24/02/2008

Tanner fait son cinéma


 charles mort ou vif
Nous n’allons pas, comme tant d'autres, nous lancer dans la polémique éternelle qui consiste à savoir s’il existe, aujourd’hui, en 2008, un cinéma suisse, et si ce dernier est, ou non, l’égal du cinéma suisse des années 70-80. Mais, pour ceux qui auraient la mémoire courte, il faut recommander la lecture des Ciné-mélanges* d’Alain Tanner.
Ce n’est pas faire injure au cinéaste genevois (né en 1929) que de rappeler ses plus grands films : de Charles mort ou vif (1969), avec l’inoubliable François Simon, à Paul s’en va (2003), en passant par La Salamandre (1971), Le Milieu du monde (1974) ou encore le plus connu des films de Tanner : Jonas qui aura 20 ans en l’an 2000 (1976). En relisant le livre de Tanner qui, sous la forme d’un abécédaire, nous livre la somme de ses réflexions sur le 7e art, on ne peut qu’être admiratif devant l’obstination, le talent, la liberté farouche de cet homme qui a toujours pu tourner (qui s’est toujours donné les moyens de tourner) les films dont il avait envie. On sait que l’univers du cinéma est particulièrement impitoyable. Les plus grands talents s’y cassent les dents et s’y détruisent. Regardez Orson Welles ! À force d’intelligence et de ténacité, Tanner, lui, a tenu le coup. Et plutôt bien. Il suffit de regarder sa filmographie pour voir qu’il a enchaîné, presque sans interruption, les tournages tout au long de sa carrière, qui est longue et riche.
Mais qu’est-ce que le cinéma selon Tanner ?
« Je ne peux filmer que l’ «aujourd’hui », le « maintenant». Je ne peux filmer que ce que je peux voir et qui appartient au réel, au quotidien, au contemporain, au moment. Je ne peux trouver l’inspiration, l’idée d’un personnage ou d’un récit que dans ce qui m’entoure, dans ce qui participe de l’histoire que je vis. »  Proche en cela d’un Viala, Tanner a besoin du réel pour faire travailler son imagination. Il ne faut pas faire « comme si, mais comme ça ». Dans la vie, on fait souvent comme si : « on triche, on ment, c’est normal. Mais en art, on ne peut pas tricher. » Chaque film de Tanner illustre, à sa façon, cette insatiable quête de vérité. Un parcours exemplaire.
Alain Tanner, Ciné-mélanges, Le Seuil, 2007. 

16:54 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook

Commentaires

Désolé, mais s'il fallait cramer tout Tanner pour sauver les "Tontons flingueurs", je fournirais volontiers le Zippo...

Maintenant, c'est vrai que je ne suis qu'un plouc inculte...

Écrit par : Scipion | 24/02/2008

Désolé, mais s'il fallait cramer tout Tanner pour sauver les "Tontons flingueurs", je fournirais volontiers le Zippo...

Maintenant, c'est vrai que je ne suis qu'un plouc inculte...

Écrit par : Scipion | 24/02/2008

Maître Folace, in "Les Tontons Flingueurs"
- C'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases !

Écrit par : Rabbit | 25/02/2008

On peut toujours rêver d'un film de Tanner avec des dialogues d'Audiard (au lieu de Berger ou Comment)! C'est sûr que ça swinguerait un maximum!

Écrit par : jmo | 25/02/2008

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