29/06/2009

Servette : une histoire genevoise

Servette : une histoire genevoise

 

Soyez fous : prenez l’avion, le train, le paquebot ! Allez à Parme, à Liverpool, à Barcelone, à Malte, à Istanbul, à Hambourg, à Dublin ! À Auxerre ! À Bruges ! Et là-bas, demandez aux gens que vous rencontrez ce qu’évoque, pour eux, le beau nom de Genève.
Évoqueront-ils les prouesses de Laurent Moutinot, qui — après avoir autorisé la mendicité, puis l’avoir interdite, avant de l’autoriser de nouveau — semble placer l’essentiel de son énergie dans sa pipe ? Ou le génial Christian Ferrazzino, fasciné par les sanisettes de grand luxe ? Évoqueront-ils Robert Cramer qui, lui-même opposé au double mandat, accepte pourtant d’aller siéger à Berne, parce que ses collègues du Conseil d’État l’y ont poussé (voulaient-ils se débarrasser de lui ?) ? Ou encore l’illustre Grand-Théâtre, si mal géré depuis des lustres, qui monopolise l’essentiel des subventions culturelles pour une poignée de spectateurs cachemire-caviar ?

J’ai bien peur que non.

Alors qu’est-ce que Genève à l’étranger ?

La réponse tient en deux mots : le Jet d’eau et Servette.

C’est-à-dire : l’arrogance et la beauté gratuite, l’aspiration vers les étoiles et la passion du beau jeu, la jouissance inattendue et le désir de vibrer…

Les deux symboles de Genève ont à peu près le même âge et la même histoire. Si la mort du Jet d’eau ne semble pas d’actualité, l’histoire (et le prochain procès de Marc Roger) dira comment, au fil des ans et des décisions imbéciles, le club de football genevois a perdu peu à peu de sa superbe. Comment il s’est enfoncé dans les dettes, les promesses illusoires, la spirale folle des salaires…

Si Servette — véritable baromètre de la vie genevoise — va mal, flirtant avec la relégation en Première Ligue, est-ce si étonnant ? Si le club frise le code, que dire du canton qui est au bord de la faillite ? Si le club n’arrive plus à gérer sa destinée, que dire des politiques responsables du Stade de la Praille qui ont construit une arène magnifique, hélas pour une équipe fantôme ? Et que dire de Genève, qui se rêvait ville internationale, et qui n’est qu’un gros bourg de province, en marge de l’Europe active et bouillonnante d’idées ?

Car la déroute du Servette est celle de tous les Genevois, roulés en boule, depuis des lustres, dans la sécurité bourgeoise, les rites étouffants de la vie provinciale. C’est la déroute d’une ville qui a construit sa paix à force de silence et d’aveuglement, et qui n’aime pas les « questions sans réponse », comme dirait Saint-Exupéry. Une ville confite dans la routine et le secret bancaire, qui retient ses émotions et tremble à la perspective d’entreprendre une action. Une ville et un canton si mal gouvernés qu’ils connaissent le plus fort taux de chômage helvétique, et la pire crise du logement. Une ville qui préfère les vespasiennes aux clubs de football, les pistes cyclables à la culture ?

J’ignore si Servette mérite Genève. Je suis sûr, en revanche, que Genève ne mérite pas Servette — même si tous deux, dorénavant, évoluent dans des ligues inférieures.

 

09:15 Publié dans genève en rade | Lien permanent | Commentaires (7) | | |  Facebook

Commentaires

Petite question à l'auteur :

Comment doit-on interpréter la dernière phrase ? Quel est son sens ?

La vilaine et arrogante Genève ne mérite-t'elle pas le grand (malgré ses déboirs actuels) Servette FC, club aux 17 titres de champions de Suisse et à l'aura internationale ?

Ou alors la vilaine et arrogante Genève ne mérite-t'elle pas le petit (pour ses déboirs actuels) Servette FC, malgré ses17 titres de champions de Suisse et son aura internationale ?

Écrit par : David ABIKZER | 23/11/2007

est-ce que norbert eschmann et philippe potier ont joué pour le servette?

Écrit par : bruno | 24/11/2007

Servette as-tu dit. Où sont les Fatton, Fachinetti et Pasteur ? Ruesch ?
D'eux qu'est-il maintenant ?
Qu'est devenu le stade des charmilles et les feras du lac Léman ?
De l'autre bout de la planète je pense à vous, à mes vingt ans.

Écrit par : Daucun | 24/11/2007

Bienvenue au club blog, Jean-Michel.

Écrit par : Alain Bagnoud | 25/11/2007

Même le Grand Théâtre a des difficultés, il faut vraiment un gros effort au niveau de la culture et du social dans cette ville C'EST URGENT.
J'aime plus ma ville, et j'attends de voir les logements. les emplois temporaires maintenus, et le SFC retrouver de son lustre d'antant à moyen terme.

Écrit par : valerie | 26/11/2007

Genève semble devenir plus connue grâce à Micheline Calmy-Rey...et à son voile...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/04/2008

Bruno, Norbert Eschmann n'a pas joué au Servette mais à Lausanne-Sport et au Stade Français de Paris. Philippe Pottier oui. C'était à l'époque de l'entraineur Jean Snella. Un bon conseil, cherchez le livre sur le Servette écrit par Jacques Ducret. Les textes, photos et listing des joueurs sont très complets.

Daucun, Fatton, 83 ans) va bien, Facchi est Président d'Honneur de Neuchâtel-Xamax. Pasteur et Ruesch sont au paradis des footballeurs.

Écrit par : Octave Vairgebel | 04/04/2008

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