19/02/2008

Faut-il se réjouir de l'indépendance du Kosovo?

dessin de Patrick ChappatteFaut-il se réjouir de l'indépendance — autoproclamée, c'est-à-dire sans valeur — du Kosovo?

Oui et non, comme toujours…

Oui, parce que le peuple kosovar, comme tous les peuples du monde, a droit à l'indépendance et à l'autodétermination. Oui, aussi, parce que ce peuple, qui a souffert, comme les autres peuples des Balkans, d'un interminable conflit à la fois stratégique, ethnique et religieux, a le droit de réclamer un territoire et de fonder un état. Oui, enfin, parce que la situation pathétique de cette région doit un jour trouver une solution, ne serait-ce que pour redonner espoir aux populations sinistrées qui l'habitent.
Mais ces raisons, si l'on admet leur pertinence, ne sont, et de loin, pas suffisantes.
Non, un État, aussi estimable soit-il, ne peut tout simplement pas proclamer sa propre indépendance en violant les différentes résolutions de l'ONU qui stipulent que le Kosovo est, et restera, une province de la Serbie. Non, ensuite, parce qu'un État sans frontières, ni armée, ni police indépendante, ni réseau de communication, ni économie autarcique, n'existe tout simplement pas, malgré les émouvantes velléités d'indépendance de ses habitants. Non, enfin, parce que ce n'est pas en manifestant sur la place publique et en agitant des drapeaux qu'un peuple acquiert, aux yeux du monde, une reconnaissance officielle.
En reconnaissant dans l'urgence le nouvel État autoproclamé, certains pays européens ont commis une erreur lourde de sens. Quand la Corse ou le pays basque français feront, à leur tour, une crise de prurit indépendantiste, ce n'est pas l'inénarrable Dr Kouchner qui règlera le problème (à moins qu'il n'y ait des caméras devant lesquelles il pourrait se montrer). Idem pour l'Ulster, la Flandre, Chypre, la Bretagne, et tant d'autres régions impatientes d'en découdre avec le pouvoir central. Sans parler de la Padanie chère à la Lega du Nord qui ne rêve que de proclamer son irréductible indépendance…
Il sera intéressant, dans ce contexte, d'entendre la réaction de Micheline Calmy-Rey qui a, sur la question du Kosovo, déjà mis elle-même le feu aux poudres en déclarant, sans consulter personne, qu'il fallait reconnaître le nouvel État. Excellente ministre des Finances à Genève, Micheline Calmy-Rey multiplie, à Berne, les bourdes les plus monumentales. Gageons que cette fois, si elle persiste dans l'erreur, son inconscience sera une faute que la Suisse risque de payer très cher, et pendant très longtemps.

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