08.02.2010

Les fantômes de Catherine Lovey

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Catherine Lovey aime les filatures et les enquêtes difficiles. Comme ses précédents ouvrages, Un roman russe et drôle* prend, dès les premières pages, la forme d’une enquête, qui deviendra, un fil des chapitres, une quête de sens et de liberté. D’emblée, Catherine Lovey nous lance sur les traces d’un oligarque russe, Mikhaïl Khodorkovski, milliardaire arrêté par le pouvoir en place et envoyé, comme tant d’autres dissidents avant lui, dans un bagne de Sibérie. Le roman commence sur les chapeaux de roue : la scène d’ouverture — une sorte de garden-party estivale, en Suisse, où se retrouvent et se croisent une dizaine de personnages hauts en couleur — est une vraie jubilation. On pense à Tchékov, bien sûr, mais aussi à Tolstoï et à Dostoïevski auxquels l’auteur fait un clin d’œil complice. Vivante, pleine de fureur et de rire, cette longue scène  d'exposition met le roman sur les rails. Et le lecteur, appâté comme Valentine Y., l’héroïne du livre, a envie de tout savoir sur ce mystérieux oligarque emprisonné pour avoir contesté le pouvoir…

 

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04.02.2010

Écrire en Suisse romande (1)

images.jpegQuelle place occupe un écrivain dans la société d’aujourd’hui ? Quel est son rôle, sa fonction, sa responsabilité sociale ? Est-il un médiateur ou un provocateur ? Est-il vraiment un créateur, vivant d’air et d’eau fraîche, au-dessus de toute contingence matérielle ?

Ces questions sont au cœur du dernier livre de Jean-François Sonnay, Hobby*, qui essaie d’y répondre d’une manière à la fois humble et exigeante en s’appuyant sur sa propre expérience. Tout a commencé, pour Sonnay, en 1972, avec une pièce de théâtre, Le Thé, puis des essais, des recueils de contes, des romans, d’abord à L’Aire, puis à L’Âge d’Homme et enfin chez Bernard Campiche. Même si elle est trop peu connue, l’œuvre de Sonnay est riche et variée, intéressante à plus d’un titre.

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02.02.2010

Déclarons la guerre à l'Allemagne !

images.jpegJusqu'où la Suisse doit-elle aller pour défendre non le « secret bancaire », mais les fraudeurs étrangers qui viennent planquer leur argent dans notre beau pays ? Question délicate. Didier Burkhalter, le tout nouveau conseiller fédéral, ne mâche pas ses mots : « C'est une agression contre la Suisse » a-t-il même tonné (on se rappelle que c'est lui qui voulait envoyer le Corps d'Intervention rapide en Libye pour libérer les otages retenus à Tripoli : on connaît hélas le résultat). De là à demander la protection de l'Union Européenne (dont nous ne faisons pas partie), voire une intervention armée de l'Amérique…

Soyons sérieux : notre honneur est-il véritablement en jeu ou en danger si un État voisin (l'Allemagne, mais aussi la France et l'Italie) use des mêmes méthodes scélérates que les riches scélérats qui habitent cet État, mais s'empressent de planquer leur leur oseille sous des cieux moins gourmands ? Que risquons-nous ? Un blâme ? Une invasion armée ? Les départ de quelques fraudeurs affolés qu'on ait retrouvé leur trace ?

Osons le dire : je n'ai pas plus de sympathie pour les fraudeurs que pour les pays qui jouent les voyous. Il faut les mettre dans le même sac. Et surtout ne pas protéger les premiers pour s'assurer la bienveillance (provisoire et hypocrite) des seconds.


01.02.2010

La comète Federer

9FMu_LQm4B8J.jpegQue dire encore sur Roger Federer ? Toujours la même chose : ce n'est pas le plus fort, certes, mais c'est simplement le meilleur.

Comme Martina Hingis, il y a quelques années, avec les « déménageuses » du tennis féminin, il a su dominer les gros bras d'aujourd'hui (Nadal, Del Potro, Murray) et l'armada des lifteurs de fond de court qui rendent une partie de tennis aussi passionnante qu'un débat politique sur la TSR. Disons-le sans ambages et avec fierté : Federer a tout pour lui. D'abord, ce qui est assez normal, il possède à la perfection tous les coups du tennis (croyez-en l'expérience de quelqu'un qui n'a jamais réussi à frapper un revers de sa vie !). Techniquement, Federer est parfait. Il sait défendre comme il sait attaquer. Il est le roi du lob, comme le prince de l'amortie. Son service est un modèle du genre, puissant, rapide, précis, et illisible pour la plupart de ses adversaires.

Mais la technique, bien sûr, n'est pas tout. Regardez-le jouer : Federer est tantôt le roseau qui ploie sous les coups forcenés d'un adversaire teigneux et revanchard, mais ne rompt jamais, tantôt la biche aux pieds agiles qui vient finir en beauté le point au filet. Il encaisse tous les coups. On dirait que le vent, le soleil ou le public hostile n'ont pas d'effet sur lui. Il est fort comme un roc : c'est bien un monolithe. Une étoile filante.

À l'heure où la Suisse, par les bêtises réitérées de son gouvernement, se ridiculise à l'étranger, Federer montre la voie à suivre. Souplesse du corps. Élégance des gestes. Intelligence suprême du jeu. Le jour où la Suisse aura des politiques (et des banquiers) à la hauteur de ce prince des courts, elle deviendra assûrément un grand pays !

29.01.2010

For Blondesen only

Pour mon ami Blondesen, un extrait (inédit) de mon prochain roman. En lui souhaitant un prompt rétablissement…

Appelez-moi Adam.

Je suis né en Afrique, il y a longtemps, dans un petit village coincé entre la mer et un volcan éteint. Mon père était petit et redouté. Il avait dix épouses et une kyrielle d’enfants. C’était le seul et le meilleur moyen qu’il avait trouvé pour ne pas travailler. Il passait ses journées sous l’aloès avec une calebasse remplie de vin de palme à rêver d’évasion ou de massacre. Le soir, il titubait d’une case à l’autre et distribuait des volées de bambou.

Malheur à celui qui croisait son chemin !

À cette époque, notre village comptait une centaine d'âmes (je ne parle pas des morts, bien plus nombreux que les vivants). Il était adossé, au nord, au flanc d'un volcan souffreteux, et dominait une longue crête boisée qu'il fallait traverser pour arriver au fleuve, le plus souvent à sec. Les cases étaient des huttes de terre rouge au toit de chaume. Elles dessinaient une sorte de colimaçon: au centre, se trouvaient les cases des femmes, tandis que les hommes occupaient toute la périphérie, elle-même protégée par une double haie d'épieux tranchants.

Une piste rudimentaire reliait le village à la ville de Blondie, distante de cinquante kilomètres. De temps à autre, une jeep l'empruntait. Elle s'arrêtait au centre du village, dans un nuage de poussière. Des militaires en descendaient, le fusil sur l'épaule, le visage luisant de transpiration. Ils allaient dans la case de mon père. Les Reines leur apportaient à boire et à manger. Les plus jeunes, parfumées au soumaré, les cheveux ornés de perles multicolores, restaient dans la case jusqu'au soir. Moi et les autres on collait notre oreille aux fenêtres. On entendait des cris bizarres, des couinements de chauve-souris. Le soir tombait. Comme on éloigne les mouches à merde, les Reines nous chassaient avec des touffes d'ortie. Enfin, les militaires sortaient, le fusil à la main, l'uniforme débraillé. Ils remontaient dans leur vieille land-rover, les yeux brillants, emmenant avec eux d'autres femmes du village. La voiture repartait comme elle était venue, dans un bruit effroyable de pistons. On revoyait rarement les femmes aux épaules garnies de chapelets de soumaré. Mais on avait la paix pendant des lunes.

D'autres jours, c'était un car de touristes aux yeux rougis par la chaleur, aux reins cassés par la mauvaise route, qui se garait devant les palissades. Ils ne restaient jamais longtemps. Les femmes s'éventaient nerveusement et les hommes prenaient des photos. Parfois ils nous donnaient du bubble-gum ; plus rarement des pièces de monnaie. Mon père en profitait pour vendre ses vieux trophées : ses défenses d'éléphant, ses gris-gris, ses peaux de crocodile.

Les gens venaient nous voir par petits groupes ou en troupeaux comme une curiosité. Dans leur regard, il y avait de la fascination, un peu de peur, beaucoup de nostalgie. C’était la nostalgie des temps anciens, la vie sauvage et libre, la communion avec Mère nature — toutes ces conneries. Ce n’est pas nous qu’ils regardaient, la larme à l’œil, mais eux-mêmes en état d’enfance. Ils contemplaient avec tendresse ce qu’ils avaient été, il y a très longtemps, des singes nus, avant que le train de l’histoire, qu’ils appellent civilisation, ne les emmène définitivement du bon côté du monde, sous des climats paisibles, à l’abri du soleil et du besoin. Sous la nostalgie subsistait la peur que cet enfant grandisse et réclame un jour ce qu’on lui avait pris. La peur diffuse qu’on quitte notre village, en hordes bruyantes et bigarrées, qu’on prenne la route du nord et qu’on débarque un jour chez eux, dans leur village, comme ils débarquaient chez nous.

28.01.2010

Le pire et le meilleur à la télé

Curieuse coïncidence : les deux émissions passent le même jour, et presque en même temps. La première s’appelle Tard pour Bar : c’est tous les jeudis vers 22h30 sur la TSR. La seconde s’appelle La Grande Librairie : c’est également le jeudi, mais plus tôt, vers 20h35 sur France 5. Avec ces deux émissions, qui prétendent toutes deux présenter l’actualité culturelle et littéraire, la télévision nous propose, chaque semaine, le pire et le meilleur.

images-1.jpegLe pire, tout d’abord. C’est Tard pour Bar sur la TSR. Nous assistons, jeudi après jeudi, au même débat futile réunissant des invités parfaitement interchangeables venus donner la réplique à un animateur qui ne manque pas une occasion d’étaler son inculture et de ramener sa fraise. La vedette, c’est lui, bien sûr, Michel Zendali. Les livres ? Il ne les lit pas (cela pourrait influencer son jugement). Le théâtre ? Il n’y va pas (ce n’est pas très gai). Quant au reste, l’« actualité culturelle », il en délègue la responsabilité à une charmante jeune femme, Ushanga, qui a deux minutes chaque semaine, montre en main, pour la présenter à l’écran. La seule séquence originale de l’émission est constituée par un micro-trottoir réalisé quelque part en Suisse romande avec quiproquos, double sens et clins d’œil tout à fait savoureux. Mais rien, bien sûr, sur l’actualité du livre, les expositions, les concerts. En un mot : la création en Suisse romande (les créateurs sont rarement invités à Tard pour Bar)

images-2.jpegLe meilleur, maintenant. C’est donc tous les jeudis sur France 5 à partir de 20h30. Cela s’appelle La Grande Librairie et c’est animé par François Busnel, un ancien journaliste du magazine Lire. Intelligent, subtil, compétent (il a lu tous les livres dont il parle) et surtout doué d’un sens de l’accueil et de l’écoute tout à fait inconnu chez son concurrent culturel (qui ne songe qu’à couper la parole à ses invités et à se mettre en évidence). Et que propose donc Busnel ? Chaque semaine, c’est un feu d’artifice. Excusez du peu : il a fait venir l’écrivain américain Paul Auster pour un entretien exclusif (et en français !) de deux heures ! De même avec James Ellroy. Il est allé rendre visite à Philip Roth à New York. Il a bien sûr convié à son émission Jacques Chessex, Pascal Quignard, Laure Adler, Amélie Nothomb, etc. Par exemple, sa dernière émission réunissait Marie Darrieussecq, Jean-Jacques Schuhl et Philippe Sollers. Plateau exceptionnel qui a ravi non seulement les amateurs de livres, mais aussi ceux qui aiment les rencontres (et les dialogues) au sommet. François Busnel aime les livres et les écrivain(e)s. Cela se voit et cela s’entend. Il aime les rencontres et les débats. Il est à la fois humble et compétent, heureux surtout de recevoir ses invités.

Alors ce soir, n’hésitez pas, rejoignez tous La Grande Librairie : l’une des rares émissions littéraires que propose la télévision. C’est en effet sur ce plateau, à partir de 20h30, tous les jeudis, que cela se passe.

26.01.2010

Evaristo Perez en trio

images.jpegComme elle est fertile en écrivains, la Suisse romande est aussi une terre incroyablement riche en musiciens. Elle a hébergé les plus grands, comme Stravinski, et accueille, chaque été, le plus important festival de jazz du monde à Montreux. C'est là, précisément, que le pianiste genevois Évariste Perez a joué, comme il s'est déjà produit à Cully, à Rome ou au Paleo. Excusez du peu !

Né en Suisse en 1969 d’une famille originaire de Barcelone. diplômé du Conservatoire de Genève, il découvre le jazz à l’AMR avec Michel Bastet, puis se perfectionne en Italie avec Franco D’Andrea, Enrico Pieranunzi et Paolo Fresu, ainsi qu’en Suisse avec Misha Mengelberg, Fred Hersh. Il joue ensuite avec la Fanfare du Loup, Diana Miranda et l'extraordinaire Erik Truffaz.

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25.01.2010

Premier Prix du Roman des Romands

images.jpeg N'ergotons pas : le Prix du Roman des Romands, doté de 15'000 Frs et qui vient d'être décerné vendredi soir en grandes pompes à la Comédie de Genève, est une magnifique initiative, qui va mûrir avec le temps et porter de beaux fruits. L'idée de génie de Fabienne Althaus-Humerose, enseignante au Collège de Saussure et initiatrice du Prix ? C'est de faire lire à quelques centaines d'adolescents romands — collèges, gymnases, écoles de commerce et de culture générale, etc. — une sélection de livres écrits ou édités en Suisse, puis, de manière très démocratique, d'attribuer le Prix du Roman des Romands à l'un des livres sélectionnés. Autrement dit, d'amener des jeunes, par la lecture et les rencontres avec les auteurs, à la littérature vivante d'aujourd'hui. En cela, ce Prix est unique et véritablement prometteur, puisqu'il ne fait pas que récompenser un auteur plus ou moins méritant, mais qu'il forme des générations de lecteurs à venir, et assure donc, d'une certaine manière, la pérennité de la littérature.

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21.01.2010

L'autre Chessex

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On croyait tout savoir sur Jacques Chessex. Mais lequel ? Le romancier à succès, Prix Goncourt 73 pour L’Ogre, traduit dans une vingtaine de langues ? Le poète, le critique d’art, le chroniqueur ? Le peintre ? Mais il y a toujours un autre Chessex. Grâce à Michel Moret, nous découvrons Chessex épistolier. Dans un livre qui tient à la fois de l’hommage et de l’amitié, Une vie nouvelle* (dont on peut se demander, toutefois, si Chessex aurait autorisé la publication) il publie une vingtaine de lettres écrites entre janvier et avril 2005. Soit entre la naissance du Christ et sa Résurrection.

Jacques Chessex écrivait tout le temps. C’est un mythe qui agace beaucoup de monde. Il écrivait des romans et des nouvelles pour Paris. Des chroniques pour les journaux suisses. Des poèmes publiés chez Campiche et Grasset. Mais c’était également un fou de lettres. La légende, toujours, veut qu’il ait écrit près de 10'000 lettres au seul Jérôme Garcin (pour ma part, j’en ai reçu près d’une centaine). Parmi celles qu’il a reçues, Michel Moret a choisi d’en publier une vingtaine, en les accompagnant de leur fac-simile. C’est une très bonne idée. Car le style de Chessex passe d’abord par son écriture, sa graphie. Une écriture à la fois souple et aérée, presque sans rature, harmonieuse, précise. Une écriture où chaque mot, chaque lettre, même, compte.

Plutôt qu’une correspondance, c’est un soliloque que publie Michel Moret (qui a laissé de côté les lettres qu’il a lui-même écrites à Chessex). On entend que la voix du Maître. Tantôt sous forme de poème matinal (Chessex aimait se lever tôt), tantôt de récit de voyage (Chessex aime écrire dans le train), tantôt encore de méditation sur la nature ou le temps qu’il fait. On découvre dans ces lettres un Chessex qui n’est pas inconnu, bien sûr, pour peu qu’on ait fréquenté l’écrivain de Ropraz, mais un Chessex qui pose le masque, provisoirement, et ose montrer sa tendresse, ses coups de cœur (pour les livres du Père Longchamp) ou ses détestations (le dernier livre de Michel Onfray). Comme toujours, c’est brillant et injuste. Il y a une voix inimitable, un regard sur le monde, une présence.

Ce qui apparaît dans ces quelques lettres, entre naissance et résurrection, c’est le désir de légèreté, de dépouillement, de réconciliation de Chessex avec le monde et avec lui-même. Peu d’écrivains auront été aussi déchirés que Chessex. Ces lettres montrent qu’au-delà des blessures il y a cette volonté d’apaisement et d’allègement. Ce n’est pas un hasard si cette volonté est associée, dans ces lettres, avec la neige et le désir de Dieu (qui donneront la matière de deux livres à venir).

Ce petit livre, gage d’amitié et de reconnaissance, montre une autre facette d’un écrivain protéiforme, tout à la fois secret et lumineux. C’est une facette éphémère (de janvier à avril 2005), liée à un moment de la vie de l’écrivain. Une facette qui bientôt changera de couleur et d’aspect. Mais une facette importante pour qui veut mieux comprendre cet homme aux multiples talents qui a commencé par écrire des poèmes et s’est penché, à la fin de sa vie, sur le destin du crâne du Divin Marquis de Sade.

 

* Jacques Chessex, Une vie nouvelle, lettres à Michel Moret, éditions de l’Aire, 2009.

** Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade, roman, Grasset, 2010.

25.12.2009

Hafid Ouardiri, champion du monde

789924557.jpg Il manquait encore un personnage à notre galerie des Grandes-Têtes-Molles. Mais, après avoir tenté, un  soir de décembre, devant Saint-Pierre, de faire scander à une foule naïve et frigorifiée le slogan : « Nous sommes tous des musulmans ! », Hafid Ouardiri s'est rappelé à notre souvenir. On se rappelle que le bonhomme s'était illustré, avec son ami Tarik Ramadan, dans un débat aux subtilités jésuitiques, il y a une dizaine d'années, sur la légitimité de battre sa femme, ou non (sourate 24 du Coran : « L'homme a tout pouvoir sur la femme, y compris celui de la battre »).

À l'époque, c'est le journal le Courrier qui avait abrité ce débat passionnant et passionné dans lequel nos deux as en théologie rivalisaient d'arguments. « Il y a battre et battre » disait l'un. « La violence est déconseillée, rétorquait l'autre, mais enfin, s'il fait battre sa femme (comme le prescrit le texte sacré), il faut que ce soit avec une… brosse à dents (que ceux qui ne me croient pas relisent le Courrier) !

Notre Grande-Tête-Molle a encore frappé la semaine dernière en déposant un recours, lui le docteur en démocratie, devant la Cour de Justice Européenne pour tenter de faire annuler la fameuse votation sur l'interdiction des minarets (initiative que l'Europe entière nous envie). Bel exemple de tolérance ! Venant d'un homme, licentié par les siens, qui s'est donné pour tâche de faire la leçon aux Occidentaux, coupables de tous les vices : racisme, islamophobie, intolérance, déni de démocratie, populisme, etc.

S'il fallait, en cette fin d'annus horribilis, décerner un prix de la plus Grande-Tête-Molle de la République, nul doute que M. Ouardiri décrocherait le pompon.

Toutes nos félicitations !

24.12.2009

Merry Christmas !

Joyeux Noël à toutes et à tous !

23.12.2009

Best of 2009

images.jpeg Prêtons-nous, comme notre Temps régional, au petit jeu des meilleurs livres de l'année. En toute subjectivité et injustice, bien sûr, puisque, contrairement à certains critiques littéraires, nous ne parlerons que des livres que nous avons vraiment lus !

1. Championne toutes catégories : l'écrivain américain Joyce Carol Oates, qui étouffe tous ses concurrents directs par son extraordinaire fécondité et — disons-le — son génie littéraire. On pourrait citer plusieurs titres de cette géniale femme de lettres, puisqu'elle publie deux, voire trois livres par année ! Contentons-nous de citer le recueil de nouvelles, Vous ne me connaissez pas, et son Journal (1973-82), les deux parus en Livre de Poche.

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16.12.2009

Rencontre au Rameau d'Or

DownloadedFile-1.jpeg Ne manquez pas la rencontre amicale, suivie d'une verrée, à la Librairie Le Rameau d’Or, mercredi 16 décembre 2009 dès 16 h 00, avec les auteurs de l'Âge d'Homme qui ont publié un livre cette année :

* Jean-Marie Adatte • Antonio Albanese * Rafik Ben Salah • François Berger • Freddy Buache * André Corboz • Julien Dunilac • Christophe Gallaz * Virgile Elias Gehrig • Philippe Grosos *Serge Heughebaert • Hervé Krief • Jean-Louis Kuffer* Georges Ottino • Philippe Paulino • Barbara Polla (à gauche sur la photo)
François Rothen • Jil Silberstein • Marielle Stamm
Anne-Marie Steullet-Lambert • Sylvoisal * Giordano Tironi • Raymond Tschumi

Librairie Le Rameau d'Or
17, bd Georges Favon
CH-1204 Genève
Tel. 022.310.26.33
Fax 022.781.45.90
rameaudor@bluewin.ch

15.12.2009

Rapt : un film à ne pas manquer !

DownloadedFile.jpeg Il y a un film à ne pas manquer actuellement au cinéma. C'est le dernier film du cinéaste belge Lucas Belvaux, Rapt ! Inspiré de la fameuse affaire du baron Empain, qui défraya la chronique en 1978, Rapt ! est une adaptation à la fois fidèle et incroyablement intelligente de ce faits divers. On se souvient que le fameux baron, « grand capitaine d'industrie » comme on disait alors, fut enlevé par un groupe de truands qui réclamèrent une rançon extrêmement élevée. Rançon que la famille et l'entourage d'Empain, délibérément ou pas, ne purent payer.

Lucas Belvaux décortique l'affaire au scalpel sans jamais tomber dans le pathos. Pourtant, les ravisseurs du baron ne sont pas des enfants de chœur. Ils cognent avant de causer. Et ils n'hésitent pas, comme on sait, à mutiler leur victime en lui coupant une phalange de la main gauche. D'un côté, donc, la violence froide et calculée. De l'autre, une famille désemparée qui apprend chaque jour, par la presse de boulevard, les frasques de leur fils, mari ou père respectif. Autre violence, médiatique, qui vaut bien celle des truands. Au mileu, enjeu de tous les combats, le baron, réduit à un animal apeuré, qui porte un masque et secoue ses chaînes quand on le lui ordonne, qui tremble qu'on l'ampute à nouveau, qui ne pense à qu'à sauver sa pauvre vie.

La force du film de Belvaux, c'est de montrer tout ça sans fiotirure, ni effet de style superflu. La fin est particulièrement impressionnante qui montre le baron, détruit, rentrer dans sa famille, où l'attendent humiliations, chantages et nouvelles menaces d'enlèvement. Qui est la victime ? L'homme (« horrible-chef-d'entreprise-capitaliste-aristocrate ») ou son entourage ? Et qui, dans cette affaire, manipule qui ? La famille ? Les truands ? La presse ? La police ?

Tout cela rend le film de Belvaux admirable. Comme les comédiens, tous fantastiques. Yvan Attal est un baron tout à fait crédible, touchant, dépassé par ce qui lui arrive. Mais aussi André Marcon, magnifique comédien, dans le rôle trouble de l'homme de confiance du baron. Maître du double jeu. Et encore Anne Consigny, qu'on a déjà admirée dans le dernier film d'Arnaud Despléchins, qui joue ici l'épouse du baron. Et enfin, last but not least, le très bon Michel Voïta, l'un de nos tout meilleurs comédiens, parfait dans son rôle de patron de la police.

Allez, j'en ai trop dit ! Courez voir Rapt ! avant qu'il disparaisse de nos écrans. C'est l'un des meilleurs films de l'année.

A Genève, au cinéma Central.

13.12.2009

Norah forever

Pour vous, fidèles lecteurs, la voix de Norah Jones, la plus belle voix de ce début de siècle…

Extrait de son nouvel album, intitulé « Chasing Pirates »…

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10.12.2009

Ce soir, on rase gratis (bis)

DownloadedFile.jpegOn sait combien les œuvres des artistes européens (chanteurs, cinéastes, écrivains) ont de la peine à traverser l'Atlantique. L'inverse est vrai aussi, parfois. Ainsi le nom de Stephen Sondheim est-il presque inconnu en Europe. C'est à lui que l'on doit, pourtant, les paroles de West Side Story (musique de Leonard Bernstein) et de nombreuses comédies musicales, dont Follies, Into the Woods, etc. Cette lacune, heureusement, est en passe d'être réparée.
C'est à Genève, au Théâtre du Loup, que Sondheim a fait une entrée fracassante avec la création, en français, il y a une année, de Sweeney Todd, le barbier dément de Fleet Street.
À mi-chemin de l'opéra et de la comédie musicale, du tableau de mœurs et du thriller, Sweeney Todd raconte les mésaventures d'un barbier anglais devenu serial killer. L'argument est simple ; il pourrait vite être simpliste ou répétitif (quoi de plus ennuyeux qu'un serial killer?). Mais la musique est inclassable. Le texte admirablement adapté par Alain Perroux, qui signe également la mise en scène du spectacle. Et les voix, surtout, sont magnifiques. Avec une scénographie réduite au minimum, peu d'effets spectaculaires, le spectacle est pourtant endiablé d'un bout à l'autre. Cela tient au livret, bien construit, à la musique toujours surprenante et au jeu des comédiens-chanteurs, tous parfaits dans leur rôle.
En un mot comme en cent, il faut courir au Théâtre du Loup pour admirer les voix, le texte et la musique de Sondheim, et assister au rituel macabre du barbier de Fleet Street, qui chaque soir rase gratis. C'est une reprise, bien sûr, mais qui mérite d'être vue et revue !


Du 9 au 20 décembre 2009
au Théâtre du Loup de Genève (GE)
10, chemin de la Gravière, Genève-Acacias
accès bus 2, 10 arrêt Bâtie, bus 11 arrêt Queue-d’Arve
réservations : 022 301 31 00
location : Service culturel Migros – 7, rue du Prince – GENEVE
www.theatreduloup.ch

08.12.2009

Chronique des treize lunes de Raphaël Aubert

images.jpeg Pourquoi et pour qui écrit-on son journal intime? Et pourquoi le publier ?

On a beaucoup glosé sur le journal intime et les diaristes (celles et ceux qui le pratiquent). Pur souci narcissique ? Témoignage d'une autre vie et d'un autre visage que ceux que la société nous oblige à montrer habituellement ? Règlement de comptes avec le monde et avec soi ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans toute entreprise d'écriture « intime ». Mais la journal est avant tout, me semble-t-il, une tentative, parfois désespérée, quand la vie nous met à rude épreuve ou que l'identité menace de disparaître, de garder un contact, essentiel, avec soi.

C'est exactement ce que l'on constate dans l'important journal intime publié par l'écrivain et journaliste Raphaël Aubert sous le titre de Chronique des treize lunes*. Loin d'être une sorte de glorification de soi ou de récit complaisant, ce livre, au contraire, relate une mort et une résurrection. Le plus fort, c'est que l'auteur ignore cela en décidant de tenir son journal en ce début d'année 2008, une année qui s'avérera décisive. Chaque jour commence, classiquement, par une notation météorologique : la nature est toujours présente, elle donne le ton, la couleur et la température de chaque journée. Puis Aubert nous parle de ses lectures, de ses voyages, des événements importants qui se passent  dans le monde (en particulier, on suit pas à pas l'élection du président Obama). C'est le côté « journalistique » de ce journal. Acumulant les traces et les questions, on sent que l'auteur ne se contente pas d'être le chroniqueur du monde. Mais il est en quête de sens. Le sens des événements qui l'entourent, d'abord. Mais aussi le sens de sa propre vie, prise dans les tourbillons de l'Histoire.

C'est alors que les signes inquiétants concernant sa santé se multiplient. Fièvre, malaises, crises épileptiques. L'auteur est pris dans la tourmente d'un mal inconnu qui l'amène aux confins de la mort. Il souffre et s'interroge. Son journal lui tient lieu, alors, de bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour traverser les remous qui l'entraînent vers le fond. On dirait que chaque page est gagnée sur l'angoisse de la mort. Voilà peut-être le sens, ignoré par l'auteur quand il commence à écrire, de son « journal intime ». Et Raphaël Aubert s'y livre avec sincérité, candeur parfois, lucidité toujours.

La tourmente passée, la vie reprend, malgré les fatigues, l'angoisse toujours présente d'une résurgence de la maladie (une encéphalite). On assiste, jour après jour, à la résurrection de Lazare. Une lente et patiente reconstruction, plutôt, qui passe par les promenades avec son amie, les nombreuses lectures, les projets de romans (il est en train d'écrire La Terrasse des éléphants**). L'écriture journalière tient la mort à distance, c'est sa grande force,  et stimule le désir de vivre. Ce sont les plus belles pages de ce journal dont on sent, à chaque page, l'enjeu essentiel.

Les lecteurs paresseux ou malhonnêtes n'y verront, bien sûr, que du feu : un étalage de petits tracas narcissiques. Des notations banales et sans importance. Mais l'enjeu du livre est tout autre. Il s'agit de survivre et de donner un sens à ce qui vous arrive. Et cela serait impossible sans le secours de ce journal qui s'écrit dans les marges de la vie, ses zones d'ombre et de secret, et nous aide à comprendre l'énigme de notre existence.

* Raphaël Aubert, Chronique des treize lunes, Journal, éditions de l'Aire, 2009.

** Du même auteur : La Terrasse des Eléphants, roman, éditions de l'Aire, 2009.

03.12.2009

Michel Buhler à Tard pour Bar

images.jpeg Victime, sans doute, de son succès, la seule émission « culturelle » de la TSR, Tard pour Bar, qui a déjà défrayé cette chronique (voir ici et ici), passe à une heure de plus en plus tardive, jeudi à 22h50. Ce n'est pas une raison pour manquer l'émission de ce soir qui réunira, outre la comédienne Anouk Grinberg, venue présenter un spectacle sur Rosa Luxembourg, quelques vieux de la vieille de la gauche suisse-romande (Pierre-Yves Maillard, Michel Buhler) et des routards du néo-libéralisme (François Schaller, Marc Comina) autour du thème « Vive la révolution ! »

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02.12.2009

Nous sommes tous des fumeurs juifs allemands et musulmans

images-1.jpegNous vivons sous la dictature de l'émotion. Les journaux en font leurs choux gras. Les politiques l'attisent. La radio et la télévision en vivent et s'en délectent. Tout le monde la caresse, l'encense, la glorifie. Ceux qui ont voté pour l'initiative anti-minarets : ils ont voté avec leurs tripes, sans réfléchir, ce ne sont que des émotionnels. Mais aussi les autres, tous les autres. Par exemple ceux qui ont défilé hier soir à Lausanne et à Genève, hurlant leur émotion devant les caméras (tiens, elles étaient là, quelle chance !). Arborant des slogans absurdes comme : « Nous sommes tous des musulmans ». Des slogans absurdes et surtout discriminatoires. Pourquoi seulement « musulmans » ? A-t-on pensé à toutes les autres minorités opprimées de par le monde ? Et les Juifs alors ? Et les fumeurs qu'on relègue dans des cagibis insalubres ? Et les femmes (battues ou non) ? Et les victimes d'actes pédophiles ? Je trouve cela inacceptable…

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30.11.2009

Quelle baffe !

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Que d'âneries n'a-t-on pas entendues à propos de la votation d'hier sur les minarets  ! « Honte à la Suisse », « intolérance », « infâmie »… Les mêmes qui vantaient la démocratie quand elle leur était favorable la dénigre aujourd'hui en la traitant de tous les noms. Est-ce vraiment une preuve d'intelligence ?

Pourtant, il faut le dire et le redire : le vote contre les minarets n'est pas un vote contre l'islam, ni contre les musulmans. Lesquels, dans leur immense majorité ne vont jamais à la mosquée et se contrefoutent des minarets (puisqu'ils ne sont ni nécessaires, ni indispensables à leur religion). C'est le symptôme d'une peur diffuse qui doit être prise en compte et comprise pour être exorcisée.

 

 

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