26/05/2008

Du Cannes, pur sucre!

Depuis dix ans, le Festival de Cannes, autrefois haut lieu du cinéma, ressemble de plus en plus à « Visions du réel »! Ce ne sont plus les grands films mythiques qui sont primés, mais des œuvres à mi-chemin entre le reality-show et le documentaire. On pense ici aux films des frères Dardenne, monuments de malhonnêteté misérabiliste, ou au film primé cette année, « Entre les murs » du Français Laurent Cantet, qui met en scène des élèves du lycée jouant leur propre rôle, comme leur professeur de français. Dans un cas comme dans l'autre, c'est le triomphe du politiquement correct…
Alors, si vous allez au cinéma, ne ratez surtout pas un autre film français (eh oui, il y a de bons films français!), sélectionné lui aussi à Cannes, mais qui n'a eu, grâce à Catherine Deneuve, qu'une récompense subsidiaire. C'est le dernier film d'Arnaud Desplechin, intitulé « Un Conte de Noël ». On ne raconte pas un film de Desplechin, qui met en pratique les fameuses règles du théâtre de situation de Sartre. Qu'est-ce qu'un film? Des acteurs, un texte, des situations. « Un conte de Noël » met en scène une famille déchirée, déchirante, qui se retrouve, pour une fois au complet, dans la maison paternelle, pour un réveillon pas comme les autres. Toute cette famille porte en secret le deuil d'un petit frère mort, et l'angoisse d'une mère qui vient d'apprendre qu'elle souffre du même mal que son fils. La mère est l'admirable Catherine Deneuve. Les fils sont l'excellent Melvil Poupaud et le génial Mathieu Amalric (sans doute le meilleur comédien français actuel). Anne Consigny, qui joue la sœur des deux précédents (on pense, ici, à Marie Desplechin, la romancière, sœur d'Arnaud), Jean-Paul Roussillon, le père aimant et débonnaire, et Chiara Mastroianni, qui trouve ici son premier rôle important, sont magnifiques, eux aussi, de justesse et de générosité.
Tout le film tourne autour de ça: les liens du sang, le mal et la maladie, le bon sang et le mauvais sang. Servi par des dialogues à couper le souffle et une direction d'acteurs magnifique, « Un conte de Noël » vous empoigne à la gorge et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière image — et même au-delà, car on en rêve la nuit! 
Alors oubliez Indiana Jones ou les palmes périssables de Cannes, et allez voir « Un Conte de Noël », un très grand film.
*À Genève, au cinéma Scala. 

10:12 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook

Commentaires

pas exactement d'accord avec vous au sujet des films des frères Dardenne, mais pour le reste, si (non sans par ailleurs une profonde tristesse).

Écrit par : gilda (de passage) | 27/05/2008

Bonjour, je suis d'accord avec votre opinion sur les films qui obtiennent la palme d'or. Depuis quelques années, je me demande s'il est possible de tomber plus bas que d'accorder le prix à un pseudo-documentaire américain rempli de mensonges et autres contre-vérités (ce qui est arrivé il y a trois ou quatre ans). Pourquoi ne pas essayer cette année avec un énième film sur l'école? Qu'il soit intéressant ou pas (je ne l'ai pas vu, et les extraits montrés à la télévision ne me donnent aucune envie d'aller le voir), je soupçonne que la récompense est plus politique que cinématographique, et que la démagogie se cache sous la télé-réalité, parce qu'on nous fait croire que tourner un film est chose simple, que n'importe quel amateur peut se livrer à cet exercice avec succès, que tout se vaut dans la grande fête de l'égalité artistique obligatoire pour tous. Le cinéma pour les nuls, en quelque sorte. En revanche, j'irai voir le dernier film de Desplechin.

Écrit par : Inma Abbet | 27/05/2008

Je parle du roman de Bégaudeau ici: http://fattorius.over-blog.com/article-20147491.html

Écrit par : Daniel Fattore | 03/06/2008

Merci, Daniel, pour votre commentaire. Je n'ai pas lu le livre de Bégaudeau, mais ce que vous en dites donne envie de le découvrir sans tarder!

Écrit par : jmo | 04/06/2008

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