30/04/2008

Les comices littéraires

97690832.jpgEnfin, ils sont arrivés, ces fameux comices !
Avec leur lot de Prix, de Distinctions, de médailles du Mérite littéraire…
La grande foire d'empoigne de Palexpo a commencé. Elle durera cinq jours. Les quotidiens se sont mis sur leur trente-et-un pour publier force suppléments et pages spéciales, eux qui ne parlent de littérature que du bout des lèvres, ou en se pinçant le nez. Grâce à Dieu, on y retrouve toujours les mêmes têtes. Ce qui est rassurant. Les grandes stars parisiennes sont venues faire du tourisme en province, avant de reprendre le TGV ou de passer la nuit au Richemond. Les acteurs à belle gueule, comme Richard Bohringer, se prennent pour des poètes. Alexandre Jardin vient faire sa tournée de popotes. Katherine Pancol, un peu plus empâtée chaque année, vient parler d'amour aux lectrices éplorées des magazines féminins. Un peu plus loin, Boris Becker signe ses raquettes. Là bas, l'imam Ramadan dédicace sa nouvelle traduction du Coran. L'ex-porno star Ovidie, qui se lance dans la littérature pour enfants, exhibe ses tatouages. Alors qu'au stand voisin, Rocco Sifredi dédicace ses livres avec son bel organe. Au stand de l'Illustré, Elisabeth Tessier, repeinte à neuf, vient vanter ses salades. Martina Chyba, baskets roses et lunettes d'adolescente, essaye de faire croire qu'elle est un écrivain.
Et les journalistes, ces pauvres diables, ne seront pas en reste. L'un devra animer un débat sur la critique littéraire, l'autre une rencontre autour des écrivains gastronomes, le troisième devra se taper Ueli Leuenberger ou Christophe Darbellay (ou pire: les deux à la fois). Un autre, là-bas, animera une dictée. Quant à celui-là, il distribuera un cadeau à tous ceux qui contractent un nouvel abonnement de hebdomadaire favori…
Dans ce grand carnaval, pourtant, il y a des écrivains. Ils ne font pas la une des journaux. Ils ne couchent pas avec leur fille. Ils n'insultent pas (toujours) la police quand ils sont pris de boisson (ils n'intéressent donc pas les journalistes du Temps). Ils se content d'écrire. Ce qui, ma foi, est une haute ambition, et une tâche souvent ardue.
Alors, chers lecteurs, si vous voulez rencontrer des écrivains, des vrais, non des intermittents de la plume ou des touristes de passage, venez au stand des éditions Zoé, des éditions de l'Aire, des éditions Bernard Campiche, des éditions de l'Âge d'Homme!
Venez rencontrer Georges Haldas, Pierre Béguin, Alain Bagnoud, Mickael Perruchoud, Patrice Duret, Eric Eigenmann, Jean Vuilleumier, Michel Floquet, Serge Bimpage, Olivier Chiachiari, Isabelle Fluekiger, Catherine Lovey, votre serviteur, et tant d'autres…
L'apéro est gratuit! 
 

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27/04/2008

Mai 68: les nostalgiques et les allergiques

110549764.gifNotre époque aime beaucoup les anniversaires : en les fêtant, elle se donne l’illusion d’avancer dans l’Histoire, tout en célébrant l’éternel retour du même. Ainsi, ces jours derniers (car l’anniversaire est toujours fêté en avance, pour court-circuiter la concurrence médiatique) de Mai 68, célébré, autopsié, momifié, dans presque tous les magazines…
Inutile de citer les numéros spéciaux, ni les innombrables publications que cet événement a suscités (dont un essai sur le football en 68 !). Relevons simplement que la supplément édité par la Tribune de Genève, samedi 26 avril, richement documenté, figure parmi les meilleurs essais de compréhension de cette petite — mais fulgurante — révolution.
Face à « Mai 68 », il y a deux types de réactions : les nostalgiques et les allergiques. D’un côté, donc, ceux qui regrettent cette période si mouvementée de notre histoire récente, et pleurent des larmes de crocodile sur les pavés qui volaient dans les rues (Bernard Ziegler, Daniel Cohn-Bendit). De l’autre, les allergiques (Nicolas Sarkozy, Pascal Décaillet, Jean Romain) qui vilipendent cette période troublée, où toutes les règles en vigueur ont été malmenées, et parlent même de « catastrophe ».
831105932.gifCe qui me frappe, dans ces réactions, c’est que la plupart d’entre elles émanent de personnalités qui n’ont pas vécu elles-mêmes les fameux événements ! À l’époque, Jean Romain avait 15 ans, Pascal Décaillet 10 et Nicolas Sarkozy 13. Autant dire qu’ils sont, tous les trois, de lointains spectateurs d’un séisme auquel ils n’ont ni participé, ni assisté en personne. Peut-être est-ce pour cela qu’ils veulent liquider, d’une même voix, le joli mois de mai. Et son héritage qui — même ses adversaires le reconnaissent — englobe à la fois, le suffrage féminin, la libération sexuelle, la prise en compte des droits des minorités, la révolution télévisuelle, la création de nouveaux média (comme le quotidien Libération) et tant d’autres choses…
Pourquoi donc ce rejet ? Parce qu’ils n’y étaient pas…
Sans entrer dans le débat, passionnant, des progressistes et des réactionnaires, relevons simplement que les vrais nostalgiques ne sont peut-être pas ceux qu’on croit. On sent chez Décaillet, comme chez Jean Romain, ce rejet d’une vague qui a emporté tout le monde, et les a laissés, bougonnants, nostalgiques, sur l’autre rive de l’Histoire. Et comme on sait, celle-ci ne se répète jamais, ni ne revient en arrière…
C’est pourquoi il faut goûter, sans nostalgie, mais à sa juste valeur, ce doux parfum de liberté que nous promet, comme chaque année, le joli mois de mai !

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25/04/2008

Les dessous chic de la vie genevoise

276961313.jpgLa vie genevoise, qui en vaut bien d'autres, ressemble de plus en plus à un roman, vous ne trouvez pas? 
Une certaine Cécile B. qui tente — maladroitement, hélas, comme à son habitude — de mettre fin à ses jours pour être allée un peu trop loin dans le donjon des sentiments amoureux… Un ancien président de club de football, Marc R., l'homme qui a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, qui refile en douce l'argent de son compte en banque luxembourgeois à un ancien proxénète, pour payer je ne sais quel transfert douteux… Un Ministre genevois, franc du collier, mais mou du nœud, Laurent M., qui menace de coller des amendes à tous les fumeurs de joints et les sniffeurs de poudre, mais promet de laisser tranquilles les grands seigneurs des paradis artificiels… Un jeune restaurateur, jaloux de son rival, qui s'assure les services d'un homme de main — agent infiltré de la police, bien sûr — pour se débarrasser de ce concurrent gênant…
Ça ne vous rappelle rien?
Hé bien, oui, vous avez gagné!
Tout est dans La Vie mécène, le premier livre, depuis longtemps, à montrer le dessous de la vie genevoise…
Venez retrouver son auteur, du 1er au 4 mai, au Salon du Livre de Genève, au stand de l'Âge d'Homme, rue Dostoïevski 10.
L'apéro est gratuit! 
 

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18/04/2008

Quand le Temps fait le trottoir

1582824848.jpgSaviez-vous qu'Amy Winehouse, la plus grande chanteuse soul de l'après-guerre (du Golfe), souffrait d'impétigo, une maladie de la peau due à un streptocoque ou un staphylocoque, qui laisse sur le visage (et ailleurs, semble-t-il) des plaques rouges fort disgracieuses? Et que la cocaïne, qu'Amy consomme en doses déraisonnables, rendait tout traitement aléatoire, voire inutile? À son médecin qui suppliait la diva d'arrêter la poudre blanche, Amy a répondu en pleurant : « C'est plus fort que moi... J'aime trop ça ! »
C'est la même poudre blanche qu'on a retrouvée sur le porte-monnaie que Valérie Garbani, conseillère administrative de la ville de Neuchâtel, a oublié par mégarde chez un ami de longue date, qui pourrait bien être dealer…
Où ai-je trouvé ces informations de la plus hautes importance?
Dans Le Matin, me direz-vous. Ou pire : Le Matin Bleu.
Pas du tout.
Dans La Tribune de Genève, alors, qui cultive tous les jours sa rubrique people?
Que nenni!
C'est dans La Temps, héritier lointain du vénérable (et austère) Journal de Genève, qu'on trouve aujourd'hui ce genre de ragots. Non content d'avoir ouvert le feu roulant des potins, Le Temps en remet chaque jour une couche, en révélant tous les secrets d'alcôve que ses plus fins limiers ont découverts, après avoir analysé le contenu des poubelles de la dame, et passé au peigne fin ses draps de lit…
Rappelons qu'au départ les déboires de la politicienne ont été rendus publics à la suite d'un courrier anonyme envoyé au Temps. Au lieu d'écarter d'emblée cette source peu glorieuse, le journal a reproduit des notes internes de la police cantonale, parvenues par le plus grand hasard à un journaliste du « quotidien suisse édité à Genève ». Inutile de se demander à qui profite le crime! Victime d'un véritable lynchage médiatique (une fois les chiens lâchés, on ne les arrête plus) Valérie Garbani ne s'en relèvera pas. Déjà en congé maladie, elle aura besoin de beaucoup de courage pour simplement revenir à une vie normale. Et Le Temps, qui en a vu d'autres, saluera comme il se doit l'élection dans quelques jours du candidat libéral ou UDC qui n'a rien à voir, c'est sûr, avec les fuites orchestrées depuis l'Hôtel de Police…
Disons tout net notre écœurement devant ce journalisme de trottoir — tellement dans l'air du temps — qui s'attaque à la personne humaine, avec ses faiblesses et ses défauts, et pas à ses idées, ses convictions, son engagement politique. Quand une « personnalité » est livrée (par la police!) à la fureur des média, il y a bien peu de chance qu'elle y survive. Souhaitons tout de même à cette femme sympathique (et remarquable) d'avoir la force de traverser cette tempête qui ne la laissera pas indemne.

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16/04/2008

Une enfance sous les flammes

793049963.jpgL’univers de Yasmine Char, née au Liban et vivant aujourd’hui à Lausanne, est aux antipodes de celui de Catherine Lovey (voir Cinq vivants pour un seul mort). Autant le monde de Lovey est fait de silence, de glace, de solitude, autant celui de Yasmine Char est rempli de bruit et de fureur, grouille de personnages hauts en couleur, frémit de passion et de larmes. Dans La Main de Dieu*, un roman aux accents très autobiographiques, Yasmine Char raconte un rite de passage. Son héroïne a quinze ans. Elle vit dans un pays en guerre, seule, avec son père malade, qu’elle aime d’un amour « pur comme un diamant ». Bientôt, elle va rencontrer une autre sorte d’amour, charnel et clandestin, avec un étranger mystérieux, qui s’avérera être un franc-tireur.
L’intrigue de La Main de Dieu vous rappellera sans doute un autre livre, prix Goncourt 1984 : L’Amant  de Marguerite Duras !  Yasmine Char aime à s’inscrire dans cette filiation : de nombreuses phrases de son livre semblent calquées, tant au niveau du style que du contenu, sur certains passages de L’Amant. Ce qui agace au début le lecteur. Car Yasmine Char n’a pas besoin de ce genre de pastiche. Ce qu’elle a à raconter est si fort, si central, qu’elle doit se dégager de toute manière de parodie. En effet, la grande qualité de son livre tient aux portraits qu’elle trace de ses parents, du père malade et faible, de la mère française qui abandonne son foyer, du pays mis à feu et à sang par les milices religieuses ou les raids incessants de l’armée israélienne. Il y a là des pages magnifiques sur le Liban déchiré, le conflit des générations, le rôle si équivoque des étrangers. Yasmine Char a beaucoup à dire sur cette blessure, qui est la sienne, et elle le dit très bien. Comme elle dit très bien l’émerveillement amoureux, la jouissance, la douleur d’être quittée ou trahie. L’originalité du roman tient peut-être à ce lien très troublant entre l’amour et la trahison. Vivant un amour clandestin, l’héroïne de Yasmine Char est condamnée au silence et à la transgression. Elle ne peut avouer son amour à personne. Elle doit le vivre dans le silence et la honte. Pour le vivre complètement, elle doit trahir les siens. Et finalement, bien sûr, c’est elle qui sera trahie par son amant.
Yasmine Char, La Main de Dieu, roman, Gallimard, 2007. 

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13/04/2008

Bonne fête, Claude Frochaux!

320211786.jpgUne fois n'est pas coutume : célébrons l'amitié et les grands livres!
Il y a quelques années paraissait L'Homme seul*, un monument d'érudition et d'intelligence, d'humour et de philosophie, signé Claude Frochaux. C'est le livre d'un homme qui a passé sa vie parmi les livres, à Zurich, à Londres, à Genève, à Paris, à Lausanne. C'est le livre d'un immense lecteur, aussi, et d'un grand écrivain, dont le métier (et la passion) est d'éditer les autres. Sortant de l'ombre, Claude Frochaux publie aujourd'hui un essai, L'Homme seul, qui est une somme de réflexions et de propositions sur la culture, un travail magistral qui fera date.
Impossible, en quelques lignes, de rendre compte de cet essai en tout point excessif, autant par son ampleur (500 pages !), son ambition encyclopédique, sa souci d'expliquer, arguments à l'appui, les lignes de force de la culture humaine, que par sa passion communicative. Disons, pour aller vite, qu'en six boucles extraordinairement documentées (histoire, géographie, religion, philosophie, théâtre, littérature), Frochaux revisite toute l'histoire culturelle, depuis l'époque néolithique jusqu'aux années 1960, date butoir qui sanctionne à la fois la maîtrise totale de l'homme sur son environnement et la fin d'une fonction culturelle de l'art, jusqu'alors relevant du sacré.
Au fil de l'analyse, Frochaux dégage plusieurs lois qui régissent, selon lui, toute l'aventure humaine : complexité, rationalisation, laïcisation, matérialisation, démocratisation., individualisation, intériorisation. Ces 7 lois, on les retrouve à la fois dans le théâtre et la peinture, la musique et l'architecture, etc. Toutes ensemble, elles forment le nœud gordien de notre modernité, parce qu'elles sont l'aboutissement d'un immense processus (que Frochaux analyse avec méticulosité) et la promesse, sans doute, de découvertes inattendues. La fin d'une époque (où l'homme, encore, avait sa place dans une nature qu'il ne maîtrisait pas entièrement) et le début d'une ère nouvelle : celle de l'homme seul.
Disons encore, pour rassurer tous les esprits chagrins, que cet homme seul, qui a répudié Dieu et colonisé la nature, n'est pas nostalgique du passé : au contraire, il envisage l'avenir avec curiosité, angoisse parfois, lucidité toujours. Car l'histoire, dans son mouvement, n'est jamais achevée. Et personne, bien sûr, n'en connaît le fin mot.

— JMO : L'Homme seul englobe toute l'histoire humaine, de la géographie à la littérature, en passant par la religion, le théâtre, la peinture, la musique. Comment ces chapitres se sont-ils mis en place ?
— Claude Frochaux : Je dis que l'histoire, c'est du biologique sur de la géographie : il y a d'abord une biologie de base, qui est l'homme ; ensuite cette biologie est transplantée sur un terreau plus ou moins fertile. Et cela donne l'histoire. Bien entendu, cette histoire a des émanations, car l'homme ne se contente pas d'être sur terre : il a aussi une imagination, une intelligence qui le pousse à projeter dans une sorte de pacte imaginaire tout ce qu'il craint, ou tout ce qu'il souhaite : et cela donne la religion. Ensuite, il y a ce qui fait la culture. Ce qui me paraissait intéressant, ce n'est pas de faire une encyclopédie de l'aventure humaine, mais de revisiter tous ces domaines en me disant qu'ils allaient expliquer notre situation actuelle. Parce que, au fond, je m'aperçois que cela obéit à une cohérence absolue. Et que chaque étape de notre croissance — qui est une appropriation de la nature — est marquée par des jalons qui représentent chacun une forme d'art. Ainsi, à chaque fois que l'homme progresse par rapport à la nature, ces jalons nous aident à redéfinir notre situation dans notre environnement .

— Pourquoi, dans votre livre, ce point de départ (le néolithique) et ce point d'arrivée (1960) ?
— Tout commence, au néolithique, par la découverte des céréales. C'est-à-dire, pour prendre le langage imagé de la Bible, le moment où l'homme est sorti du paradis terrestre. En cultivant ses céréales, Adam sort à jamais de l'animalité. Ensuite, il va partir à la conquête de la nature, ce qui prendra longtemps, jusqu'en 1960, où, là, il ne se définira plus que par lui-même.

— On n'échappe pas à son époque…
— Oui, à condition de l'entendre en termes positifs : chaque nouvelle situation impose de nouveaux repères qu'il faut trouver ou inventer. C'est pour ça que l'art est fondamentalement utile pour savoir où l'on est et qui l'on est : on se regarde dans l'œuvre d'art comme dans un miroir.

— Que se passe-t-il exactement dans les années 1950-60 ?
— À force d'accumuler les connaissances, l'homme a fait le tour de son domaine. Ce n'est pas un hasard, selon moi, si cette époque marque aussi l'accession au plus haut sommet de l'Everest, l'exploration des fonds marins avec Cousteau, par exemple, ou les premiers Spoutniks qui tournent autour de la terre. Le même phénomène se remarque en peinture ou en littérature : là aussi, tout se passe comme si l'homme avait parfaitement maîtrisé son sujet. Les plus marqués par cette rupture, ce sont les peintres ou écrivains nés entre 30 et 40, et qui émergent après 1960.

— Malgré tout, l'aventure culturelle continue (et d'une certaine manière elle n'a jamais été aussi vivace) mais dans quelle direction ?
— Celle de la gratuité ou de la liberté totale. On n'a plus rien à justifier de quoi que ce soit. Ou alors on se réfugie entièrement en soi-même : cela donne, par exemple, une littérature souvent très égotiste, très nostalgique, où l'on ne parle que de sa famille, de son pays, de son village natal. C'est une situation nouvelle dont on tirera un jour les règles du jeu et qui donnera naissance, peut-être, à de grandes œuvres. Qui peut le dire ?

— Que reste-t-il encore à dire, à écrire, à peindre aujourd'hui ?
— Tout bien sûr ! La situation des artistes aujourd'hui est sans doute plus difficile que celle d'autrefois, quand l'art, en général, relevait du sacré, quand la parole des artistes était considérée comme une parole magique. Les peintres et les écrivains d'aujourd'hui sont tout aussi doués, bien entendu, que les anciens, mais ils sont nés au mauvais moment.
 
* Claude Frochaux, L'Homme seul, essai, L'Âge d'Homme, 1996. Repris dans la collection Poche Suisse.


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09/04/2008

Jérôme Meizoz et l'ombre du père

578226478.jpgLes lecteurs romands connaissent bien Jérôme Meizoz : professeur de littérature à l’Université de Lausanne, auteur d’essais remarquables sur Ramuz, Lovay, Chappaz, Rousseau, et également de quelques récits brefs et percutants, comme Jours rouges (Editions d’En-Bas, 2003) ou Les Désemparés (Zoé, 2005). Dans Père et passe*, Meizoz ressuscite la figure de son père à travers des images, des éclats de voix et de rire, des cendres du passé : « La vie hurle et plante ses serres en nous, on se retourne pour voir d’ou est venu le coup : appeler ça des souvenirs. »
À la manière d’un Pierre Michon ou d’un Pierre Bergounioux, Meizoz aime à ressusciter les « vies minuscules », les destins silencieux, dédaignés, oubliés. Lui qui, par ses études et sa passion, est le maître des mots, essaie de briser ce barrage de silence (et d’émotions) qui le sépare de son père, dont le souvenir est encore si vivace en lui. L’écriture de Meizoz, par petites touches de couleur, excelle à restituer l’univers de l’enfance dans un petit village valaisan qui est pour son père le centre du monde et « quand il en parle, ce lieu se tisse d’immensité ». Ce père « rouge » qui affiche le portrait de Karl Marx au salon et menace d’envoyer son fils à  « Bümplitz » — suprême punition ! — s’il ne rapporte pas de bons résultats de l’école ! 
Si le livre de Meizoz cherche à ressusciter son père, pour se réconcilier avec lui, c’est aussi une sorte de transsubstantiation, « comme s’il fallait que père soit dématérialisé d’abord, démembré en chiffres et caractères, puis reconstitué en corps d’encre, pour me revenir enfin sous cette forme pérenne. » Par la magie des mots reste un portrait, en gestes et en éclats de voix, saisissant de tendresse et de vie, qui est un dernier pied de nez à la mort.
 Père et passe de Jérôme Meizoz, Éditions d’en bas et Le Temps qu’il fait, 2008. 

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08/04/2008

Radiophonie et pédophilie

1840571996.jpgIl faut goûter, à sa juste valeur, le regard malicieux et gourmand d'Esther Mamarbachi ou du solide Darius Rochebin quand, chaque soir, à l'heure de la grand-messe, ils évoquent, des trémolos dans la voix, les derniers rebondissements de l'affaire des « images à caractère pédophile » découvertes sur l'ordinateur d'un collaborateur de leur grande rivale : la RSR! Il faut goûter le souci du détail, l'absence de tout esprit critique et surtout cet air de sourde réprobation qui caractérise, parfois, nos Grandes-Têtes-Molles de la TSR…
De cette « affaire », qui occuperait trois lignes dans un torchon de n'importe quel pays démocratique, tant elle paraît insignifiante, nos dinosaures de l'actualité sont parvenus à faire un feuilleton à épisodes. Autant pour tenir le pauvre téléspectateur en haleine (en otage) que pour suggérer, implicitement, que de telles « affaires » ne peuvent éclater qu'à la RSR. On reconnaît bien là l'esprit revanchard genevois, si jaloux de la Radio romande, qui fait tellement mieux son travail que les gens de la Tour en étant véritablement à l'écoute d'une région et d'une langue, au lieu de lorgner, comme ceux qui louchent, du côté de Paris (sans avoir, bien entendu, les moyens de rivaliser avec elle)!
Chaque soir, l'affaire des « images à caractère pédophile » de la RSR occupe dans le Téléjournal une place aussi importante que la libération (de moins en moins probable, hélas) d'Ingrid Bétancourt ou la gracieuse révérence de Carla Bruni devant la Reine d'Angleterre. Car il faut bien planter le clou. Plus l'information est insignifiante (et peut nuire à son rival) plus on la ressasse à l'envi, chaque soir, avec des nouvelles interviews inutiles, des témoignages en langue de bois, des images montrant une poignée de pseudo-grévistes hurlant des slogans assassins devant les caméras!
Dans l'univers impitoyable des médias, cela s'appelle la concurrence. 
Espérons encore de multiples rebondissements: la mise en examen du directeur de la RSR, par exemple, pour insubordination, la réintégration forcée de l'informaticien qui a joué les Big Brother, le licenciement de tous les collaborateurs qui ont refusé de faire la grève…
Heureusement que la télévision, dans notre pays, est au-dessus de tout soupçon! 
 

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06/04/2008

Cinq vivants pour un seul mort

 
460258366.gif Née en 1967 en Valais, Catherine Lovey passe très tôt sa vie à lire et à écrire.  Mais c’est un second choix ; elle voulait un piano et à la place elle reçoit une  machine à écrire, orange et noire. Journaliste à La Tribune de Genève, puis à L’Hebdo, elle écrira alors dans de la rubrique économique, puis entreprend un postgrade en criminologie. Enfin, elle se décide à sortir de son armoire un manuscrit intitulé L’Homme interdit. Le texte est publié aux éditions Zoé en 2005 et rencontre beaucoup d’intérêt.
Avec Cinq vivants pour un seul mort*, son deuxième roman, Catherine Lovay n’a peur de rien. Une intrigue minimale, une construction déroutante, un récit qui avance à son rythme, tantôt par ellipses, tantôt à très petits pas. Le livre commence comme une enquête policière : Markus Festinovitch, le meilleur ami de Jean, le narrateur, vient de se suicider, alors qu’il visitait un nouvel appartement en compagnie de sa maîtresse. Pour Jean, cette mort est une énigme qu’il va essayer d’élucider. Commence une enquête délicate. Mais, très vite, le centre d’intérêt du livre se déplace. L’enquête que mène le narrateur sur son ami tourne à l’introspection ou l’autoanalyse. Une introspection qui, d’ailleurs, le mènera aux confins de la folie. Après avoir découvert que son meilleur ami vivait sous un faux nom, et qu’au fond Jean ne savait rien de lui, le narrateur décide de partir en Finlande, sur les traces de son ami défunt. La seconde partie du livre, partie de transition, met en scène la rencontre entre le narrateur et Aïda, femme de chambre dans l’hôtel où il réside. Quelque chose se noue entre les deux personnages, qu’on aimerait peut-être voir se développer ou se dénouer. Mais Jean, oubliant Aïda, repart pour le Nord du pays où il va rejoindre le frère de son ami suicidé, Peter, qui vit seul avec sa petite fille. Une étrange rencontre, qui se noue autour d’un accident, transformera la vie de Jean dans son nouveau pays.
Comme on le voit, Catherine Lovey, dans ce roman qui ressemble à un polar, mais qui n’en est pas un, aime à brouiller les pistes. Son écriture est déroutante, tantôt vive et alerte, tantôt jouant sur les longueurs (l’ouverture du roman est un peu langoureuse !). Catherine Lovey a du style, une logique rigoureuse, une manière tout à fait originale de construire son récit. On avait salué ces qualités pour L’Homme interdit. Peut-être a-t-elle besoin, pour déployer tous ses talents, d’un sujet plus costaud : ici, le suicide de Markus Festinovitch n’est qu’un prétexte à la dérive identitaire de son meilleur ami, qui est le vrai sujet du livre. On saura peu de choses sur Markus (qui s’appelle en réalité Peterssen-Mink), presque rien sur Aïda, et quelques rudiments sur Peter. Catherine Lovey aime à jouer sur l’attente du lecteur et ses déceptions. Elle maîtrise, en cela, les ficelles du roman et démontre, une fois encore, un vrai talent d’écrivain.
Catherine Lovey, Cinq vivants pour un seul mort, éditions Zoé, 2008. 
 

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03/04/2008

Quoi de neuf sous la couette?

1423096488.jpg Il y a des jours où la Julie se livre plus que d'autres…

Ainsi apprend-on, aujourd'hui, sous la plume de la si féminine Marie-Claude Martin, selon une enquête très sérieuse, que la sexualité des Françaises est en constant progrès depuis plusieurs années. Pourquoi donc? Parce qu'elle se rapprocherait de plus en plus de la sexualité masculine. Ceci n'est pas une blague! Comme les hommes le font depuis toujours, les femmes pratiqueraient sans restriction tous les jeux sexuels : fellation, sodomie, sextoys, boundage, etc. Plus aucun de ces anciens travers n'a de secret pour elles. Pour nous autres, c'est bien sûr tout bénéfice…

Cette enquête si sérieuse, menée sous la direction de l'INSERM, révèle pourtant un élément étrange, mais non dénué d'enseignements : plus une femme est cultivée, plus elle pratique la fellation. Plus elle est inculte, plus elle adore la sodomie. Cela ouvre d'intéressantes perspectives érotiques! Selon le goût du moment,

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