28/11/2007

Il faut sauver le soldat Poitry

Une question lancinante tarraude les esprits suisses-romands. Ce ne sont pas les énièmes menaces de l'Empereur Constantin (par ailleurs président du FC Sion) de licencier toute son équipe de bras cassés. Ce ne sont pas non plus les odieux marchandages, sous l'égide ricanante de George Bush, des présidents israélien et palestinien quelque part au fin fond de l'Amérique invisible. Non. C'est beaucoup plus grave que ça. Beaucoup plus proche de nous aussi.

La charmante ville de Nyon — qui est la plus belle de tout l'arc lémanique, et celle où je suis né — risque de perdre sa tête. C'est-à-dire son syndic (traduction genevoise : son maire).

Ne riez pas! L'affaire est trop sérieuse. Il y va de l'honneur de toute une région — et peut-être même de l'honneur national. La situation est cornélienne : parce qu'il a déménage en mai dernier dans une villa construite à un jet de pierre de Nyon — mais sur la commune de Prangins — le brave syndic Astérix Poitry, à la tête de la ville depuis six ans, devra abandonner son poste. L'ordre est venu d'en-haut : c'est-à-dire du Grand Château de Lausanne (traduction : des Romains).

Astérix contre les Vaudois

Que faire alors? Obéir aux tyrans lausannois ou faire cessession ? Rayer Astérix Poitry du rôle électoral ou renvoyer la patate chaude aux Conseil d'État? Les Nyonnais sont bien embêtés. On le serait à moins. L'honneur commande pourtant de se battre jusqu'au bout. Il faut sauver le soldat Poitry. Quitte à se mettre tout le monde sur le dos. Une solution serait d'annexer la parcelle sur laquelle le syndic a construit sa villa — et, dans la foulée, d'annexer Prangins (qui, de toute manière, n'existe pas). Une autre serait de déplacer l'étude d'avocat du syndic Poitry dans sa villa et, inversement, d'installer sa villa dans son étude d'avocat. Une troisième solution serait de demander l'asile politique à Genève (qui occupe déjà, de facto, l'essentiel de la région nyonnaise).

Quelle quelle que soit la solution choisie, le maître-mot est : résister. C'est uniquement en résistant tous ensemble contre le tyran que nous pourrons sauver le brave syndic Poitry.

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27/11/2007

Parlez-moi d'amour

Restons encore un peu avec Maurice Béjart. Regardez bien cette photo, là. Elle date de 1953. On y découvre deux danseurs portés par la grâce et, sans doute, l'amour. Il s'appelle Maurice Béjart. Elle s'appelle Asa Lanova. Ça vous rappelle quelque chose? Lui incarne Hamlet. Elle se glisse dans la peau d'Ophélie. C'est un sublime pas de deux, immortalisé par la photographie. L'art n'est rien sans la grâce de l'amour. Béjart est toujours parmi nous. Quant à Asa Lanova — il serait temps que cela se sache ! —, elle écrit des livres magnifiques. Revenons un peu en arrière…

asa lanova et maurice béjart (1953) Asa Lanova et Maurice Béjart, dans le pas de deux de Hamlet et Ophélie (1953) 

Sous le beau titre de La Gazelle tartare (publié il y a quelques années par Bernard Campiche), Asa Lanova explore son passé. Délaissant le roman, la narratrice s’aventure dans le labyrinthe des souvenirs et des songes. Elle qui se croyait insensible et stérile retombe sous le charme de « Satan » qui a illuminé et terrifié son adolescence. « Tout me revenait en mémoire, tel un ruban de feu qui se déroulait impitoyablement devant moi: mes fuites restées inexplicables, Deauville et son théâtre, Monte Carlo et ses palmiers léthéens, mon impuissance à vivre depuis l’enfance, et surtout, l’amour perdu, et, sans doute, renoué dans ma seule imagination. » Ce retour au passé – à la lumière noire de l’amour – va ramener la narratrice vers le jardin de son enfance, source inépuisable d’émerveillement. Jardin rêvé des étreintes amoureuses (mais ont-elles vraiment eu lieu?) et terre de la dernière demeure. C’est sur cette image, à la fois nostalgique et rassurante, que s’achève le beau récit d’Asa Lanova, qui tient de l'exorcisme et de la célébration mystique. Une réussite.

Il faut relire ce livre étonnant, dense, magique, qui ressuscite la figure d'un Satan qui ressemble beaucoup à Maurice Béjart. Il parle d'amour impossible. Il parle d'elle et de lui. Il parle surtout de nous. Il faut le lire de toute urgence.

07:49 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook

25/11/2007

Béjart et Genève

asa lanova et maurice béjart

Pour les Genevois provinciaux que nous sommes, la mort de Maurice Béjart — théâtralisée et médiatisée à outrance — a quelque chose de fascinant. Comment et pourquoi une star internationale de la danse comme Béjart a-t-elle choisi de s'installer à Lausanne (qui n'est, comme on pense à Genève, qu'un gros bourg de campagne) pour y créer ses nouveaux spectacles, y ouvrir une école de danse, bref : faire profiter toute une région de son talent et de son aura?

La réponse en est simple. Elle tient aux personnalités politiques qui dirigeaient Lausanne dans les années 80. A savoir, le syndic (traduction: le maire de la ville) Paul-André Martin, radical éclairé et cultivé, et Yvette Jaggi, municipale de la culture. Aidés par Philippe Brunschweig, ces deux personnalités ont réussi l'impossible: décider le grand chorégraphe belge de venir s'installer à Lausanne! Lui donner les moyens de poursuivre son travail. Former, grâce à lui, plusieurs générations de jeunes danseurs qui essaimeront dans le monde entier.

Le même talent politique (car il s'agit bien d'un talent) a été confirmé lors de la venue, à Lausanne, du metteur en scène René Gonzalez qui a pris, comme on sait, la direction du Théâtre de Vidy. Lequel a éclipsé (c'est un euphémisme) par sa programmation, sa richesse, son intelligence, tous les autres théâtres romands. Y compris, bien sûr, les théâtres genevois qui, dès lors, à l'instar de la Comédie, sont condamnés à évoluer en seconde division…

Pourquoi Lausanne, donc, et pas Genève, me direz-vous?

Parce que Genève cultive, depuis les tristes années Vaissade, le goût de la médiocrité? Parce que le Culture, à Genève, n'intéresse personne au plus haut niveau politique ? Sans doute. Parce que Genève, engoncée dans ses petits calculs électoraux, est incapable de grands projets? Encore vrai.

Le fait est que depuis plusieurs années, Lausanne est devenue — tant au niveau du théâtre que de la danse, sans parler bien sûr des Beaux-Arts, ni de l'édition — la capitale de la Suisse romande, reléguant Genève sur un modeste strapontin.

Constat amer pour une ville qui étouffe sous le luxe — mais manque cruellement d'ambition et de désir.

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