le monde le savait. En outre, il était d'une naïveté confondante. La preuve : un jour, il a failli racheter le club de foot du Vatican, un club qui n'existe pas. »
On le voit encore une fois : trop contents de se refiler la patate chaude, les anciens dirigeants du Servette (Luscher, Carrard, Mauss) ont profité de la candeur de ce méridional pur sucre, naïf et mégalo, en se réjouissant secrètement, sans doute, de le voir échouer là où eux avaient réussi à sauver la baraque (sauvetage relatif, puisqu'ils ont légué à Marc Roger près de 12 millions de dettes, qu'il a épongées !). 
Marc Roger va-t-il payer pour tous les autres? Sera-t-il jusqu'au bout le dindon de la farce? Si la justice veut un coupable, elle tient en Marc Roger l'homme idéal : naïf, incompétent en matière de finance, hâbleur, flambeur, mégalomane et mythomane. Un vrai champion du monde.
Espérons tout de même que les vrais responsables — ceux qui ont placé Marc Roger à la tête du club et lui ont servi de caution, tous ceux qui ont fermé les yeux sur sa gestion désastreuse —, à défaut d'être condamnés, soient blamés publiquement comme ils le méritent. Cela ne serait que justice.

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03/09/2008

Un Calvin explosif

1689893003.jpgPour son premier roman, on peut dire que Nicolas Buri (né en 1965 à Genève) ne manque pas d'ambition, ni de toupet. Pierre de scandale* met en scène, dans un livre haletant, rien moins que Jean Calvin lui-même. Revisitant, après tant d’autres, mais de manière absolument personnelle, la vie mouvementée du grand réformateur français. Tout commence en 1515, date fatidique de la bataille de Marignan, et surtout de la mort de sa mère. À partir de ce choc, de la haine larvée qu’il voue à son père, Calvin va s’affranchir des siens, quitter sa modeste province pour aller suivre, à Paris, l’enseignement des maîtres de l’époque. C’est là qu’il croisera Rabelais (rencontre à vrai dire improbable), aura des démêlés avec les représentants de l’Inquisition, rencontrera Michel Servet. Dans une langue âpre et précise, jubilatoire, Buri décrit le périple de celui qui n’est encore qu’un pèlerin catholique assez ordinaire. Il faudra des voyages, des rencontres, des illuminations, pour que Calvin se forge un destin qui marquera durablement l’Europe, et singulièrement Genève, la nouvelle Rome protestante.
Si le roman part en fanfare, il perd un peu son rythme en chemin. On guette avec impatience l’arrivée de Calvin à Genève, la ville qu’il va littéralement marquer de son empreinte, et Genève tarde un peu. C’est que Nicolas Buri aime à prendre son temps, à se lancer dans de nombreuses discussions théologiques (la Trinité, la prédestination) qui donnent de l’épaisseur au roman. Le lecteur, s’il reste un peu sur sa faim, ne perd jamais son temps.
Arrive enfin le moment de vérité : appelé par Guillaume Farel, dont Buri trace un savoureux portrait, Calvin va prendre rapidement possession de la ville, malgré l’opposition larvée des bourgeois. Buri montre bien les enjeux de cette guerre intestine. Il montre aussi comment Calvin, seul contre tous, ne craint jamais le coup de force. C’est ainsi qu’il imposera aux Genevois des règles de plus en plus strictes, et souvent farfelues (interdiction de porter de la soie). « Je voyais la rue. Ville industrieuse. Commerce intense. Et ma création, l’académie, avec des professeurs venus de loin à mon invitation. Une réussite formidable. Une garantie de longévité pour la vraie Foi, pour la paix, pour le bel ordre. J’entendis l’horloge. Ça aussi : ce n’était pas un détail, mais un fondement. L’heure, la division du temps, un progrès merveilleux. La règle du temps donnait une autre valeur au travail. C’était bien mais on ne pouvait lâcher bride. Trop de méchants. Trop d’ennemis. Je me sentais seul. »
Seul, Calvin, qui se croit investi d’une mission, ne l’est jamais totalement. Un autre personnage, haut en couleur et fort en gueule, le suit dans le livre comme une ombre. Il s’agit de Michel (ou Miguel) Servet, que Calvin rencontre à Paris et retrouve, des années plus tard, à Genève. « L’église se vidait. Miguel se leva. Je le regardais depuis la chaire, ses bijoux, son air délicat et supérieur, l’anathème au coin des lèvres. Il se tourna vers moi, prit face à la chaire la pose d’un homme qui apprécie une belle peinture. Se lissa le bouc et, avec une petite courbette, m’adressa un sourire courtois. Puis il sortit d’un pas indolent. » L’affrontement entre les deux est inégal. Et Servet, vite taxé d’hérétique, jeté en prison avec les rats et la vermine, jugé à la hâte dans une parodie de procès, puis brûlé sur la place publique. Comme on sait, Calvin n’assista pas à la mise à mort, trop occupé à écrire dans son scriptorium. C’est sur cette image d’un Calvin à la fois humble et hautain, prisonnier de sa solitude et de sa mission, que s’achève le beau roman de Nicolas Buri, mené tambour battant, avec beaucoup de verve et vivacité
* Nicolas Buri, Pierre de scandale, éditions d'Autre Part, 2008. 

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01/09/2008

Le jour des poires est arrivé!

marc_roger_article.jpgOn l’attendait depuis longtemps (près de trois ans) : il a fini par arriver. Malgré les lenteurs de la justice, les évasions rocambolesques du principal prévenu et l’imbroglio juridico-financier de l’affaire, le procès de Marc Roger vient de s’ouvrir ce matin à Genève. Ainsi présentée, l’affaire paraît jouée d’avance : on connaît le montant abyssal de la faillite (plus de 14 millions de francs) et on tient en la personne de Marc Roger le coupable idéal. Aurait-il été payé pour tenir ce rôle de Tartarin, haut en couleur et fort en gueule, que cela n’étonnerait personne. Sous quelque angle qu’on l’observe, Marc Roger est trop parfait dans le costume bariolé que la presse lui a taillé.
Pourtant, il ne sera pas le seul à s’asseoir sur le banc d’infamie. Il y sera en très bonne compagnie, puisqu’à ses côtés se trouveront l’homme d’affaire genevois Olivier Mauss et une avocate parisienne, Marguerite Fauconnet (et non, comme des journalistes taquins l’ont écrit, Isabelle Falconnier, rédactrice à l’Hebdo !).
On ne présente plus Olivier Mauss, qui hante les vestiaires du Servette depuis des lustres : propriétaire de Manor et des Trois Suisses, il fait partie des plus grandes fortunes du pays. Qu’a-t-il donc fait dans cette galère ? Rien de moins que cela : il s’est porté garant de Marc Roger. C’est donc lui, en toute logique, qui aurait dû intervenir personnellement (et rapidement) quand le club s’est trouvé pris dans la spirale des dépenses et des dettes. Ce qu’il n’a pas fait, bien sûr, se contentant de regarder sombrer le navire servettien. Si la justice fait son travail, c’est assurément vers lui que les plaignants vont se tourner. Et peu de gens le plaidront.
Quant à la mystérieuse Marguerite Fauconnet, c’est elle qui secondait Marc Roger depuis longtemps dans ses affaires, rédigeant notules et contrats, et servant de caution juridique à notre exubérant Zorro méridional. Des personnes bien au fait du dossier jugent sa responsabilité accablante. Même si cette femme de loi machiavélique ne daignera pas se présenter au procès, elle a joué, elle aussi, un rôle essentiel dans cette partie de dupes qu’a été la gestion du Servette sous l’ère Marc Roger (dont le métier, rappelons-le, n’est pas gestionnaire de club, mais agent de joueurs).
La justice fera-t-elle son travail ? Osera-t-elle mettre sur la sellette des VIP locales (Olivier Mauss, Olivier Carrard, Christian Luscher) ? Rien n’est moins sûr. Ces derniers jouissent d’appuis trop importants, au Palais de Justice comme dans la presse. Souhaitons néanmoins qu’à défaut de justice, une certaine lumière soit faite sur cette période particulièrement agitée de la vie genevoise, qui a tout de même provoqué une manière de traumatisme dont le canton, aujourd’hui encore, ne s’est pas totalement remis.

10:45 Publié dans sin city | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook