16/01/2008

Ce soir, on rase gratis!

On sait combien les œuvres des artistes européens (chanteurs, cinéastes, écrivains) ont de la peine à traverser l'Atlantique. L'inverse est vrai aussi, parfois. Ainsi le nom de Stephen Sondheim est-il presque inconnu en Europe. C'est à lui que l'on doit, pourtant, les paroles de West Side Story (musique de Leonard Bernstein) et de nombreuses comédies musicales, dont Follies, Into the Woods, etc. Cette lacune, heureusement, est en passe d'être réparée.
C'est à Genève, au Théâtre du Loup, que Sondheim fait une entrée fracassante avec la création, en français, de Sweeney Todd, le barbier dément de Fleet Street. 
À mi-chemin de l'opéra et de la comédie musicale, du tableau de mœurs et du thriller, Sweeney Todd raconte les mésaventures d'un barbier anglais devenu serial killer. L'argument est simple ; il pourrait vite être simpliste ou répétitif (quoi de plus ennuyeux qu'un serial killer?). Mais la musique est inclassable. Le texte admirablement adapté par Alain Perroux, qui signe également la mise en scène du spectacle. Et les voix, surtout, sont magnifiques. Avec une scénographie réduite au minimum, peu d'effets spectaculaires, le spectacle est pourtant endiablé d'un bout à l'autre. Cela tient au livret, bien construit, à la musique toujours surprenante et au jeu des comédiens-chanteurs, tous parfaits dans leur rôle.
Difficile (et injuste) d'isoler quelques interprètes. Mais disons tout de même que le couple formé par Laure Verbrègue et Philippe Cantor (Mrs Lovett et Sweeny Todd) est magnifique de force et de justesse. Julie Martin du Theil est une Johanna à la fois fragile et déterminée. Quant à Stephan McLeod, il donne au juge Turpin une sévérité teintée d'humour qui le rend tout à fait inquiétant.
Les fans de Johnny Depp seront surpris(es) de retrouver leur idole incarnant le barbier dément de Fleet Street dans le film que Tim Burton a tiré de Sweeney Todd, et qui sort prochainement.
En attendant, il faut courir au Théâtre du Loup pour admirer les voix, le texte et la musique de Sondheim, et assister au rituel macabre du barbier de Fleet Street, qui chaque soir rase gratis.
Jusqu'au 27 janvier 2008 à 20h au Théâtre du Loup,
chemin de la Gravière, Acacias. 

08:12 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

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