01/07/2009

Du bonheur d'écrire en Suisse romande

histoire du soldat, d. casanave.
Certains, parmi mes consœurs et confrères écrivains, se plaignent quelquefois du peu d'écho que suscitent, dans notre grand pays, leurs immortels ouvrages.
Un ou deux compte-rendus polis, une émission exclusive sur une radio locale. Peut-être un éreintage dans Le Temps, si on a de la chance. Et puis basta. Rideau. Parlons d'autre chose, voulez-vous…
Mais était-ce si différent dans les temps héroïques?
Prenons Ramuz, par exemple: il a vécu dix ans à Paris, capitale de la France, où il a écrit quelques-uns de ses plus beaux livres, dans la plus parfaite clandestinité, soutenu par le bon Edouard Rod, autre Vaudois exilé, mais sans jamais parvenir à se faire un nom, ni à gagner l'estime des Parisiens. De retour en Suisse, juste avant la Première guerre mondiale, il s'établit à Lutry, où il enchaîne littéralement les chef-d'œuvres, dans une indifférence quasi générale, mais toujours en pétard avec La Gazette de Lausanne, qui rechigne à lui payer ses articles…
Plus près de nous, j'entends encore, certaines nuits, le rire (jaune) de Nicolas Bouvier à propos du succès (posthume, bien sûr) de son Poisson-Scorpion, refusé à l'époque par plusieurs éditeurs, comme, d'ailleurs, son premier livre, L'Usage du Monde. Ironie de Et la littérature ne se fait pas chez eux.l'Histoire…
Et Georges Haldas, me direz-vous? Il vient de souffler à Lausanne ses 90 bougies. Il se porte comme un gardon, merci. Il a écrit une œuvre colossale, comprenant des essais, des chroniques, des scenari de films, de la poésie. Hélas, il continue d'écrire, envers et contre tout. Mais qui le lit? Ou plutôt : qui parle encore de ses livres?
(Un ange passe.)
Non, croyez-moi, le vrai bonheur d'écrire en Suisse romande, c'est que l'on peut y œuvrer dans l'ombre, en toute impunité, en toute sérénité, et aller jusqu'au bout d'une idée ou d'une obsession: écrire le livre dont on rêve. Les journaux bien-pensants vous ignorent? Peu importe : ils vous ignoreront toujours. Et la littérature ne se fait pas chez eux.
De toute part, en réalité, on vous fout une paix royale…
N'est-ce pas ça, le vrai bonheur, la liberté souveraine?

09:48 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (5) | | |  Facebook

Commentaires

Petits compléments à votre réflexion sur l'écriture :
http://bboeton.wordpress.com/2007/08/24/petit-clin-doeil-a-pierre-henri-simon/
http://bboeton.wordpress.com/2007/07/18/quand-les-ecrivains-ecrivent-sur-lecriture/

Bien cordialement.
Et Bonne année...
L'Abrincate

Écrit par : L'Abrincate | 03/01/2008

Le mystère plane.
Comme j’ai été (à tort, certainement) plus influencé par la science-fiction américaine des années 50 que par la littérature romande de la même époque, je vous livre mon interprétation du phénomène que vous déplorez.
La Suisse romande est un accident géologique dissimulée entre deux replis montagneux escarpés, l’isolant du reste de la planète, et qui est en relation symétrique avec un trou noir situé dans la constellation du Cygne. Ce qui entre ici peut ressortir là-bas, ou vice-versa. A condition de savoir décoder ce qu’on peut donc lire ici, on aura un témoignage bouleversant de messages envoyés du fin fond de l’espace il y a plus de cent mille ans par des entités intelligentes. On ne sait rien de la réciproque, car il faudrait se rendre là-bas dans cent mille ans pour goûter à la production littéraire romande d’aujourd’hui.
Est-ce que ceci peut expliquer cela ?

Écrit par : Rabbit | 07/01/2008

Serait-ce parce qu'une grande majorité de Romands (et de Suisses !) sont des hommes de l'être qui se préoccupent plutôt de chiffres ?

:o)

Écrit par : Blondesen | 01/07/2009

Le bonheur d'écrire supplante le plaisir d'être lu, ainsi le rêve continue!

Écrit par : oceane | 01/07/2009

merci beaucoup .. c'est l'article est très bon.

Écrit par : Oyun | 11/11/2009

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