27/06/2008

Thomas Hardy revisité

hardy1.jpgC’est un livre imposant, mais indispensable, que nous proposent, aux éditions de l’Aire, Françoise Baud et Éric Christen, Thomas Hardy, Cent poèmes*. On connaît Françoise Baud, qui enseigna longtemps l’anglais aux collèges Sismondi et de Saussure ; de même qu’Éric Christen, enseignant et formateur. L’ouvrage qu’ils ont écrit à quatre mains, sous la forme d’une anthologie bilingue, tant par ses commentaires que par ses traductions, mérite tous les éloges. D’abord parce qu’il nous permet de redécouvrir l’un des plus grands écrivains anglais, Thomas Hardy (1840-1928), auteur, entre autres, de Tess d’Urbervilles et de Jude The Obscure.
On connaissait (bien mal) le romancier, beaucoup attaqué, en son temps, par les critiques et le clergé. Bien qu’ayant toujours pratiqué la poésie, c’est seulement vers la fin du XIXe siècle que paraît son premier recueil de poèmes, Wessex poems. Grand explorateur du temps et de la mémoire, poète visionnaire et empathique, Hardy développe dans ses poèmes une réflexion philosophique qui le rapproche d’un Baudelaire ou d’un Mallarmé.
Illustré de belles photographies, l’ouvrage de Françoise Baud et Éric Christen est accompagné, en outre, d’un CD proposant un récital des poèmes de Hardy en français par Maulde Coutau. Subtilement traduite, malgré les nombreux pièges sémantiques, la poésie de Thomas Hardy nous revient, musicale, tantôt grave ou allègre, comme un présent qu’il faut goûter et (faire) partager !
* Thomas Hardy, Cent poèmes choisis et traduits par Françoise Baud et Éric Christen, anthologie bilingue, L’Aire, 2008.

08:55 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (10) | | |  Facebook

26/06/2008

L'amour à l'épreuve de l'alcool

41M-MWr5BqL._SL500_AA240_.jpgUne femme et un homme qui s’aiment forment un couple. C’est bien à tort, pourtant, qu’ils croient ne former qu’un. Souvent, une foule d’intrus s’invitent dans la relation amoureuse, sans y être conviés, et provoquent ravages et tempêtes. C’est le sens du récit intense et sans fard que François Nourissier nous propose avec Eau-de-feu*. Sous des masques transparents, Nourissier nous parle d’un couple lié par la passion de la peinture et de l’écriture. Tandis que lui écrit, elle, Reine, peint, des toiles de plus en plus tourmentées, hantées par les fantômes d’Auschwitz, qui plongent au plus profond du désespoir humain. Le couple, à ses débuts, s’épaule et se stimule. Chacun semble profiter à merveille de l’énergie créatrice de l’autre. Puis, l’alcool s’invite dans cet amour qui semble sans limite. Et peu à peu étend ses ravages. Il ne s’agit pas, ici, comme on dit pudiquement, d’un « problème d’alcool », mais bien d’une lente destruction où, dès 1994, « l’ivrognerie, la vraie, brutale, rapide, crée un décor et des comportements nouveaux ». Si Nourissier s’interroge, c’est à la fois pour chercher à comprendre l’origine de cette souffrance que Reine noie dans l’alcool et pour tenter de partager la douleur de sa femme. Comme à son habitude, ce grand styliste qu’est Nourissier ne triche pas : il traite l’effondrement de Reine avec lucidité, de la même manière dont il traite son propre vieillissement, ses ruses et ses lâchetés, la maladie de Parkinson qui le ronge. Dans cette suite de tableaux extraordinairement vivants, il rend hommage à sa compagne, en même temps qu’il déplore sa propre impuissance à la sauver.
*François Nourissier, Eau-de-feu, Gallimard, 2008.

10:55 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

23/06/2008

Les deux langues de Jacques Chessex

M6011.jpgDans l’œuvre foisonnante de Jacques Chessex, composée d’essais, de poèmes, de récits, de nouvelles, de romans, les figures paternelles sont nombreuses, comme dans L’Ogre (Prix Goncourt 1973) ou, plus récemment, L’Économie du ciel (2003). Avec Pardon mère *, Chessex aborde enfin le continent noir et silencieux de la figure maternelle. Un livre intense et poignant, où l’écrivain vaudois se met à nu, en même temps qu’il recherche un impossible pardon.
Ici tout commence, comme souvent, par des images et des regrets. Images qui « percent le cœur » du fils malheureux, si justement nommé J.C., comme Jean Calmet, Jacques Chessex ou Jésus-Christ Et regret, à vrai dire sans remède, d’avoir manqué le rendez-vous avec sa mère. Comment, alors, réparer ce remords, effacer cette faute ? En retraçant le portrait de cette femme menue, fière et discrète, aux yeux d’eau claire, devenue aveugle dans sa vieillesse, et décédée en 2001. L’auteur entreprend une manière d’hagiographie, à la fois pour rendre justice à cette mère oubliée, et pour la ressusciter d’entre les morts par la magie de l’écriture. Lucienne Chessex, née Vallotton, parente de Félix le peintre et descendante des patrons des Grandes Forges de Vallorbe. Une femme qui a « la terre dans l’âme ». Si Chessex a longuement parlé de son père, Pierre, étymologiste et auteur de plusieurs ouvrages historiques, qui lui donne le goût du savoir, il a très rarement, par pudeur ou remords, abordé la figure maternelle qui lui ouvre le monde de la sensation. On pense ici à Rousseau : « Je connais les hommes et je sens mon cœur », lui aussi au croisement de deux langues : la langue paternelle du savoir et la langue maternelle de la saveur, des sensations, de l’écriture. « Comme si, dans le secret du corps, dans le crâne, dans la bouche, les mots que je dis, les phrases que je fais, les expressions dont j’use, tout, toujours me venait d’elle, langue d’origine, charnelle, langue de fibre, d’ossature, de lait, de ventre, de salive, de larmes, langue première, langue maternelle. »

Le mauvais fils
Au fil des pages, Chessex trace un portrait de sa mère par facettes, en abordant la question de Dieu, de la mort, de ses amitiés juives, de son goût pour les comptines et les fables de La Fontaine, de sa droiture, de son amour fidèle et silencieux. Ou La Revanche des purs**. Jamais, sans doute, Chessex n’aura poussé aussi loin son enquête et son exploration d’une figure absente, qu’il sonde et fouille ici avec toute la force du regret. Explorant ainsi la figure silencieuse de sa mère, l’écrivain sonde également sa douleur : « La douleur de n’avoir pas dit que je l’aimais à celle que j’aimais, et qui souffrait de mon silence, et de la scandaleuse comédie de mépris et de provocation que je lui ai imposée toute notre vie. Je ne connaîtrai pas le pardon. Ou me le donnera-t-elle, là où elle est, à me voir vieillir dans cette douleur de l’avoir perdue sans aucune rémission ? » On arrive ici sur l’autre versant de cet extraordinaire portrait en miroir : en peignant la mère absente, Chessex s’examine et se juge à la lumière de son remords. Il se reproche son indifférence, sa vanité, ses plaisirs éphémères, son goût pour les filles, son penchant pour les crus et les cuites. Il croise alors dans sa passion d’autres écrivains qui, comme lui, ont essayé de réparer la relation avec leur mère : Cohen, Bataille… Mais chacun d’eux tortille la vérité, brode, émaille, « utilise sa mère pour peindre de lui une image trop flattée. » Ce que Chessex refuse. Il veut la vérité. Endurer jusqu’au bout la faute de n’avoir pas reconnu sa mère, délibérément, et mériter la malédiction qui s’en est suivie. Car le pardon qu’il demande « dans l’air des rêves, l’eau de la rivière, l’orage jaune sur la crête alpestre », exige une autre forme d’expiation.
Cette faute imprescriptible, qui bientôt se transforme en meurtre (« J’ai tué ma mère parce que je suis devenu fou. (…) J’ai tué ma mère parce qu’elle me faisait honte, dans sa droiture, de ma duplicité et de mes mensonges. (…) J’ai tué ma mère pour faire mieux que mon père. »), l’écrivain parviendra pourtant à la dépasser, et cela grâce à sa mère. Encore une fois ! Car c’est elle qui lui aura appris la patience, l’effort, l’envie constante de dépasser ses propres limites. C’est d’elle qu’il tient cette capacité de résilience qui fait sa force.
À la résurrection par l’écriture succède une ultime apparition. Peu de jours avant sa mort, un ami de Chessex, Philippe N. a filmé sa mère. Incapable d’affronter cette image, c’est seulement cinq ans plus tard, en octobre 2006, que l’écrivain décide de regarder cette vidéo de 90 minutes. Ce film a la valeur d’un testament et d’une résurrection. D’un testament, d’abord, parce chaque parole prononcée par sa mère a la valeur d’un dernier mot, d’une volonté ultime. D’une résurrection, ensuite, parce que Chessex, grâce à ce film, ne retrouve pas seulement sa mère vivante, mais, à l’occasion d’un dernier rendez-vous, peut se réconcilier avec celle qu’il a si longtemps évitée, voire méprisée. Enfin, ce film a la valeur d’un exorcisme : il redonne à Chessex « une force renouvelée », « une vigueur », « un esprit de décision, d’accueil, de refus qui étaient précisément l’apanage de sa mère. Et comme souvent chez l’écrivain vaudois, le livre — ce petit monument de mots, dérisoire tombeau pour une mère qui n’a pas de tombe — permet d’exorciser sa faute et de sublimer sa douleur. L’écriture n’efface pas la dette, mais la transmue. Par l’alchimie de l’écriture, le pardon impossible se teinte bientôt d’allégresse, et le remords devient allègement.
 
*Jacques Chessex, Pardon mère, Grasset, 2008.
**Jacques Chessex, La Revanche des purs, poèmes, Grasset, 2008.
 
Cet article est extrait de la dernière livraison de l'excellente revue Le Passe-Muraille, animée depuis près de 20 ans par Jean-Louis Kuffer, numéro presque entièrement consacré à l'œuvre de Jacques Chessex. On trouve Le Passe-Muraille dans tous les kiosques et bonnes librairies. 

18:12 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

22/06/2008

La résistible ascension d'Yves N.

Yves-007306.jpgDepuis quelques semaines, il est partout, squattant l'écran de la télévision, suscitant des éditos délirants d'enthousiasme et dissertant, dans Le Matin dimanche, tout à la fois sur le cerveau féminin, la politique suisse et le football. De qui s'agit-il? Vous l'avez reconnu : Yves Nidegger, «l'étoile montante» de l'UDC genevoise.
Longtemps confiné aux strapontins, parce que tout se passait à Berne ou à Zurich, l'UDC romande, et surtout genevoise, n'avait guère droit de cité. Il suffit qu'une tête tombe — celle du grand Chef, Christoph B. — pour que la curée commence. Un coup de chance pour Yves N., un homme qui n'a jamais brillé par son courage, ni par son audace politique. Mais dans un parti en pleine déroute (les dernières votations en attestent) il y a des places à prendre.
Intronisé par la télévision et Pascal Décaillet, Yves N. tente sa chance. Pourquoi pas? Dans le monde plutôt médiocre de la politique suisse, il peut être, pour un temps du moins, le sauveur d'un parti qui ne sait plus s'il dans la majorité ou dans l'opposition. Conseillons-lui, quand même, d'avoir quelques idées sinon tout à fait neuves, du moins originales. Conseillons-lui, aussi, de sortir du populisme habituel à son parti et de ne plus faire de la peur des étrangers, d'où qu'ils viennent, l'argument central de sa politique.

10:58 Publié dans Grandes Têtes Molles | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

20/06/2008

Balthus, peintre-pompier

nu-au-foulard-82b.jpgY a-t-il, aujourd'hui, un peintre plus surfait que Balthus? Tout, dans sa peinture, sent la pose, l'artifice, le mensonge. Sa vie, d'ailleurs, ne vaut pas mieux. Dans une excellente étude, Raphaël Aubert, il y a quelques années, a montré toute l'inanité des titres nobiliaires dont le peintre français d'origine polonaise s'est vanté toute sa vie, tenant à tout prix à descendre d'ancêtres titrés et introuvables. Cette volonté de distinction (apparaître comme le descendant d'une très lointaine et noble lignée) se retrouve dans la plupart des tableaux du peintre aujourd'hui célébré dans le monde entier et qui a dépensé l'essentiel de son énergie à construire sa légende.
L'exposition d'une trentaire de ses œuvres qui se tient actuellement à la Fondation Gianadda de Martigny en est une preuve supplémentaire. Qu'y voit-on? Un peintre laborieux, méticuleux dans le détail, grand admirateur (jusqu'au plagiat) de Piero della Francesca, doté d'une technique tout à fait estimable, mais d'une inspiration tristement répétitive. Ses tableaux? Parlons-en. Une grande partie (la plus connue, la moins intéressante) s'attache à peindre, dans une aura « hamiltonnienne » de scandale, les émois troubles de l'adolescence. Ce sont d'habitude de très jeunes filles, blouse entrouverte, jambes écartées, qui regardent le spectateur du tableau avec une lascivité de bon aloi (mais qui sonne faux, également). Ailleurs, des scènes toujours teintées d'une sensualité d'autant plus lourde qu'elles sont rendues avec un souci rare du détail.
Adulé par certains, méprisé par d'autres, il m'apparaît, aujourd'hui, comme le peintre pompier par excellence. Celui qui, par ses tableaux, essaie de résister à la révolution piscturale du XXe siècle, qui est une révolution iconoclaste. C'est le barrage bourgeois aux inventions folles d'un Picasso ou d'un Braque, par exemple. Aux délires polychromes d'un Kandinski ou d'un Mondrian. Au génie vraiment inovateur d'un Miro ou d'un Fernand Léger.
Peintre pompier, le Comte Balthus aura marqué pourtant son siècle pour la raison toute simple qu'il n'en a jamais fait partie.
Si vous ne me croyez pas, allez-y voir vous-mêmes!

15:40 Publié dans Grandes Têtes Molles | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook

10/06/2008

Pressées, les oranges!

1689625854.jpgL'équipe des Pays-Bas, qui a fait exploser hier soir le verrou italien, nous a réconciliés avec le football. Finies les affaires de fric! Balayée la psychose des hooligans! Foin des tristes calculs d'apothicaire de Domenech ou Donadoni! Place au jeu! Et sur ce chapitre, croyez-moi, les Bataves en connaissent un rayon! Inventif, dynamique, faisant circuler le ballon à toute vitesse entre les lignes, alternant passes courtes et passes longues, utilisant toute la largeur du terrain, etc., ils ont donné aux Italiens une leçon de football. Ce n'est une surprise que pour les néophytes. Car, de tout temps, les Hollandais ont eu leur propre philosophie du jeu, basée sur un engagement physique de chaque instant, une grande habileté technique, une générosité qui, si elle n'est pas toujours payante, assure au spectacle une tension et une folie sans pareilles. Renouant avec la grande époque des Cruyff, Neeskens et autres, l'équide de Marco Van Basten a fière allure. Comme son aînée, elle va toujours de l'avant, se dépense sans compter. La frileuse équipe de France n'a qu'à bien se tenir. Espérons seulement que les magiciens oranges gardent encore quelques tours dans leur sac pour les prochains matches (il en reste cinq à gagner pour devenir Champions d'Europe) ! Mais que la fête continue!

12:26 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

04/06/2008

Fragments du corps amoureux

381741339.jpgJournaliste au long cours, bien connue des lectrices de Marie-Claire ou du Temps, Isabelle Guisan avait exploré, il y a dix ans, les méandres du chômage et la vie des Suisses du lointain. Dans un petit livre au titre épatant, Le tour du monde en quarante-quatre amants*, elle plonge aujourd’hui dans la fiction en retraçant le parcours sensuel de Laure, une femme libre qui lui ressemble, sans doute, comme une sœur.
Avec beaucoup de finesse et de sensibilité, Isabelle Guisan tente d’approcher le mystère du corps. Le sien, d’abord. Le plus familier en même temps que le plus étranger. C’est le corps d’une fillette de trois ans qui recherche le regard de son père, et surtout le contact de son corps quand l’orage gronde, ou quand le sommeil ne vient pas. Ce corps surgi de la grotte maternelle, et qui doit se frayer un chemin dans la jungle du monde. Ce corps toujours en manque (de caresses, d’attention) que Laure, au fil des ans, a de plus en plus de peine à maîtriser.
 Le corps des autres, aussi. Empreint des mêmes manques et de la même violence. Comme ce jeune homme inconnu qui entraîne Laure dans les caves de son immeuble, l’assied sur ses genoux et s’apprête à commettre l’irréparable. Le corps entraperçu, à peine apprivoisé, des amants de passage. Le corps massif de Jérôme qui l’écrase dans le lit. Le corps de la belle Elena, drapée dans « une grandeur romanesque », qui se délite avec l’âge. Le corps cassé par la douleur qui l’oblige à ramper. Ou le corps qui exulte en plein midi, sur une plage déserte, sous le regard désiré/désirant d’un pêcheur d’éponges. Le désir fulgurant de Mourad, qui la couvre de cadeaux et de fleurs, puis lui transperce le ventre, dans sa chambre d’hôtel, avant de piller sa valise et de faire main basse sur son billet d’avion…
Soigneusement ordonnés et numérotés, ces « souvenirs corporels » se feuillettent comme un album de photographies intimes. Chaque fragment énonce une impression ou un moment particulier de l’histoire de Laure. Aucune tricherie dans ces évocations ciselées avec précision et poésie : Isabelle Guisan traque la vérité de chaque geste, de chaque regard, de chaque caresse. Tantôt opaque et tantôt étranger, le corps de Laure voyage au gré de ses désirs, en quête d’un ailleurs qui se dérobe sans cesse. C’est ainsi que Laure sillonne le monde entier : de l’Irak au Maroc, en passant par l’Amérique et la Crète, Beyrouth et Bénarès, vivant à folle allure sa liberté de journaliste, en aventurière jamais rassasiée de nouvelles sensations.
Dans la dernière partie du livre, Isabelle Guisan repousse avec force l’image de ces « femmes vieillissantes qui errent sans compagnon dans la vie moderne ». Mais elle sait que sa liberté a un prix. Elle rêve toujours de l’amour de « Michel ». Son corps se fond doucement dans la mer. Elle se dilue dans le son du ressac. Retrouvant, pour toujours, les douceurs de la grotte maternelle.
* Le tour du corps en quarante-quatre amants par Isabelle Guisan, L’Aire, 2006.

11:50 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

01/06/2008

Deux talents prometteurs

332484118.jpgRetenez bien ces noms : Nadia Coquoz et Michaël Perruchoud. Si le second n’est pas un inconnu (il a publié plusieurs romans à l’Âge d’Homme et dirige les éditions Cousumouche), son dernier livre, La pute et l’insomniaque*, est à recommander à tous les amateurs de littérature forte et originale. Scandé par des chansons des années 80 (Capdevielle, Bashung, Manset, etc.), ce roman déjanté nous entraîne dans les bars surchauffés où règnent les filles de l’Est, l’argent facile, l’humiliation quotidienne. Comme son titre l’indique, c’est aussi le roman de la nuit, des errances sans fin, du sommeil qu’on repousse ou qui ne vient jamais. Le roman des rêves éveillés. Écrit dans une langue à la fois souple et musclée, La pute et l’insomniaque révèle un univers personnel, frénétique, bariolé, qui s’élargit de livre en livre. Nul doute que Michaël Perruchoud (né en 1974 à Genève) fasse partie des talents les plus prometteurs de notre littérature.
Avec Nadia Coquoz (née en 1977 à Vevey), nous abordons d’autres rivages. Les démons du hasard** est un premier livre. Avec quelques faiblesses, peut-être,  mais surtout d’indéniables qualités d’écriture. Fragiles, authentiques, les personnages de Nadia Coquoz sont pétris d’incertitude. Ils mènent tous leur vie sur le fil du rasoir, se croisent sans se rencontrer ou se reconnaître, cherchent à vivre leurs rêves sans en avoir toujours le courage. Chacun en quête de sa propre liberté ; chacun explorant ses limites. La voix de Nadia Coquoz frappe d’abord par sa sincérité, mais aussi par sa lucidité. C’est une voix qui ne triche pas. Un talent à suivre.
 *La pute et l’insomniaque  de Michaël Perruchoud, roman, L’Âge d’Homme, 2008.
**Les démons du hasard de Nadia Coquoz, roman, l’Âge d’Homme, 2008.

22:55 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook