13/01/2008

Le mystère Lovay

 Il y a un mystère Jean-Marc Lovay. Personne ne l’a lu et personne, presque, ne le lit. Pourtant, l’écrivain valaisan, qui fête aujourd’hui même — et en grande pompe — son soixantième anniversaire, jouit, dans notre petit pays, d’une renommée inversement proportionnelle à son audience réelle…
Tout avait très bien commencé avec la publication, en 1970, de sa correspondance avec Maurice Chappaz, La Tentation de l’Orient, son meilleur livre, dans lequel Lovay exprimait magnifiquement sa vocation d’écrivain à son aîné et mentor du Châble. Ensuite, Lovay fit un passage par Paris, où il publia deux romans, Les Régions céréalières (1976) et Le Baluchon maudit (1979). La critique française s’émerveilla de cette écriture à la fois dense et hermétique, comme on est fasciné par un patois bizarre, et incompréhensible. Mais le public, hélas, n’a pas suivi. Et Lovay revint en Suisse, à Carouge plus précisément, où il publie désormais ses romans. Là encore, les premiers sont les meilleurs : Le Convoi du Colonel Fürst, paru en 1985, obtint le Prix Dentan. Excellentes, également, car plus ouvertes sur le monde et plus accessibles, les Conférences aux antipodes parues deux ans plus tard. On y retrouve une plume à la fois alerte et rigoureuse, qui n’égare pas son lecteur en chemin.
La suite est plus inégale. L’univers si singulier des premiers livres se retrouve bien entendu dans les dernières parutions, mais sous une forme caricaturale. La langue est idiosyncrasique (autrement dit, parlée et comprise par une seule personne). L’écriture autrefois vivace et ouverte sur le monde s’est refermée comme un huître. Peu de lecteurs, même assidus et animés des meilleures intentions du monde, y résistent. En outre, comme toutes les œuvres ayant coupé les ponts avec le réel, la sienne est devenue, au fil des ans, répétitive, et comme fossilisée.
Mais le mystère Lovay subsiste. À défaut de comprendre ses livres, on interroge fébrilement le personnage, fascinant lui aussi, qui ne s’exprime que par énigmes ou allusions cryptées.
Qu’importe ! Jean-Marc Lovay fait partie de nos petites mythologies. Alors célébrons, comme les autres, Réverbération, le dernier livre du pâtre valaisan, qui explore, comme les précédents, une écriture aux limites de la folie et du fantastique !
Jean-Marc Lovay, Réverbération, éditions Zoé, 2008. 

17:56 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook

Commentaires

Couper les ponts avec le réel, vraiment ? Une question que nous n'épuiserons jamais : qu'est-ce que nous dit la littérature du réel ? Je lirai un jour le "mystère Lovay" et serai implacable et amical... Cela dit, tu aurais pu nous épargner le cliché du "pâtre valaisan" !

Écrit par : JAP | 27/01/2008

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