25/11/2007

Béjart et Genève

asa lanova et maurice béjart

Pour les Genevois provinciaux que nous sommes, la mort de Maurice Béjart — théâtralisée et médiatisée à outrance — a quelque chose de fascinant. Comment et pourquoi une star internationale de la danse comme Béjart a-t-elle choisi de s'installer à Lausanne (qui n'est, comme on pense à Genève, qu'un gros bourg de campagne) pour y créer ses nouveaux spectacles, y ouvrir une école de danse, bref : faire profiter toute une région de son talent et de son aura?

La réponse en est simple. Elle tient aux personnalités politiques qui dirigeaient Lausanne dans les années 80. A savoir, le syndic (traduction: le maire de la ville) Paul-André Martin, radical éclairé et cultivé, et Yvette Jaggi, municipale de la culture. Aidés par Philippe Brunschweig, ces deux personnalités ont réussi l'impossible: décider le grand chorégraphe belge de venir s'installer à Lausanne! Lui donner les moyens de poursuivre son travail. Former, grâce à lui, plusieurs générations de jeunes danseurs qui essaimeront dans le monde entier.

Le même talent politique (car il s'agit bien d'un talent) a été confirmé lors de la venue, à Lausanne, du metteur en scène René Gonzalez qui a pris, comme on sait, la direction du Théâtre de Vidy. Lequel a éclipsé (c'est un euphémisme) par sa programmation, sa richesse, son intelligence, tous les autres théâtres romands. Y compris, bien sûr, les théâtres genevois qui, dès lors, à l'instar de la Comédie, sont condamnés à évoluer en seconde division…

Pourquoi Lausanne, donc, et pas Genève, me direz-vous?

Parce que Genève cultive, depuis les tristes années Vaissade, le goût de la médiocrité? Parce que le Culture, à Genève, n'intéresse personne au plus haut niveau politique ? Sans doute. Parce que Genève, engoncée dans ses petits calculs électoraux, est incapable de grands projets? Encore vrai.

Le fait est que depuis plusieurs années, Lausanne est devenue — tant au niveau du théâtre que de la danse, sans parler bien sûr des Beaux-Arts, ni de l'édition — la capitale de la Suisse romande, reléguant Genève sur un modeste strapontin.

Constat amer pour une ville qui étouffe sous le luxe — mais manque cruellement d'ambition et de désir.

15:00 Publié dans genève en rade | Lien permanent | Commentaires (15) | | |  Facebook

Commentaires

JMO : une voix pour tous les hérissons que nous sommes ! , augmentons la cadence, retrouvons le faste qui est en nous - et en notre ville, oui, cessons de jouer "roulé-boulé"
Merci du coaching, Jean-Michel !
Patrice

Écrit par : Duret | 26/11/2007

J'ai pratiqué la danse professionel pendant 15 ans, du classique au jazz en passant par le moderne ou encore les claquettes. Il est claire que Maurice Béjart n'était pas un nom inconnu, surtout que j'ai eu la chance de voir le prsbytère... à sa sortie ainsi que son fabuleux Casse noisettes.
Bien sur son décès fut pour moi un choc, il avait été une référence, un modèle, pour nous les danseurs. C'était quelqu'un de MONDIALEMENT connu et même en dehors du monde de la danse, célèbre par sa technique et par sa générosité.

Le lendemain de sa disparition je vais au travail, et parle de cette perte en prenant l'acenseur, et mon interlocuteur me répond : -Maurice qui??? et ce n'était pas le seul!!!

Déjà qu'au niveau culturel Genève se détache par son absence! Si au moins elle pouvait reconnaitre les talents de ses voisins afin qu'elle en prenne une leçon et je ne parle pas que de la danse!!

Sincèrement, même au point de vue télé, mise à part les séries américaines qui sont au niveau des médias actuellent, il est claire que "les coups de coeur d'Alain Moriso" date un peu! (A moins que se soit destinée aux petits villages, mais ce n'est pas un bon moyen pour faire de l'audimat!)

Au niveau théatre, si vous voulez voire autre chose que la revue... il faudra changer de ville, voir de pays!!

Et concernant la danse il figure peut-être une fois dans l'année le "Lac des Cygnes" (vu revue et encore re re vue!)

Si le service de la culture de Genève pourait faire un petit effort pour promouvoir et créer un avenir aux personnes qui souhaitent ou travaille dans se métier...alors peut-être que les touristes ne seraient pas uniquement Indiens... A bon entendeur!

Écrit par : Stéphanie | 26/11/2007

mon beau père Serge Valentino Grisel dit *ZOU* Fondateur en 1950 de l'école de danse de société qui porte son nom, instructeur de l'Académie des Maîtres de Danses de France est décédé en 2005 dans l'anonymat.
je suis d'origine cannoise, arrivée à genève en 1985 mariée à Julien GRISEL, fils de Zou, qui dirige aujourd'hui l'école.
Genève était en 1985 une ville accueillante et sûre avec une population certes réservée mais chaleureuse pour ceux et celles qui souhaitaient réellement s'intégrer et participer à l'èpanouissement de la vie genevoise.
l'euphorie commerciale en 1985 était telle, que nous pouvions rêver d'un avenir prometteur.
pour ma part, j'ai soutenu mon mari d'investir dans une école digne de ce nom...aujourd'hui reconnue d'utilité publique par la commission des beaux arts.
nous avons fait la plus belle erreur de notre vie !
les banques nous ont massacré d'intêrets..6 %, 7%,8, 9, 10, 11%,etc...
nous n'avons toujours pas, après 20 ans, réussi à payer la totalité de l'amortissement ....et toujours les intêrets !!!
un controle fiscal est survenu en 2006 pour nous finir...
une somme importante, pour travaux de démenagement du 17 Arquebuse et réaménagement au 1 rue Gourgas, non déclarée mais réinvestie dans sa totalité. les factures étaient présentes mais pas les dessous de table....pratique qui n'existe pas à Genève ! paraît-il ?
en tous cas nous n'avons pas réussi à en avoir les preuves !!!
donc, fatigués par toutes ces épreuves, submergés par nos responsabilités ( 2 enfants de 19 ans et 20 ans , et notre adorable belle-mère qui ne pourrait pas vivre avec sa retraite )
nous allons nous incliner car nous venons de mettre en vente notre chère école.
samedi soir nous avons organisé notre 45ème Gala Annuel, j'ai transmis un dossier de presse à l'une de vos collègues...pas un mot..
PS :
Merci Monsieur ROLEX pour la future passerelle,
Merci Lausanne d'avoir soutenue Monsieur Béjart.
Marina GRISEL/ECOLE DE DANSE ZOU

Écrit par : marina | 26/11/2007

Ne pensez-vous pas que Patrice Mugny soit un fossoyeur la culture ?
Au moins peut-on lui reconnaître cette compétence !

Écrit par : Bernard | 27/11/2007

Le désintérêt des responsables genevois de la culture remonte à 40 ans. La raison en est fort simple: pour mener à bien de grands chantiers culturels, il faut soi-même être cultivé. Or, le dernier des magistrats de la Ville de Genève répondant à cette qualification fut Pierre Bouffard, dans les années soixante. Au plan cantonal, Olivier Vodoz et Jean-Philippe Maître, conseillers d'Etat, ont certes tenté d'encourager un certain nombre d'initiatives privées ambitieuses, mais, faute de soutien par des collègues qui avaient d'autres priorités, ils ont dû s'avouer vaincus et renoncer.
Et c'est pourquoi, par exemple, d'importantes collections privées genevoises n'ont jamais trouvé de cimaises dans notre ville et continuent de dormir,cachées de tous, dans des coffres ou des caves, quant elles n'ont pas été déplacées dans des lieux plus hospitaliers.
Dans le même temps, Lausanne et Bâle (surtout) ont pu conduire des réalisations qui font la fierté de toute leur population..
Quand se réveillera-t-on à Genève? Est-on condamné à subir encore longtemps l'esprit étriqué hérité du XXVIème siècle?
P.S. Une exception notable tout de même: la Fondation Bodmer à Cologny, malheureusement fort peu connue des Genevois.

Écrit par : dominique | 28/11/2007

L'histoire des participations genevoises à la Culture avec un grand C est fort intéressante. Ce qu'il faudrait étudier attentivement c'est la production d'idée et d'inventions ou d'oeuvres, en parallèle avec le refus de créer les conditions de vie NORMALE pour les auteurs. Après coup on leur met une médaille.
Chacune de ceshistoires est singulière et scandaleuse et il y en a beaucoup, encore d'avantage aujourd'hui que hier. Il y a les anecdotes mais il faut pointer le manque d'intérêt pour la création dans les universités,le manque de vision, même le manque d'analyse.
Le maximum aujourd'hui c'est d'invoquer René Girard ( le bouc émissaire), qui s'arrête là où il faudrait commencer ou continuer. Qui de ceux qui ont étudié les "Lumières" osent voir que la révolution a jeté le bébé avec l'eau du bain et que nos structures démocratiques ( avec leurs cortèges de règlementation) ne donne aucune place à la création artistique. Comment expliquez-vous qu'on ait une école des beaux-arts et qu'il n'y ai jamais eu de place dans la cité pour les créateurs d'art, mais pour le censeur, le commissaire, les gestionnaires de l'art.
Si l'on avait le courage d'étudier la question en utilisant le simple bon-sens mais avec patience et insistance on serait forcément amené à traiter autrement la question de tous ceux qui ne sont pas rentables. ( quand je construis un mur pour un appartement je suis utile, quand je peinds une toile je correspond de moins en moins à un besoin- l'industrie culturelle (mamco etc) m'effaçant par son accès aux médias. Vous en doutez : qui à Genève sait qu'il se passe un événement novateur au café de la Grappe Dorée sous le nom de Héraultiade et le nom ADLM ( l'Art Dans Les Murs) www.vaisseau.ch
Nous avons pourtant informé les médias...
Pourquoi un journaliste ne pourrait-il pas être intéressé par ces questions, viscéralement. L'aliénation, terme utilisé par Marx, puisé dans l'ancien testament (on est aliéné lorsqu'on est hors de la présence de Dieu) est ce que ressent aujourd'hui ceux qui sont sans travail rentable. Pourquoi ne nous attelons-nous pas à la question des besoins minima permettant à tout citoyen de vivre bien sans être obligé de produire une denrée correspondant à un besoin et immédiatemment consommable, donc payable?
La place des créateurs est intimément liée à celle des chômeurs et des laissés pour compte. Le créateur n'est pas "plus dommage" que les autres mais en traitant sa question on est obligé de toucher aux questions d'éthiques que nos intelligentsia éludent. C'est aussi pour cela qu'on peut dire que l'intelligentsia est actuellement inexistante. On attend sa renaissance, et pourquoi pas auprès de ceux qui écrivent dans les journeaux.
Antoine Piron

Écrit par : antoine piron | 28/11/2007

L'histoire des participations genevoises à la Culture avec un grand C est fort intéressante. Ce qu'il faudrait étudier attentivement c'est la production d'idée et d'inventions ou d'oeuvres, en parallèle avec le refus de créer les conditions de vie NORMALE pour les auteurs. Après coup on leur met une médaille.
Chacune de ceshistoires est singulière et scandaleuse et il y en a beaucoup, encore d'avantage aujourd'hui que hier. Il y a les anecdotes mais il faut pointer le manque d'intérêt pour la création dans les universités,le manque de vision, même le manque d'analyse.
Le maximum aujourd'hui c'est d'invoquer René Girard ( le bouc émissaire), qui s'arrête là où il faudrait commencer ou continuer. Qui de ceux qui ont étudié les "Lumières" osent voir que la révolution a jeté le bébé avec l'eau du bain et que nos structures démocratiques ( avec leurs cortèges de règlementation) ne donne aucune place à la création artistique. Comment expliquez-vous qu'on ait une école des beaux-arts et qu'il n'y ai jamais eu de place dans la cité pour les créateurs d'art, mais pour le censeur, le commissaire, les gestionnaires de l'art.
Si l'on avait le courage d'étudier la question en utilisant le simple bon-sens mais avec patience et insistance on serait forcément amené à traiter autrement la question de tous ceux qui ne sont pas rentables. ( quand je construis un mur pour un appartement je suis utile, quand je peinds une toile je correspond de moins en moins à un besoin- l'industrie culturelle (mamco etc) m'effaçant par son accès aux médias. Vous en doutez : qui à Genève sait qu'il se passe un événement novateur au café de la Grappe Dorée sous le nom de Héraultiade et le nom ADLM ( l'Art Dans Les Murs) www.vaisseau.ch
Nous avons pourtant informé les médias...
Pourquoi un journaliste ne pourrait-il pas être intéressé par ces questions, viscéralement. L'aliénation, terme utilisé par Marx, puisé dans l'ancien testament (on est aliéné lorsqu'on est hors de la présence de Dieu) est ce que ressent aujourd'hui ceux qui sont sans travail rentable. Pourquoi ne nous attelons-nous pas à la question des besoins minima permettant à tout citoyen de vivre bien sans être obligé de produire une denrée correspondant à un besoin et immédiatemment consommable, donc payable?
La place des créateurs est intimément liée à celle des chômeurs et des laissés pour compte. Le créateur n'est pas "plus dommage" que les autres mais en traitant sa question on est obligé de toucher aux questions d'éthiques que nos intelligentsia éludent. C'est aussi pour cela qu'on peut dire que l'intelligentsia est actuellement inexistante. On attend sa renaissance, et pourquoi pas auprès de ceux qui écrivent dans les journeaux.
Antoine Piron

Écrit par : antoine piron | 28/11/2007

On aura bien évidemment corrigé ma faute de frappe. C'est XVIème siècle quîl faut lire!

Écrit par : dominique | 28/11/2007

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